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Colonnel Fabien

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Le colonel Fabien « Quand lutte sociale et lutte armée se confondent »

Publié le 5 juillet 2010

La section de Lille du PCF publiera sur son site une sélection des portraits quotidiens de résistants que l’Humanité propose tout au long de l’été.

Portrait paru dans l’Humanité du 30 juin, par Ian Brossat

Les témoignages dont nous disposons aujourd’hui sur le colonel Fabien citent pêle-mêle son extrême jeunesse, sa détermination, ses cicatrices de la guerre d’Espagne et son incroyable courage. La fascination qu’il exerce encore dans l’imaginaire collectif tient à ce genre d’énumération, à un sentiment d’exception et de force.


Le colonel Fabien, de son vrai nom Pierre Georges, né le 21 janvier 1919 à Paris. À peine adolescent, il commence à travailler comme apprenti boulanger. À quatorze ans, il s’engage au Parti communiste, à dix-sept, il part rejoindre les Brigades internationales en Espagne. Interné à vingt et un ans en 1939, il s’évade au bout de quelques mois et devient le colonel Fabien. Il verse le premier sang allemand de la Résistance à vingt-deux ans, organise et combat l’occupant jusqu’à la libération de Paris en août 1944 où il joue un rôle important. Ayant rejoint avec ses partisans l’armée de De Lattre de Tassigny, il meurt lors de l’explosion d’une mine à seulement vingt-cinq ans. Cette trajectoire, fulgurante et sans pareille, est à l’image d’un Rimbaud en poésie, sauf qu’il s’agit de vie et de mort. L’impression demeure qu’il a vécu plusieurs existences. À ce point que son décès semble irréel.

Pour tous les jeunes militants communistes, le colonel Fabien est un exemple indépassable. De toutes les personnalités qui ont fait l’histoire de ce mouvement, c’est probablement la plus héroïque au sens classique du terme. Comme les personnages romanesques médiévaux, Lancelot ou Jeanne d’Arc, c’est un enfant du peuple. Comme eux, il vole au secours de sa patrie (ou de son seigneur, disons les choses sans détour), trahie par ses dirigeants ou occupée par l’ennemi. L’histoire excède pourtant le roman ou la légende dorée. Pierre Georges ne répond pas à un appel mystique et ne s’engage pas par sacrifice pour son roi.

Ce qui frappe, c’est qu’il s’agit avant tout d’un ouvrier et d’un militant, d’un homme pénétré de convictions politiques si fortes qu’il passe à l’acte, dans la continuité de ses idées et pour le salut du peuple. Entre 1940 et 1942, la naissance d’une résistance intérieure en France est très complexe, on le sait, et se fait selon des motivations très diverses. Amour de la patrie, haine de l’Allemagne, lutte contre le fascisme ou l’antisémitisme, valeurs républicaines, tout se mélange. La particularité de nombreux communistes et de Pierre Georges, c’est que son engagement n’est pas nouveau. Tout est dans tout, depuis les premiers combats syndicaux jusqu’à la guerre d’Espagne – et finalement, la Résistance.

Dès l’automne 1939, le Parti communiste français est dissous. En 1940, ce sera le tour des syndicats d’être interdits. Dans la clandestinité, cependant, les militants, dont Pierre Georges, sont déjà à l’œuvre. La droite française (et parfois la gauche) a souvent soutenu que les communistes n’avaient rejoint la Résistance qu’en juin 1941, au moment où Hitler lance ses blindés contre Staline. Rien n’est plus faux en ce qui concerne celui qui n’est pas encore le colonel Fabien. Comme de nombreux autres membres du Parti et des Jeunesses communistes, il est à pied d’œuvre dès 1940.

Il y a des manifestations et des sabotages contre l’occupant, un peu partout en France, et notamment à Paris. Des mouvements se montent dans les deux zones, libre et occupée, auxquels les communistes participent – certains seront arrêtés, et plusieurs, exécutés. Le fil ténu du courage qui mène Pierre Georges à l’assassinat de l’aspirant Moser, le 21 août 1941, sur le quai de la station de métro Barbès-Rochechouart, direction Porte d’Orléans, vient de cette histoire-là. La première victime militaire allemande de la Résistance est l’aboutissement de longs mois d’humiliations, de défis, de débats et de douleurs. Elle change radicalement le visage de l’occupation en France. C’est une nouvelle déclaration de guerre.

Tout comme il faut se méfier de la légende, cependant, et faire d’un militant communiste un chevalier de la Table ronde, il faut se méfier du symbole. La portée considérable des deux coups de feu tirés, ce 21 août 1941, tient au symbole. En revanche, l’action déterminante de Pierre Georges pendant la Seconde Guerre mondiale tient à tout autre chose : au courage, certes, mais aussi à la persévérance, à un don singulier pour l’organisation et à une vraie intelligence des hommes et des événements.

Il ne devient pas le colonel Fabien en pressant sur la gâchette. C’est quand il structure les premiers maquis en Franche-Comté puis dans les Vosges, en 1942 et 1943. C’est quand la police française l’arrête et le livre aux Allemands. Le colonel Fabien naît à ce moment-là, dans la solidarité et les difficultés de la clandestinité, dans la douleur et les humiliations de la torture qu’il subit pendant trois mois. En 1943, quand il s’évade du fort de Romainville, l’ouvrier est devenu soldat de la liberté.

La suite est solidement ancrée dans les mémoires. Au moment de la libération de Paris, le colonel Fabien mène une troupe de FFI à l’assaut du Palais du Luxembourg. Il est rejoint par la deuxième division blindée du général Leclerc, puis intègre avec ses camarades l’armée de De Lattre de Tassigny. On dit que celui-ci l’admirait tant qu’il aurait voulu qu’il soit général. Ce qui est certain, c’est que les hommes de ce que l’on appelait le «  premier régiment de Paris  », ou plus simplement la «  colonne Fabien  » ont été de tous les combats dans l’est de la France et le sud de l’Allemagne.

Je me demande parfois ce qu’aurait fait ce grand militant communiste s’il n’avait pas été tué par une mine en Moselle. Je suis certain qu’il n’aurait pas pris sa retraite. Les combattants comme lui ne se rangent pas. Et comme le sang et la sueur revenaient au même pour lui, comme les luttes sociales et armées se confondaient, je veux croire qu’il aurait continué à être un grand militant communiste. C’est dans ce rêve probablement que se retrouvent les jeunes membres du Parti aujourd’hui quand ils se rendent «  place du Colonel-Fabien  ». Ils rêvent de cette suite qui n’est pas venue – et s’il faut se méfier des légendes et des symboles, il ne faut pas se méfier des rêves. C’est avec eux aussi que l’on construit la vie.

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