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Justice : une mobilisation inédite

Publié le 24 février 2011

La récupération abjecte de « l’affaire Laetitia” entraîne l’éruption d’un volcan qui couve depuis des mois et des années.

Boucs émissaires jetés en pâture aux plus bas instincts, tandis que postes et tribunaux sont supprimés aussi sévère - ment là que dans l’éducation, les magistrats disent « stop ». On se souvient de leurs mouvements de 2008 ou, plus récemment, de la journée du 4 septembre, à l’appel très large des organisations démocratiques et de défense des droits de l’homme, soutenues par les formations de gauche pour défendre les valeurs de la République.


C’est bien de cela dont il est question aujourd’hui dans la mobilisation inédite qui embrase les tribunaux du pays. Depuis la déclaration de guerre du discours de Grenoble, cet été, la ligne de l’hôte de l’Élysée qui n’a pour seule ambition d’y être reconduit, pour le plus grand intérêt de la caste qu’il défend, vise à s’assurer, par n’importe quel moyen, les bonnes grâces de l’électorat le plus extrême en 2012 au premier tour, tandis qu’il envoie son ami Borloo en rabatteur sur les terres du « centre ». Neuilly et les milieux d’affaires, pour le pouvoir, les saillies les plus populistes – Karcher, présumés coupables, laxisme des juges… –, pour les urnes. Une borne, pourtant, vient d’être franchie.

À se précipiter une nouvelle fois sur un fait divers particulièrement sordide à des fins électoralistes, le chef de l’État est tombé dans le bain nauséabond qu’il fait couler depuis trop d’années dans le pays. L’utilisation de l’assassinat d’une jeune fille, la prise d’otage de l’émotion légitime suscitée dans l’opinion et de la douleur des familles, la mise en accusation des juges et des policiers sitôt placés au banc des accusés, à des fins de racolage obscène : cela ne passe plus. Lorsqu’il a pris, avec courage, la parole devant ses pairs, le 7 janvier, c’est au niveau des valeurs les plus profondes de la République que s’est élevé Jean-Louis Nadal, le « premier procureur de France », lors de l’audience solennelle de la Cour de cassation quand il déclarait : « S’il n’est pas récent, le phénomène ne laisse pas d’inquiéter quand, à cette institution fondamentale de la République et de la démocratie, les coups sont portés par ceux qui sont précisément en charge de la faire respecter. À cela, je dis qu’il faut très sérieusement prendre garde. Afficher pour la justice une forme de mépris, inspirer à l’opinion des sentiments bas en instillant, de manière en réalité extrava gante, la confusion entre la responsabilité du criminel et celle du juge dont on dénigre la décision, inscrire au débit des cours et tribunaux l’altération du lien social compromis pour une multitude de raisons qui leur sont étrangères, tout cela avilit l’institution et, en définitive, blesse la République. »

Le contraste est saisissant quand, dans le même temps, le sentiment d’impunité prévaut aux plus hauts sommets de l’État. Une ministre aimant l’avion quand son supérieur lui préfère les yachts. Un autre, censé être le nouveau «  premier flic de France », qui échappe de justesse à une troisième condamnation. Tous ne rêvant que d’inscrire en lettres de sueurs et de larmes – de celles et ceux qui en subiront les conséquences – le carcan budgétaire qui satisfait aux diktats des intérêts financiers dans le marbre d’une Constitution, pourtant loin d’être parfaite (!) mais foulée au pied par celui-là même qui devrait en être le garant, comme il devrait être celui de la justice et de son indépendance.

Pareille dérive ne doit pas laisser d’inquiéter.

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