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Les étudiants communistes contre le logement insalubre

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Grève des loyers dans les résidences universitaires

Publié le 16 février 2010

(Voix du Nord du 10.02.10) Le CROUS (Centre régional des oeuvres universitaires et sociales) de Lille pourrait avoir à faire face à une grève d’un genre nouveau, celle des loyers. Le logement étudiant est une des prérogatives de cet établissement public.

La Fédération des étudiants en résidence universitaire (FERUF) et l’Union des étudiants communistes (UEC) ont appelé les étudiants de la métropole lilloise habitant en résidence universitaire, au travers d’affiches placardées dans les résidences - et retirées depuis - et au cours de réunions d’information, à ne plus payer leur loyer.


L’insalubrité des locaux, souvent évoquée par les syndicats étudiants, n’est pas la seule cause avancée par Ugo Bernalicis, militant de la FERUF, pour qui « elle n’est que la partie visible ». Les revendications énoncées portent par ailleurs sur divers points de la vie étudiante tels que les bourses ou le prix du ticket de restaurant universitaire.

Ce mouvement, dont les étudiants lillois seraient les pionniers, a une ambition nationale et vise à terme à un « réengagement de l’État ».

Il est soutenu par la CGT-CROUS, syndicat d’une partie des personnels du CROUS. « Nous sommes inquiets pour l’avenir du CROUS, nous avons de moins en moins de moyens et le service n’est plus rendu aux étudiants », estime Olivier Crammer, son secrétaire général.

Les organisateurs avancent le nombre de 350 grévistes qui n’auraient pas payé leur loyer de janvier et/ou février. Les résidences concernées seraient Van-Der-Meersch à Mons-en-Baroeul, Galois et Albert-Camus à Villeneuve-d’Ascq. Un problèmemais pas de solution

Le CROUS assure n’avoir rien noté d’anormal dans l’encaissement des loyers du mois de janvier. Sa directrice, Martine Muller, admet que « le parc de logements du CROUS est très vieillissant », mais estime que l’action mise en place n’est pas une solution. « Les ressources propres, loyers et recettes de la restauration, représentent les deux tiers du budget du CROUS. Une grève des loyers serait dommageable pour le CROUS, c’est cet argent qui nous sert pour les rénovations », explique Gaël Monfrier, directeur adjoint.

À la résidence Van-Der-Meersch, certains étudiants réfléchissent à s’engager dans cette action. « J’ai assisté à une réunion la semaine dernière et depuis j’hésite, mais j’ai peur d’avoir des ennuis », confie Adèle, étudiante à Lille I. « Je ne veux pas être hors-la-loi », dit Jean-Yves, 19 ans, qui a cependant conservé une affiche appelant à la grève. •

PAULINE DROUET


20 minutes du 10.02.10

Logement : Les étudiants lillois font la grève des loyers

SOCIAL - Ils réclament l’amélioration des conditions d’hébergement en résidence universitaire... Ras-le-bol. Pour le moment, ils seraient 350 étudiants des résidences Galois (700 chambres) et Camus (800 chambres) à Villeneuve d’Ascq à refuser purement et simplement de régler leur loyer.

« Les bâtiments sont insalubres »

Le mouvement, initié par trois syndicats étudiants (Feruf, UEC et CGT-Crous), réclame l’amélioration des conditions d’hébergement en résidence universitaire. Et selon nos informations, il devait s’étendre hier soir à la résidence Chatelet, à Lille. Pour l’heure, Martine Muller, directrice du Crous de Lille, préfère temporiser : « Je ne sais pas si ceux qui ne paient pas leur loyer sont des étudiants qui ont des difficultés financières ou des grévistes ».

Mais elle met ces derniers en garde : « Ils s’exposent à une procédure de recouvrement ». Ce qui n’effraie aucunement Nicolas, résident d’Albert Camus : « Les bâtiments sont insalubres. Cette grève, ça les obligera à faire quelque chose ». Les résidents d’Albert Camus mal lotis

L’état de la chambre de Benoît, au pavillon V, atteste de la vétusté de cette résidence, construite dans les années 1970 : 9 m2 sans sanitaires, peintures défraîchies et murs tâchés par l’humidité.

Une femme chargée de l’entretien des lieux s’applique chaque jour à nettoyer les sanitaires collectifs et la cuisine rudimentaire de son bâtiment, composée en tout et pour tout d’un évier et de quatre plaques de cuissons. « En ce moment je suis seule, car les arrêts de travail ne sont pas remplacés », confie-t-elle.

Plus que deux femmes de ménage

Pour Olivier Crammer, secrétaire général de l’union nationale CGT-Crous, les conditions de vie dans les résidences universitaires n’ont cessé de se dégrader : « En 1990, il y avait en moyenne quatre femmes de ménage par bâtiment. Aujourd’hui, elles ne sont plus que deux ».

Pour améliorer la situation à la résidence Albert Camus, des petits travaux d’électricité ont pourtant été initiés l’année dernière. « Le problème, c’est qu’on ne peut rénover que 300 logements à la fois, si on ne veut pas mettre les étudiants à la rue », explique Martine Muller, directrice du Crous de Lille.

Les logements rénovés sont plus onéreux

« A Camus, il est prévu que d’ici 2011, le bâtiment U soit rénové, avec l’installation de sanitaires individuels », poursuit-elle. Problème : les logements rénovés sont aussi plus onéreux.

Il y a 36 résidences universitaires gérées par le Crous dans l’académie de Lille. En moyenne, le loyer pour une chambre de 9 m2 avec sanitaires collectifs s’élève à 133 € par mois. Dans les nouvelles résidences, le loyer est plutôt de l’ordre de 200 €.

Olivier Aballain


« 9 m2, cafards compris »

Depuis trois semaines, plusieurs centaines d’étudiants de la métropole lilloise font la grève des loyers pour dénoncer l’insalubrité des logements. Reportage de l’Humanité à Mons-en-Baroeul.

Dans la chambre de Noémie, ça sent le renfermé. Un relent de moisissure et une odeur moite. « J’ai deux déshumidificateurs mais ça ne change rien, explique la jeune fille. Ma fenêtre part en lambeaux et tout est humide tout le temps. » Sur son mur, une affiche photocopiée manie l’ironie : « Concours photos de la résidence la plus pourrie. Cadeau : une boîte de chocolat. » De quoi faire rire jaune.

Depuis trois semaines, à l’initiative de la Fédération des étudiants en résidence universitaire de France (Féruf), de l’UEC et de la CGT Crous, ils sont ainsi quelque 400 étudiants de la métropole lilloise à refuser de payer leur loyer. Le but : dénoncer l’état de délabrement dans lequel se trouvent leurs logements. Pour l’heure, le mouvement touche quatre résidences, dont Van-der-Meersch, à Monsen- Baroeul. « Van-der-Meersch, on l’a rebaptisé “VDM” comme Vie De Merde ! » ironise d’ailleurs Noémie.

PROCÉDURE DE RECOUVREMENT

Ici, la plupart des chambres sont dans un état déplorable. Fenêtre en bois sans double vitrage, toiture en mauvais état qui laisse filtrer les pluies au quatrième étage. Sans parler des insectes qui s’invitent. « Les cafards, ils sont toujours là, j’en ai même baptisé un Billy le survivant, il ne voulait pas partir, explique Sabrina, qui loge dans la résidence depuis plus de deux ans. Pourtant, tous les mois, je nettoie ma chambre de fond en comble, mais ils reviennent toujours. Et encore, moi, ça va, il y a une fille qui a eu sa chambre inondée l’année dernière. »

L’état de la résidence oblige les étudiants à trouver des parades. « Quand on va aux toilettes, on doit choisir la moins sale, explique Sabrina. Et encore, quand on peut choisir : la plupart du temps, si une douche ou une toilette ne marche plus, ils la ferment ! » La directrice de la résidence minimise les problèmes. « Nous, à notre niveau, on ne peut rien faire. Demandez à la directrice du Crous. Selon moi, il faudrait raser et reconstruire, ce serait mieux. » Une idée que rejette la CGT Crous, l’UEC et la Féruf.

Depuis des semaines, Pierre, de l’UEC, et Hugo, pour l’Unef, portent les revendications qui font écho auprès des 400 étudiants en grève de loyer. « Nous revendiquons un gel des loyers, la construction de nouveaux logements en 9 m2, la rénovation des anciens logements sans augmentation de prix, le retour du prix du ticket de restaurant universitaire à 2,50 euros et l’augmentation des bourses et du nombre de boursiers. » Derrière ces revendications, il y a une vraie peur de privatisation du Crous. Le Crous que les étudiants comparent à EDF : « Un désengagement croissant de l’État s’accompagne d’un report du prix sur les étudiants, qui deviennent des clients », note Pierre. Guillaume, qui a connu Liévin et Nancy, souligne les disparités entre résidences : « J’avais Internet gratuit et illimité avant, ici c’est 15 euros par mois. » Il met en garde sur la rénovation et la construction de nouveaux logements. « Il ne faut surtout pas augmenter les loyers. J’ai 310 euros de bourse, si mon logement devient un 13 m2, avec un loyer de 300 euros, je mange avec quoi ? Dix euros ? » Pierre ajoute : « Ces logements datent d’il y a 30-40 ans. Ils répondaient à une réalité de l’époque. Depuis, il y a eu une explosion des inscriptions en fac. » Et aucune réponse viable, selon les étudiants, qui contestent l’efficacité du plan Campus.

Un étudiant étranger monte les escaliers à la peinture jaunie qui s’effrite. Il discute un instant avec Sabrina. Lui ne fait pas la grève des loyers. « Mon oncle sur Paris s’est porté caution pour moi et je bosse au resto du Crous de Lille-I, je ne peux pas. » Il faut dire que le Crous n’hésite pas à faire les gros yeux aux récalcitrants. Laurent Soucheyre, le responsable de la division « vie de l’étudiant », a mis en garde les grévistes, qui s’exposent, selon lui, à « des procédures de recouvrement de loyer, y compris contentieuses ». Les résidants de VDM n’en démordent pas. « On a mis de côté les loyers non payés, au cas où, précise Sabrina. Mais qu’ils essayent, ça prendra des mois. »

JULIE BAR

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