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Grèves dans le BTP

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Soutien aux ouvriers du Grand Stade

Publié le 11 avril 2011

Les salariés du groupe « Eiffage », à l’instar de leurs collègues du « Grand Stade » de Lille sont en grève dans l’ensemble du pays depuis le 29 mars dernier. Leurs revendications portent sur une hausse des salaires de 3 %. Ce mercredi 06 avril, une délégation de la fédération du PCF, accompagnée de camarades de la section PCF et du comité Front de Gauche de Villeneuve d’Ascq, est allée soutenir les salariés en grève sur le chantier du « Grand Stade » à Lille afin de leur exprimer leur totale solidarité.


Les communistes du Nord, s’associent pleinement à cette expression de solidarité et demandent à la direction du groupe « Eiffage », 3e groupe français et 5e groupe européen de BTP (plus de 13 milliards de chiffre d’affaire en 2010) d’entendre les revendications légitimes des salariés.

La Direction d’Eiffage a pris la décision d’assigner au tribunal 14 salariés. Suite aux appels à la mobilisation lancés par les syndicats pour les soutenir, le PCF appelle a appuyer les exigences des salariés face aux tentatives de pression patronale et d’intimidation du mouvement social et syndical.


Article de L. Mauriaucourt dans « l’Huma » du 7 avril :

Eiffage. Les bâtisseurs se rebiffent.

Parmi les salariés en grève depuis le 29 mars sur les chantiers Eiffage de toute la France, ceux qui construisent le Grand Stade Lille Métropole racontent leurs conditions de « survie ».

Quinze grues géantes. Une structure de béton et d’acier en forme de nid d’oiseau, posée le long du périphérique. Magnifique. La vie des ouvriers du groupe Eiffage, qui ont jusqu’en 2012 pour bâtir le Grand Stade Lille Métropole de 50 000 places, est pourtant moins reluisante. Ils doivent aussi bâtir aussi deux hôtels, une clinique et les commerces qui vont former un village autour de l’arène sportive. Ils sont près de 500, toutes filiales confondues, ici, à avoir entamé mardi leur deuxième semaine de grève. Comme leurs homologues des chantiers d’Île-de-France, de Vitrolles, de Lyon, ils réclament 85 euros net d’augmentation pour tous, soit à peu près 3 % quand la direction entend les faire se contenter d’un maigre 1,7 %. Les cinq syndicats (FO-CGT, CFDT, CFTC-CGC) sont unis : une première !

Nous demandons 3 à 5% d’augmentation

85 euros, finalement c’est peu par rapport au chiffre d’affaires de 13 milliards d’euros d’Eiffage, mais beaucoup pour ceux qui bossent par tous les temps, souvent loin de chez eux, sur des chantiers où le danger est partout. Il faut insister pour que ces hommes jeunes, moins jeunes, de quinze nationalités différentes, se racontent. Ils saisissent l’importance de médiatiser leur lutte, mais la méfiance règne. La direction, retranchée au siège de Neuilly-sur-Marne, envoie les huissiers plusieurs fois par jour. Elle a assigné les responsables syndicaux et certains salariés vendredi au tribunal, les accusant d’entraver le travail. « Depuis des mois, les salariés nous interpellent sur les salaires, mais à chaque réunion, la direction nous renvoie aux NAO (négociations annuelles obligatoires - NDLR), où elle a imposé une augmentation individualisée selon les branches et les catégories d’environ 2 % quand nous en demandons de 3 à 5 % pour arriver à un minimum garanti de 85 euros pour tous », explique Frédéric Szymczak, délégué CFDT. Ces travailleurs « nomades » cumulent les frais. Le logement pour la famille et celui qu’il faut louer à proximité du chantier. Les frais d’essence pour rentrer à la maison. « Quand tu es sur un chantier à Marseille, tu as forcément moins de frais de chauffage par exemple, mais ici dans le Nord, bonjour les factures ! » témoigne un ouvrier. L’hiver a été rude à Lille. Les hommes ont travaillé sans relâche. Sous la neige, la glace. Le chantier vit tous les jours, y compris le samedi pour les intérimaires et les sous-traitants, de 7 heures à 22 heures.

« La direction continue de faire venir les intérimaires, ne s’étonne guère Daniel Runde, délégué CGT, ce sera sans doute un argument de plus au tribunal pour parler d’entrave au travail et dire que la grève leur coûte cher. » Ici, on trouve que Martine Aubry, qui préside la Communauté urbaine à l’origine du projet de stade avec le Losc, qui gère l’équipe professionnelle de foot de Lille, n’a « pas été fine » de dire dans la presse que la grève ne provoquera pas de retard dans la livraison du chantier.

Le trou dans la fiche de paie va faire mal

Une délégation du Front de gauche de Villeneuve-d’Ascq, où est implanté le stade, est là. Discrètement, elle emmène des « gars » remplir deux Caddie de courses au centre commercial. Une initiative appréciée, car plus d’une semaine de trou dans la fiche de paie, ça va faire mal.

« Dans le Figaro, un grutier qui a moins de un an d’ancienneté prétend gagner 5 000 euros par mois, mais je peux vous dire qu’en fin de carrière ceux que je connais arrivent à peine à 2 000 euros par mois, avec pas mal de soucis de santé », contredit Daniel Runde. Et, au passage, on rappelle que sur le site il n’y a pas de réel service de santé au travail, contrairement aux obligations légales. « Pas de médecin indépendant, juste deux infirmières salariées d’Eiffage, chargées de tout, y compris de la prévention », nous dit-on. Certes, la fierté est là, de bâtir cette cathédrale sportive, même si « nos noms ne figureront jamais nulle part », souffle un jeune ouvrier. Mais le soir, seul dans un appartement, « on broie souvent du noir ». Ce travail, ils l’aiment, et veulent le garder. Mais, à bien y réfléchir, on « travaille pour survivre ». C’est-à-dire essentiellement pour se loger et avoir les moyens de se déplacer pour venir travailler. Quel sens à tout ça ? La grève permet de discuter. « Et si certains ne savent ni lire ni écrire, ou parlent mal le français », poursuit le délégué CGT, on se comprend.

Actionnariat, salarié lésé

Le groupe Eiffage affiche un bénéfice net de 269 millions d’euros pour 2010. Les dividendes versés aux actionnaires en ont absorbé 108 millions, un montant égal depuis 2008, malgré la crise et la baisse sensible des bénéfices de 2009. Le géant du BTP met en avant un actionnariat salarié, 2 283 ouvriers (sur 40 000) en 2010, soit 1 812 de moins qu’en 2009. Difficile d’investir à long terme quand les salaires ne suffisent plus pour le quotidien. Certains n’ont rien touché depuis deux ans au titre de revenus variables, telle la prime d’intéressement. Et « chez le boulanger, vous ne pouvez pas dire, je prends une baguette, je paierai quand je toucherai des dividendes ! » s’agace un délégué syndical.

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