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L’Europe des bidonvilles aux portes de Lille

Publié le 3 mars 2009

A quelques jours du lancement du festival Lille 3000/ Europe XXL, notamment dédié aux cultures des pays de l’Est et à quelques semaines des élections européennes (7 juin), les familles roms de la Métropole lilloise survivent dans des conditions inhumaines.


Les Roms. Traduisez les « Etres humains » en langue romani. Ce peuple qui serait originaire d’Inde (voire d’Amérique du Nord) s’est au fil des siècles établi principalement dans les pays d’Europe centrale et de l’Est. Victime des nazis pendant la Seconde guerre mondiale, aujourd’hui discriminés à tous niveaux, bouc émissaire idéal des politiques nationalistes notamment en Roumanie, Bulgarie, République Tchèque, Slovaquie et Hongrie. Les Roms, à la recherche d’emploi et de liberté, affluent, parqués à la périphérie des grandes villes d’Allemagne, de Belgique, de France. Ils seraient 600 dans la Métropole lilloise (soit environ 200 familles selon la Dass). Ainsi quelque 80 caravanes (abris d’infortune récupérés) s’alignent désormais aux abords de la Porte de Valenciennes. Mais gare aux idées reçues ! Les Roms ne sont pas tous des « gens du voyage », qui, pour leur part, ont souvent la nationalité française et une culture nomade. Les Roms rencontrés à Lille, eux, aspirent à la sédentarisation.

A dix minutes à pied du siège du Conseil régional et des cathédrales affairistes d’Euralille, au milieu du chaos du « camp », la petite Alexandra, yeux marrons en amandes, regard vif, profond, explique, toute sourire, qu’avant d’arriver à Lille, sa famille avait une « petite maison », en forme de tente pointue. La masure a été emportée par les inondations qui ont frappé la Roumanie l’été dernier, et on a mis les sinistrés « tous dans un bus ». Qui « on » ? Le gouvernement roumain ? La fillette ne saisit pas le sens de notre question, mais explique que, depuis, la famille vit là, « sans électricité… ». Et Alexandra n’aime pas quand il fait noir. Quant au froid...

Les Roms à la recherche d’emploi et de liberté ne sont pas des gens du voyage

Les icônes pieuses, Christ martyr et Vierge en prière, tapissent le tableau de bord d’une vieille Peugeot, garée près d’une caravane délabrée au possible, immatriculée 59. Françoise, d’Hellemmes, y vient souvent. Son acte citoyen à elle, face à ce dénuement total : tenter d’apprendre à lire, à dessiner, à écrire à Alexandra et aux enfants qui le souhaitent. Prof en retraite, elle est ici accueillie à bras ouverts. Alexandra traduit alors les propos d’un homme d’une quarantaine d’années. Ce qu’il espère : « maison stabile », et « travail », « pas hôtel, pas foyer, pas caravane, maison stabile ! ». Et dans l’urgence, il faudrait « des poubelles ». Alexandra est scolarisée. Trois jours par semaine. Elle voudrait « cinq ! ». David, lui, du haut de sa quinzaine de printemps, insiste : « écrivez, pour les jeunes, formation pour un bon travail ! ». Mais « pas de photo ». Marre que les journalistes viennent photographier, surtout quand la police procède à une « évacuation ». Evacuation, expulsion, qui ne fait en réalité que déplacer le problème de quelques dizaines de mètres, à la demande de certains riverains ou propriétaires de terrains qui pestent contre les monceaux d’ordures, et qui déplorent que les Roms soient sales et fassent leurs besoins n’importe où… « Comment pourrait-il en être autrement, ils n’ont ni eau, ni sanitaires ! », s’insurge Wahab Saoudi, responsable de l’Espace solidarité international du Secours Populaire, qui ne s’étonne pas non plus du recours au vol pour subsister. « Nous avons hébergé 20 personnes pendant la période de grand froid et leur premier réflexe en arrivant était de demander à prendre une douche ! Et idem en se levant le matin ! ». Une fois par mois, le Secours Populaire distribue massivement denrées, vêtements, jouets, appareils de chauffage… Les couches pour bébés et les couvertures font cruellement défaut. « Et l’accueil est toujours chaleureux, pour nous comme pour tous ceux qui sont solidaires et qui les aident. Quand on dépend de la générosité, de la mendicité, croyez-vous qu’on puisse se permettre d’être agressifs ? », questionne Wahab en guise de réponse à celles et ceux qui, par méconnaissance, pourraient avoir peur des Roms. « Peur » c’est d’ailleurs aussi le mot qui revient quand de très jeunes enfants mendient aux feux rouges, aux abords des bretelles du périphérique ou quand une épaisse fumée s’échappe des cheminées de fortune installées au milieu des caravane Peur pour leur vie.

Leur première revendication : « Pas un hôtel , pas un foyer, une maison stabile ! »

Les Roms que nous avons pu rencontrer Porte de Valenciennes nous parlent de « François », comme d’une personne chère à leurs yeux. Et de son association « qui aide beaucoup ». François Vlaminck, éducateur de l’Aréas (1). A peine quelques minutes à nous accorder au téléphone. Le jeune homme court depuis des mois. Urgence alimentaire, sociale, médicale… Il travaille par ailleurs au logement de quelques familles en mobil homes achetés par l’Etat… Cette initiative de la mairie de Lille, en cours de mise en œuvre, suscite quelques réactions de rejet dans les quartiers concernés de Fives et Lille-Sud. Cinq mobil homes maximum par terrain, pour des familles « responsabilisées » par « contrat ». Argument avancé pour répondre à ceux qui rappellent que la précarité sévit déjà suffisamment dans ces quartiers. En décembre dernier, juste avant Noël et les grands froids, Martine Aubry avait appelé tous les maires de la Communauté urbaine de Lille, qu’elle préside, à accueillir elles-aussi des familles. Mais où ? Pas de terrains disponibles, ont rétorqué la plupart des élus, qui se déclarent néanmoins ouverts à la discussion, conscients qu’il faut tout de même trouver une solution...

Un logement provisoire en mobil home, une solution ?

Mais pourquoi un mobil home pour telle ou telle famille et pas une autre ? Il semble que cette initiative, reposant sur une « sélection », soit susceptible de semer la zizanie dans ce qu’il faut désormais appeler les « bidonvilles ». Quant aux familles ainsi « délocalisées », victimes d’une énième « dispersion », il y a risque d’isolement, d’exclusion du groupe au sein duquel elles se sentaient sans doute un peu protégées. Un vrai casse-tête. Une situation qu’une circulaire parue en France en décembre 2006 n’a fait qu’aggraver. La circulaire, publiée quelques heures avant le 1er janvier 2007 qui marquait l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Europe, précisait aux préfets les « modalités d’admission au séjour et d’éloignement des Roumains et des Bulgares ». Un certain Nicolas Sarkozy était alors Ministre de l’Intérieur. Son décret impose notamment une taxe de près de 893 euros à tout employeur qui salarie et déclare un travailleur originaire de ces nouveaux pays membres de l’UE. Comme tous les citoyens européens, Roumains et Bulgares peuvent tout de même circuler librement pendant trois mois dans l’Union européenne. Au-delà, à moins d’exercer un des 150 métiers qui leur sont ouverts en France, ils deviennent illégaux et expulsables s’ils constituent « une charge déraisonnable pour l’assistance sociale » (sic). Saisi de recours déposés par la Ligue des droits de l’homme, la Cimade, le Gisti et SOS-Racisme, le Conseil d’Etat a, le 19 mai 2008, annulé en partie cette circulaire. Mais les autorités françaises ont trouvé le moyen de reprendre discrètement les expulsions de Roms : les qualifiant de « retours humanitaires » (sic). Ainsi, 3000 Roumains et Bulgares ont été reconduits à la frontière en 2007. De quoi gonfler les « bons résultats » du Ministère de l’Immigration. « Ils partent et ils reviennent quelques semaines plus tard », confirment les associatifs. Reste que pour le MRAP, le gouvernement français a créé une catégorie de « sous-citoyens européens », qu’il ne fait pas bon déclarer quand on est employeur. Que la présidente du MEDEF, Laurence Parisot, qui possède des usines de meubles en Roumanie se rassure, marchandises et capitaux, eux, peuvent mieux que jamais aller et venir tout à fait librement ! Quant au festival Lille 3000 / Europe XXL, tout à la gloire d’une grande Europe des cultures, il doit séduire à partir du 14 mars prochain nombre de touristes et d’officiels. Espérons que tout cela ne soit pas la cause des nouvelles opérations « cache-misère » orchestrées ces dernières semaines.

Laurence Mauriaucourt

1) Association régionale d’étude et d’action sociale auprès des gens du voyage (ARÉAS).

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