
Cher·es ami·es, cher·es camarades,
Nous voici réunis ce matin, comme chaque année le 8 mai, pour rendre hommage à nos camarades, résistants communistes Lillois, qui reposent au cimetière de Lille Sud.
Nous dirons quelques mots sur chacun d’entre eux au moment de fleurir leur tombe, et vous pourrez relire leurs biographies dans le livret, je ne détaillerai donc pas maintenant leurs parcours. Il s’agit de Marcel Bouderiez, René Denys, René Douce, Octave Lamand, Roland Leclabart, Roger Miellet et Émile Verzeele.
Le 8 mai 1945, il y a 80 ans, l’Allemagne nazie capitulait. C’était la fin officielle de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Une guerre qui a coûté la vie à plus de 60 millions de personnes. Une guerre marquée par l’horreur absolue : les camps d’extermination, les bombardements massifs, les villes détruites, les peuples martyrisés.
Ce jour est d’abord un jour de mémoire. Mémoire des combats, des sacrifices. Mémoire de toutes celles et ceux qui ont combattu le fascisme.
Ici, à Lille, comme dans toute la France, des résistants communistes, des femmes et des hommes, jeunes pour la plupart, ont risqué et souvent donné leur vie pour une certaine idée de la liberté, de l’égalité, de la fraternité.
Nous sommes ici pour fleurir leurs tombes. Pour dire que nous ne les oublions pas. Et surtout, que nous faisons vivre leurs idéaux dans nos luttes d’aujourd’hui.
Mais ce 8 mai, c’est aussi le moment de regarder l’histoire en face. Car pendant qu’on célébrait la paix en Europe, à Sétif, en Algérie, des milliers de manifestants algériens ont été massacrés par les autorités françaises parce qu’ils demandaient l’indépendance.
Quelques mois plus tard, Hiroshima et Nagasaki, au Japon, étaient rayées de la carte. Deux villes, deux crimes de guerre, deux avertissements : tant qu’on glorifie la force, la diplomatie recule. Tant qu’on fabrique des armes, qu’on développe l’arme nucléaire, on sème la mort.
Nous le rappelions en octobre dernier, lors de notre soirée débat sur la paix et la solidarité entre les peuples. Près de 60 conflits armés sont en cours dans le monde, le plus grand nombre depuis 1946. Palestine, Congo, Soudan, Ukraine… Partout, ce sont les civils qui paient le prix fort. Et pendant ce temps, les grandes puissances alimentent les tensions et attisent les nationalismes xénophobes.
Chez nous, en France, l’extrême droite ne cesse de gagner du terrain. Son discours raciste, tantôt antisémite tantôt islamophobe, se banalise. Il contamine le débat public, gangrène les mentalités, installe la peur et tue.
Camarades, face à cela, nous devons nous souvenir que la Résistance fut un sursaut contre l’injustice et la barbarie. Elle fut la flamme d’un immense espoir : celui d’un monde nouveau, de paix et de solidarité.
De ce combat est né le programme du Conseil National de la Résistance. Un programme de justice sociale, le droit pour toutes et tous à une vie digne. La Sécurité sociale, le droit de vote des femmes, la retraite, les services publics : tout cela est le fruit de luttes.
Trop souvent, l’histoire officielle a minimisé le rôle des communistes dans la Résistance. Le Parti Communiste, « parti des fusillés ».
Les communistes ont dirigé des réseaux, organisé des sabotages, diffusé des tracts, abrité des persécutés. Comme René Douce, que nous avons ajouté cette année dans le parcours de fleurissement des tombes. Malgré sa participation active au sauvetage des Juifs, notamment lors de la rafle du 11 septembre 1942 à Lille, sa demande de reconnaissance comme “déporté résistant” fut rejetée par le ministère des Anciens combattants en raison de son affiliation communiste. Il ne reçut jamais la reconnaissance nationale pour son rôle dans la Résistance. Par notre travail de mémoire, nous souhaitons lui rendre justice.
Les communistes ont résisté par conviction. Parce qu’ils croyaient en la dignité de chaque vie et en la nécessité de combattre le fascisme sur tous les fronts.
Et ce sont ces mêmes communistes qui ont été à l’initiative des grandes avancées sociales de notre pays. Alors oui, aujourd’hui, leur rendre hommage, c’est rappeler que l’histoire de la République ne s’écrit pas sans les communistes. Qu’elle s’est souvent écrite grâce aux communistes.
Rendre hommage aux résistants, c’est refuser que l’on piétine leurs conquêtes. C’est ne pas accepter qu’on privatise la santé, qu’on détricote les retraites, qu’on méprise les travailleurs.
La section PCF de Lille souhaite enfin rendre hommage à un Résistant que nous avons bien connu et qui ne repose pas dans ce cimetière. Nous voulons ici saluer la mémoire de Pierre Charret. Décédé à l’âge de 99 ans, il fut de ceux qui ont transmis avec force et humanité l’histoire et les valeurs de la Résistance. Nous lui avons rendu hommage mardi dernier, lors de la projection du documentaire Contre vents et marées, où il témoigne.
Face aux replis identitaires, à la prédation du système capitaliste, faisons vivre l’esprit de la Résistance. En ce 8 mai, souvenons-nous que l’humanité, capable du pire, est aussi capable du meilleur. Que des femmes et des hommes ont sauvé des vies au péril des leurs, portés par la seule conviction qu’aucun être humain ne doit être persécuté pour ce qu’il est.
Inspirons-nous d’eux. Soyons à la hauteur de leur mémoire. Opposons-nous à la haine, à la résignation et à l’injustice. Ne laissons pas détruire aujourd’hui, ce que les résistants ont voulu construire. C’est aussi cela notre fidélité à la Résistance communiste.
Alors ensemble, faisons vivre encore les Jours heureux.
discours prononcé par Laura Verdugo