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36eme congrès

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Texte d’orientation adopté par le 36e congrès du PCF


[sommaire]

« Il est grand temps de rallumer les étoiles... »
 
Guillaume Apollinaire

Nous voulons changer le monde ! Et la chose ne peut plus attendre. Les
apprentis sorciers du capitalisme ne parviennent plus à faire face à leur propre
crise et les prétendues solutions qu’ils mettent en œuvre revêtent un caractère
de plus en plus brutal et autoritaire. Nous voulons vivre à pleins poumons, quand
la violence de la société nous poursuit un peu partout jusqu’à l’asphyxie.
Un choix radical est devenu inévitable : suivre la pente de la compétition
sauvage, du saccage de la planète, de la barbarie ; ou bifurquer sur le chemin du
partage, de la démocratie et de l’humain. Quelle humanité voulons-nous être ?
Notre parti pris est celui de l’émancipation humaine, celui de l’épanouissement de
chacune et de chacun, celui du droit au bonheur. Cela nous conduit à promouvoir
l’égale dignité de chaque être humain, quelle que soit l’étoile sous laquelle il est
né, quel que soit son genre, quelle que soit la couleur de sa peau, quelle que soit
sa religion s’il en a une, quelle que soit son orientation sexuelle...

C’est ce qui donne sens à notre projet de société, à notre vision du communisme
et à la manière dont nous voulons le faire avancer :
avec toutes et tous. Cela
n’est pas compatible avec l’austérité dévastatrice qui est la cause et la
conséquence de la crise profonde du système lui-même. Cela n’est pas
compatible avec les plans du capitalisme qui bâtit une société de la concurrence
de tous contre tous, où se déchaînent les pulsions de domination et de haine.
Le capitalisme a atteint un stade sans précédent historique de sa crise. Le XXIe
siècle peut être celui de son dépassement. C’est un immense défi. Nous pensons
possible de le relever.

Nous, communistes de France, lançons un appel au peuple de notre pays, aux
peuples d’Europe et du monde. Allons-nous laisser écrire la suite de l’histoire par
la main de celles et ceux qui nous ont mené au désastre ? Aucun des obstacles
qu’ils dressent n’est insurmontable. Face aux urgences comme face aux grands
enjeux, ne laissons pas notre destin se décider sans nous, au gré des humeurs du
marché. Ensemble, soyons actrices et acteurs, décideurs et décideuses de
l’avenir de l’humanité.

I - Face à la crise, le choix radical de l’humain

1 - Nous voulons un nouveau monde

Il y a un nouveau monde à gagner. Un nouveau monde pour l’humanité. C’est
cette conviction renouvelée qui nous rassemble. En quelques décennies, nous
avons changé d’époque. Certains s’entêteront à vouloir classer notre rêve et nos
ambitions au chapitre des illusions. Ils ne veulent pas voir qu’une puissante
aspiration au changement travaille l’humanité en son cœur.

Prendre confiance

En proie à la crise majeure qu’il a provoquée, le capitalisme, aujourd’hui
mondialisé, n’en finit pas de convulser, épuisant la planète et étouffant
l’humanité. C’est pourquoi ses promoteurs sont à son chevet pour essayer de le
sauver, en même temps que leurs immenses privilèges acquis contre l’intérêt de
l’immense majorité.

D’un côté, beaucoup a déjà changé, par la mise en cause de la domination
occidentale et l’émergence d’un monde beaucoup plus contradictoire, par les
bouleversements des modes de vie et de production liés en particulier à la
révolution numérique et informationnelle, ou par l’essor de la prise de conscience
écologique... D’un autre côté, rien ne change vraiment ; tout est capté, puis
digéré, pour alimenter la même fuite éperdue vers nulle part.

Dans leurs vies quotidiennes, des millions de femmes et d’hommes n’en peuvent
plus. Dans notre pays, le chômage de masse continue de gagner du terrain, un
nombre croissant de travailleurs souffre des bas salaires, la précarité devient la
norme particulièrement pour les femmes et les jeunes salarié-es, de plus en plus
de retraité-es sont en butte à la pauvreté, trop d’étudiant-es s’endettent et
cherchent des petits boulots pour financer leur formation, la santé devient un
produit de luxe, les quartiers populaires concentrent tous les effets de la crise,
de nombreux territoires ruraux sont laissés à l’abandon, le travail est de plus en
plus vécu comme un traumatisme, la vie est de plus en plus chère, les minima
sociaux ne suffisent pas à boucler les fins de mois, la violence monte dans toute
la société... Tout cela alimente le sentiment d’impuissance savamment distillé
dans les consciences.

Mais rien n’est écrit d’avance : le destin de l’humanité est entre ses propres
mains. Il est temps, de par le monde, que les citoyennes et les citoyens
reprennent confiance en leur pouvoir.

L’issue : rompre avec le capitalisme

Rompre avec le capitalisme en le dépassant est une urgente nécessité. La
brutalité avec laquelle la crise est en train de précipiter l’humanité vers des
abîmes exige la mise en oeuvre de solutions nouvelles qui s’attaquent aux causes
réelles. La domination insensée des forces de l’argent doit être renversée pour
laisser place à un mode de développement humain durable, au partage des
avoirs, des savoirs et des pouvoirs.

A celles et ceux qui parlent de moraliser le capitalisme pour mieux le conserver,
nous disons que l’entreprise est vaine et que la manœuvre ne prend pas.

L’argent n’a pas de conscience. Le capitalisme est incapable d’offrir une autre
perspective que l’asservissement de l’immense majorité des êtres humains.

A celles et ceux qui en appellent à la mesure et proposent de réguler le
capitalisme, nous disons que c’est un objectif illusoire. Sans la volonté de
prendre le pouvoir aux marchés financiers et aux grands possédants, l’expérience
a montré qu’il n’y a aucun résultat signifiant. Il y a une contradiction de plus en
plus insoutenable entre le capitalisme et le progrès social, entre le capitalisme et
la démocratie, entre le capitalisme et le développement culturel, entre le
capitalisme et l’écologie, entre le capitalisme et la paix.

C’est pourquoi nous parlons de révolution. Une révolution sociale, citoyenne,
pacifique, démocratique, et non pas la prise de pouvoir d’une minorité. Un
processus de changement crédible et ambitieux, visant à rompre avec les
logiques du système. C’est pourquoi nous parlons de communisme, un
communisme de nouvelle génération.

2 - De la crise du capitalisme à la crise de civilisation

La crise, avec ses accalmies et ses soubresauts, les peuples du monde la
subissent depuis une quarantaine d’années. Elle connaît aujourd’hui une
aggravation inédite. Chaque jour s’approfondissent ses dégâts, jusqu’à remettre
en cause les fondements de la civilisation. Le capitalisme est intrinsèquement
fondé sur l’exploitation, le développement des inégalités et la loi de l’argent pour
l’argent. C’est pourquoi il produit des crises à répétition. Ses défenseurs le
présentent comme le seul système possible. Il n’est pourtant qu’un moment de
l’histoire et le produit de choix humains. Il est aujourd’hui en crise systémique.

La crise financière provoque l’explosion sociale et économique

En 2007, s’est déclenchée la plus grave crise financière depuis l’entre-deux
guerres, suivie deux ans plus tard, de la première récession mondiale depuis
1945.

Les véritables causes de cette crise majeure se trouvent dans la domination des
forces de la finance. Les exigences de rentabilité des capitaux écrasent
l’économie réelle et imposent au monde du travail de multiples et insupportables
saignées.

Au cœur des emballements actuels, se trouve un antagonisme fondamental : le
capital utilise les immenses possibilités de la révolution numérique et
informationnelle pour nourrir son obsession de faire de l’argent pour l’argent.
Cela entraîne un chômage de plus en plus massif, ainsi que l’accroissement des
revenus du capital au détriment des revenus du travail. Résultat : la productivité
augmente mais pas les débouchés. Cette situation conduit inexorablement au
développement d’une concurrence de plus en plus déchaînée, d’une exploitation
des salarié-es de plus en plus forcenée

Ce développement spasmodique s’est construit pendant plusieurs décennies sur
le surendettement généralisé... qui a fni par exploser avec la crise des subprimes
aux États-Unis. Les forces de la finance se sont alors plus que jamais comportées
comme une nuée de criquets. Pour éviter l’embrasement, de gigantesques
liquidités ont été déversées par les pouvoirs publics et englouties dans la même
logique. Ce sont les peuples qui continuent d’en payer le prix par le recul
continuel des droits sociaux, des services publics et du pouvoir d’achat : de quoi
accentuer encore l’endettement, la faiblesse de la croissance et la relance de la
spéculation ravageuse. Une spirale infernale.

Ces enchaînements font particulièrement sentir leurs conséquences en Europe,
au point de menacer la reprise mondiale. En Grèce, il a été imposé au peuple une
injustifiable cure d’austérité, plongeant dans la misère et l’incertitude une large
part de la population pour préserver les intérêts de la classe dominante. Partout,
la réduction drastique des dépenses publiques a été mise à l’ordre du jour pour
nourrir plus encore le monstre insatiable de la finance.

La fameuse « crise de la dette », pour laquelle un audit citoyen est nécessaire,
provient surtout de l’insuffisante des recettes publiques et sociales, de la fraude
fiscale, des détournements dans les paradis fiscaux, du coût des intérêts versés
aux banques sur les marchés financiers, de leur sauvetage et plus encore de
l’appauvrissement généralisé de nos sociétés, vampirisées par les forces de la
finance. Et le comble, c’est que cette spirale du déclin est utilisée par celles et
ceux qui la causent pour culpabiliser les salarié-es et les populations, justifier les
privatisations, revenir sur un maximum de conquêtes sociales et démocratiques
et leur imposer l’austérité.

Avec l’appui d’une pensée technocratique autoritaire, les peuples européens ont
été sommés de se soumettre et d’abandonner toujours plus de leur
souveraineté. Les forces financières et leurs relais ont défendu bec et ongles
l’interdiction faite à la Banque Centrale Européenne de créer de la monnaie, afn
de se servir de l’Euro pour sécuriser leurs créances. Ainsi, au lieu d’alléger le
poids des dettes des États et d’engager des réponses publiques face à la
situation, ce sont donc les banques, sans cesse renflouées, qui sont encouragées
à poursuivre leur oeuvre sans rien changer. Et la crise se poursuit et s’accentue...
Ailleurs, le Fonds Monétaire International et la Banque mondiale, avec l’appui de
l’OMC, se font les instruments de la domination absolue des marchés financiers
et s’attachent à leur faire place nette en conditionnant chacune de leurs
interventions à des régressions sociales.

Dans les pays émergents, où l’industrialisation demeure toujours dominée par les
multinationales, la croissance s’est réalisée à marche forcée. Provoquant un
exode rural massif, elle s’est souvent construite sur la base de conditions de
travail dignes de celles qu’avaient pu connaître les ouvriers européens du XIXe
siècle. Dans de nombreuses régions du globe, la misère a continué d’être le lot
commun tandis que s’implantaient des paradis touristiques réservés à une
minorité. D’immenses vagues d’expropriation des peuples de leurs terres et de
leurs droits se poursuivent.

L’ensemble de ces profonds bouleversements se développe sur la base d’une
mise en concurrence exacerbée, d’inégalités insupportables, et d’un gaspillage
incroyable d’outils, de savoir-faire et de ressources naturelles.

Une crise écologique croissante

La crise économique et sociale se mêle à une crise écologique croissante. Car la
course effrénée au profit se nourrit également sans vergogne de la spoliation
permanente des ressources naturelles.

La pollution des océans, des rivières et des fleuves provoque la disparition de
nombreuses espèces de la fore et de la faune aquatique.
La déforestation par la
surexploitation ou encore le recul des services publics forestiers conduisent à la
disparition des forêts. L’étalement urbain détruit des terres agricoles et des
milieux naturels indispensables à la biodiversité, il fragmente le littoral. Des
pratiques agricoles et d’élevage, industrielles ou minières dictées par le profit et
encouragées par des puissants lobbies dégradent la biodiversité (dégradation
des ressources en eau, raréfaction des insectes pollinisateurs...), appauvrissent
les terres, sous-sols et paysages. Avec la préparation de la nouvelle PAC (2014-
2020), nous sommes à un tournant de l’histoire. Soit l’Europe cède à la
concurrence libre et non faussée, soit elle comprend l’enjeu d’une politique
volontaire d’appui à un maillage dense d’exploitations familiales sur les
territoires, en favorisant la qualité et la diversité des produits, la relocalisation
des productions, la régulation des marchés et du foncier.

Même habillé de vert, le capitalisme se moque de la planète : les lobbies de la
climato-économie libérale se repaissent allègrement des catastrophes
environnementales, en faisant du profit sur les exigences de développement
durable.

Malgré de nombreuses alertes, dont celles de la FAO, la spéculation sur le marché
alimentaire mondial, soutenue par l’OMC, a entraîné le développement de cultures
(dont celles destinées à produire des agrocarburants) qui privent une partie de la
population mondiale de denrées de première nécessité. Les images
insupportables d’enfants se nourrissant de galettes de boue, tandis que les
spéculateurs continuaient impunément leurs basses oeuvres sont restées gravées
dans nos mémoires. Pouvons-nous accepter d’être réduits à l’impuissance ?

Enfin, le réchauffement climatique tient une place de premier rang dans l’ordre
des défis à surmonter. Si les pays occidentaux, en particulier, ne se décident pas
à agir, nous pourrions, selon les données scientifiques les plus récentes, voir une
augmentation de 4 à 6°C de la température planétaire d’ici la fin du siècle, avec
des conséquences dramatiques. La force des tempêtes et des inondations est le
pendant de la sécheresse et de la désertification. La fonte des glaciers et la
hausse des températures superficielles des océans engendrent l’élévation du
niveau des mers, entraînant des déplacements forcés de populations, et créant
ainsi une nouvelle catégorie de migrants : les réfugiés climatiques... La réduction
des émissions de carbone, qui sont à l’origine de l’effet de serre, est donc une
absolue nécessité planétaire, afin de préserver la qualité de l’air. Comment
accepter, du sommet de la Terre de Rio à la conférence de Copenhague, que des
décisions de cette importance aient pu être remises en cause pour satisfaire des
intérêts financiers ? La France accueillera en 2015 la conférence internationale
pour le climat de l’ONU. Nous proposons que s’organise, avec toutes les forces
politiques, sociales et associatives disponibles, en France, en Europe et avec les
pays en développement, une grande campagne citoyenne internationale pour
sortir les États de l’inaction.
Le retard qui s’accumule est gravement
préjudiciable au devenir de l’humanité.

La crise écologique ne saurait servir de prétexte à une super-austérité. Elle doit
au contraire conduire à des choix collectifs et raisonnés pour un nouveau type de
croissance et de développement, alliant satisfaction des besoins humains et
protection de la planète. La crise écologique est un défi fondamental qui porte
en lui une nécessité nouvelle de créativité pour les forces de progrès. Déjà , des
luttes quotidiennes dénoncent la responsabilité des puissances financières dans
la catastrophe écologique en gestation. Elles démontrent les potentiels de
mobilisation liés à la prise de conscience écologique. La révolution écologique
appelle la révolution sociale.

La démocratie réduite à un théâtre d’ombres

Devant la pression du pouvoir considérable acquis par les marchés financiers,
nous sommes entrés dans un cycle de régression démocratique.
La capacité
d’intervention des peuples a été rognée en permanence jusqu’à être cantonnée à 
la marge des grandes orientations qui régissent les sociétés, tandis que la
puissance publique a été de plus en plus accaparée au service des marchés
financiers. A tous les niveaux a été organisé le dessaisissement progressif des
citoyennes et des citoyens de leur pouvoir. Pour donner le change, on a ainsi
inventé le concept particulièrement pervers de gouvernance, véhiculant l’idée
que la conduite politique devait se contenter de compétences d’experts
désignés. Par une série de coups d’État déguisés, une petite oligarchie, relayée
par ses innombrables lobbies et des médias de masse tenus sous sa coupe a pris
le pouvoir de façon insidieuse, maintenant les apparences de la démocratie. Ainsi,
plus les changements nécessaires paraissent immenses, moins l’action politique
paraît être porteuse de solutions.

Toute une partie de la population est de plus en plus tenue à l’écart des lieux de
pouvoir et absente des dynamiques qui se cherchent. La casse de la démocratie
locale et la mise en concurrence des territoires participent d’une logique
souhaitée par les marchés financiers afin d’aménager l’espace en fonction de
leurs intérêts.

Présentée à l’origine comme l’Acte III de la décentralisation, la réforme
territoriale s’engage sans abroger fondamentalement celle qui fut imposée par N.
Sarkozy en décembre 2011.

Elle va se conjuguer avec des budgets d’austérité drastiques plombant l’avenir
des collectivités et des services publics territoriaux.

Si elle n’était pas considérablement infléchie, elle tendrait à hiérarchiser les
différents niveaux et à vider les départements et les communes de leur capacité
d’initiative. Le choix de recentraliser nombre de compétences locales essentielles
dans des métropoles formalisées en « super-collectivités » tourne le dos aux
coopérations volontaires et aux projets métropolitains partagés.

A tous les niveaux des résistances et des alternatives se développent.

Des crises internationales à répétition

Depuis le bouleversement géopolitique lié à la chute du mur de Berlin et à la
mondialisation capitaliste, des crises internationales majeures s’enchaînent dans
un monde présenté comme irrémédiablement instable et dangereux.
Les
réponses militaires et les stratégies de puissance seraient, nous dit-on, les seules
possibles. Les dépenses liées à la guerre pèsent lourd dans les budgets publics.

Au Mali, la déliquescence de l’État, l’activité des bandes islamistes armées, sont
le fruit d’une crise profonde, exacerbée par la guerre de l’OTAN en Libye,
aggravée d’année en année, sous la pression des pratiques de la Françafrique et
des politiques d’ajustement structurel néo-libéral sous contrainte du FMI.
L’intervention militaire de la France traduit cette impasse majeure des politiques
de domination et de prédation.

Nous comprenons le soulagement des Maliens qui devaient subir l’agression des
bandes djihadistes armées. Il n’y a pas de solution militaire à cette grave
déstabilisation qui menace le Sahel et d’autres pays en Afrique. Il faut répondre
aux attentes des peuples, aux exigences du développement humain dans toutes
ses dimensions, aux besoins de véritables coopérations internationales. C’est un
grand défi pour la période qui s’ouvre : comment sortir enfin du néo-colonialisme
en Afrique et contribuer à cet enjeu formidable de la paix et du développement
pour tout ce continent.

En Irak, en Afghanistan, en Libye... des logiques de guerre, au nom de
prétendues valeurs occidentales, n’ont cessé d’exacerber les tensions, d’étendre
les instabilités, d’aggraver les crises. Cette escalade sans issue, dans le mépris
des droits des peuples et l’instrumentalisation de l’ONU, est le fruit d’un
impérialisme dont la volonté de prédation est à l’œuvre partout où des intérêts
stratégiques sont en jeu. Les grandes puissances impérialistes, les
multinationales rivalisent pour s’approprier les richesses naturelles au détriment
des populations locales. Ces comportements engendrent des situations de
tension et de confit dévastatrices.

Les tensions et les violences qui caractérisent le monde d’aujourd’hui, dans sa
complexité, s’enracinent en particulier là où le sentiment existe que la politique
des États-Unis, des pays de l’Union européenne, de l’OTAN... bafoue la dignité, la
souveraineté des peuples.

Le non respect des droits du peuple palestinien, la succession de guerres, le
soutien à des dictatures, les politiques néolibérales imposées par le FMI et l’Union
européenne... Tout cela n’a cessé d’alimenter un rejet profond de la domination
occidentale, favorisant la montée des intégrismes mais fournissant également
des motifs de révolte et de mobilisations populaires massives.

L’humanité en panne de sens

La conjugaison de ces crises finit par plonger l’humanité dans une véritable crise
de civilisation.
Une crise du sens et de l’imaginaire. Une crise existentielle qui
interroge les rapports entre les êtres humains et leurs rapports à la nature.

Le capitalisme est venu exacerber toutes les dominations existantes, à 
commencer par le patriarcat. Prospérant sur la concurrence et la peur de l’autre,
il a sapé les fondements du vivre ensemble. Les savoirs et leur diffusion ont été
placés au service de la rentabilité financière, et les êtres humains empêchés
d’acquérir une maîtrise critique des connaissances et une culture commune. La
marchandisation de tout jusqu’au corps humain, la guerre de tous contre tous et
l’explosion des inégalités, la domestication de la culture et de l’éducation se sont
abattues sur les peuples. Les grandes puissances se sont attelées à fournir des
motifs de justification à leurs guerres néo-coloniales.

Dans une humanité déboussolée, les résistances à cet ordre mondial insupportable se sont exprimées de façon contradictoire. La théorie du choc des
civilisations, mise en pratique par des responsables politiques peu scrupuleux,
pour servir les intérêts de leur cause, a servi de justification au terrorisme et aux
aventures guerrières prétendant le combattre. Elle a fait grandir des
affrontements dangereux et sans issue à l’échelle planétaire. Le terrorisme, qui
pousse sur le terreau de la domination des peuples, est devenu le nouvel ennemi
public.

Dans ce contexte, le peu de prix accordé aux vies humaines constitue un
traumatisme sérieux. L’humanité se cherche. Elle ne trouvera réponse à ses
questions que dans la quête commune de sens, que dans la mise en oeuvre d’un
projet commun, que dans la fn des logiques de puissance et de prédation.

3 - Un nouvel âge de la lutte des classes dans une humanité fragmentée

Au cœur de ces difficultés les résistances et la créativité des hommes et des
femmes peuvent ouvrir de nouveaux horizons. C’est ainsi que pourra se
reconstruire une civilisation nouvelle de femmes et d’hommes, riches d’influences
culturelles différentes, mais fondamentalement libres, égaux et associés.

Pour une nouvelle conscience de classe

La lutte des classes avait disparu. C’était une vue de l’esprit, un fantôme du
passé que quelques individus inadaptés aux exigences de la modernité
cherchaient à réveiller.
Chacun était seul responsable de la situation dans laquelle
il se trouvait. Voilà le discours hypnotisant qui nous a été servi des années
durant. Et pourtant, jamais il n’y a eu de pause dans cet affrontement. Au coeur
d’une société éclatée, où les conséquences de la crise frappent toutes les
catégories de salariés et les couches les plus diverses de la population, les bases
existent d’une convergence essentielle pour des luttes qui combattent les
gestions ultralibérales et s’attaquent aux racines de la crise.

La crise a commencé à faire tomber le masque, de par la violence de la tentative
d’écrasement que mène la classe dominante. Nous avons vu défiler les marchés
financiers et leur course à la compétitivité, les actionnaires et leurs dividendes,
les banquiers et leurs escroqueries, les grands patrons et leur « héroïsme »...
Nous avons entendu que « la guerre des classes existe » et que c’est leur classe,
« celle des riches » qui est en train de la gagner.

Pour que l’immense majorité, les « 99 % », puisse faire valoir ses droits au
changement, nous voulons qu’émerge une nouvelle conscience de classe, qui
rassemblerait le monde du travail et de la création. Il est grand temps que se
retrouvent tous ceux et celles, épris de justice, de paix et d’humanité, dont
l’intérêt est d’unir leurs énergies pour ne plus laisser quelques profiteurs décider
à leur place. Il faut pour cela faire grandir une alternative commune. Nous
bataillerons pour faire échec à la division du salariat, et à la division sexuée du
travail qui se fait au détriment des femmes. Ainsi, nous combattrons le fameux
concept de « classe moyenne », modelé pour faire croire à toute une partie de la
population qu’elle pourra s’en sortir mieux que les autres « parce qu’elle le vaut
bien
 ». De même nous ne laisserons pas s’installer plus avant le terme pernicieux
d’assistanat pour décrire le devoir qu’a la société de relever celles et ceux qui
sont dans la difficulté et de les accompagner.

Des femmes et des hommes décidés à gagner

Profiteurs contre producteurs. Finance contre travail. Comment peut-on dans ce
contexte, appeler à partager les efforts et proposer le match nul ? Les appels du
gouvernement français à rechercher un « compromis historique » entre le
patronat et les syndicats pour un « choc de compétitivité » sont inacceptables. Il
s’agit d’une nouvelle tentative de « baisser le coût du travail », d’accentuer
l’individualisation de la relation de travail, de démanteler le code du travail et
d’imposer la flexibilité. Cette offensive n’a d’autre but que d’asservir plus encore
les salarié-e-s, comme si les régressions de ces dernières années n’avaient pas
suffi. Le patronat a fait le choix de la désindustrialisation, de la délocalisation, de
la spéculation, de l’abandon de la recherche-développement et de la formation,
de la mise en concurrence des salarié-es entre eux, l’organisation aliénante du
travail, par le chômage et la précarité... Il voudrait encore doubler la facture. S’il
faut un choc, c’est pour baisser le coût du capital et non la rémunération du
travail ; c’est pour baisser les charges financières et non pas les cotisations
sociales ; c’est pour en finir avec la précarisation et non pas pour l’augmenter !
Voilà les issues à la crise !

Les menaces de fermeture de site d’Arcelor à Florange, de PSA à Aulnay, de
Goodyear à Amiens, Pétroplus en Haute-Normandie ou encore les suppressions
d’emplois programmées par Renault amorcent une nouvelle étape de la
désindustrialisation. L’attitude du gouvernement, qui alterne les grandes
déclarations suivies de désillusions, et les propos complaisants visant à faire
accepter les décisions des actionnaires est inacceptable. L’accord portant
prétendument sur la sécurisation de l’emploi, signé sous haute pression
gouvernementale, avec l’aval d’une partie des organisations syndicales
minoritaires, vient encore faciliter les fermetures de sites, les plans sociaux et
autres chantages patronaux en baissant ce qu’ils appellent le coût du travail, en
précarisant les salariés et en facilitant les licenciements. Nous appelons le
gouvernement à changer de cap ; nous appelons toute la gauche à refuser la
casse industrielle.

Face aux offensives brutales d’actionnaires insatiables, nombre de salarié-e-s,
avec leurs organisations, ont cherché à établir des résistances solides.
Dénonçant le mépris et l’incohérence, ils ont mis sur la table des projets
alternatifs crédibles. Malgré les atteintes au droit de grève, malgré la
criminalisation de l’action syndicale, malgré les chantages, malgré l’abandon des
pouvoirs publics, des luttes ont grandi, dont certaines ont pu ouvrir des brèches.
Ces hommes et ces femmes, atteints dans leur dignité, défenseurs d’eux-mêmes
autant que de l’intérêt général bafoué, tiennent tête aux puissants. Parmi eux, il
y a ces ouvrières et ces ouvriers que les médias ont longtemps ignorés,
caricaturés et dont ils ont même décrété la disparition. C’est de leur côté que se
trouvent les solutions.

Dans ces luttes, les femmes prennent très largement leur place, affrontant au
passage un double mépris, l’exploitation capitaliste et la domination patriarcale,
tandis que chaque mesure de régression adoptée les frappe plus durement du
seul fait d’être femme. Nous savons que le capitalisme se nourrit de toutes les
oppressions, mais nous savons aussi que la domination patriarcale existe en soi.

C’est pourquoi il est toujours d’actualité d’exiger l’égalité. Mais si le capitalisme
se nourrit de cette oppression, nous savons qu’elle n’a pas besoin de lui pour
exister. Pourquoi faut-il encore aujourd’hui mener la bataille pour le droit à 
disposer de son corps et contre les violences faites aux femmes ? Combien sont
tuées ou violentées ? Combien, de par le monde, sont traitées comme des
mineures, sans droits ? Combien sont contraintes d’obéir, de se cacher, de se
soumettre ? De la même manière, on explique pourtant aux hommes et aux
femmes que le féminisme est un combat dépassé, balayant d’un revers de main
les inégalités persistantes, le patriarcat encore vivace. Ce combat contre la
domination et pour l’égalité doit se faire plus encore le combat de tout le genre
humain.

Le grand piège de « l’affrontement identitaire »

Racisme, xénophobie, antisémitisme, islamophobie, sexisme, homophobie,
lesbophobie, transphobie et autres avatars du rejet de l’autre n’ont pas attendu
la naissance des marchés financiers pour sévir.
Nous les combattons touts avec
vigueur, en tant que tels. Nous savons aussi que les forces dominantes ont bien
compris le parti qu’elles pouvaient en tirer : afin de détourner la colère sur
d’autres têtes, elles s’attachent à diviser leurs victimes dans des affrontements
qui laissent à l’abri leurs intérêts.

Pour déclarer l’ouverture de la chasse aux boucs-émissaires, tous les prétextes
sont bons.
La stigmatisation tous azimuts des jeunes des quartiers populaires,
des agents de la fonction publique, des grévistes, ou encore des chômeurs et
des pauvres établit une liste de prétendus profiteurs du système, en même
temps que le portrait robot du prétendu méritant vertueux qui serait lésé par
leur seule existence. Dès lors, lutter contre toutes les dominations, travailler à 
gagner l’unité et la solidarité contre les divisions, c’est façonner cette nouvelle
conscience de classe que nous recherchons. C’est plus que jamais une urgence.

En effet, à partir de l’insécurité sociale latente, tout est fait pour que l’être
humain se sente plongé dans un climat d’insécurité existentielle, au point de se
vivre comme un individu assiégé de toutes parts. Assiégé dans son être même,
dans son identité... Le pas suivant est vite franchi. Ainsi donc, le tranquille
autochtone, serait seul face aux barbaresques menaçants. Il s’agirait donc pour
lui de s’unir avec ses semblables face à l’ennemi désigné, accusé de « racisme
anti-blancs ». Les mêmes qui critiquent le communautarisme l’installent de fait,
dans une dimension profondément conflictuelle, allant jusqu’à usurper et dévoyer
le principe républicain de laïcité.

Le déplacement du confit social sur le terrain identitaire et communautariste est
lié à l’héritage complexe et encore pesant d’une histoire nationale marquée par le
fait colonial et relève d’une stratégie visant à fractionner les couches populaires
et à masquer l’aggravation des inégalités sociales. C’est ce que l’on appelle
l’ethnicisation des rapports sociaux, et c’est, dans le monde d’aujourd’hui, une
arme de division massive.

S’appuyant sur la théorie du choc des civilisations, la diabolisation insupportable
de l’islam et des musulmans, amalgamés en permanence à des étrangers
intégristes et à des terroristes en puissance, a une fonction particulière dans ce
dispositif.
Voilà ainsi campé le personnage de l’étranger par excellence, celui
qu’on incrimine et contre qui l’on veut fédérer. A partir de là peuvent se déployer
toutes les peurs, toutes les haines et toutes les jalousies, comme on le voit aussi
particulièrement à l’endroit des Rroms ou des sans-papiers. Comme on le voit
également à travers l’islamophobie et la résurgence de l’antisémitisme. Le
développement d’un nouveau type de racisme, de plus en plus décomplexé, ne
saurait être compris sans mesurer la portée de cette offensive menée par la
droite et l’extrême droite. Elle est susceptible d’alimenter bien des tensions au
sein des peuples comme au plan international. En mettant cet affrontement
identitaire à l’ordre du jour, elle porte un grand danger de notre temps.

Communistes, nous affirmons l’inexistence des races, prônons l’universalisme et
l’égalité de tous les êtres humains. Nous concevons la diversité des cultures, des
héritages, comme une richesse et le patrimoine de toute l’humanité.
Combattants contre toutes les aliénations, nous refusons les assignations
identitaires imposées aux individus. Comme beaucoup d’hommes et de femmes,
nous ne reconnaissons pas la richesse de l’humanité dans ces identités étriquées,
fantasmées, artificielles. La question est bonne : homme, femme, qui es-tu ?
Mais la réponse ne peut consister à s’enfermer dans des cases pour se rassurer
et se protéger. L’être humain est un être social, un être de relations, un être de
culture. L’être humain est un producteur. Un être en chemin et en devenir.
Chacune, chacun, nous sommes des humains uniques et complexes, d’influences
et d’appartenances multiples. Ensemble, nous sommes l’humanité.

Que dire, alors, de la nation ? Nous en portons une conception qui se situe aux
antipodes de la vision identitaire et ethno-culturelle qui teinte les discours de la
droite, sous l’influence de son extrême. La nation est pour nous un lieu essentiel
du faire peuple et de l’exercice de la démocratie. Un lieu essentiel de
l’internationalisme. La nation française elle-même s’est forgée dans la Révolution.
Elle peut être fière de sa diversité régionale, en particulier linguistique. Elle s’est
construite de multiples apports migratoires. Elle est habitée d’une culture
ouverte et en mouvement dont le monde a besoin. Au même titre qu’il a besoin
de l’apport des autres nations de l’Europe et du monde. Depuis l’aube de notre
histoire, les échanges entre les peuples nourrissent les représentations qu’ils se
font d’eux-mêmes, leurs cultures communes et leurs façons de vivre. Partout, au
coeur de la vie quotidienne dans les villes du monde, c’est cela qui se poursuit.

C’est pourquoi, l’idéologie xénophobe du nationalisme est une dangereuse
fumisterie. Convaincus qu’il est vain d’enfermer toute tentative de changement
dans la seule nation, nous proposons d’en refonder le principe pour reconstruire
de l’unité sur les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Dans le même
mouvement, il sera possible d’inscrire cette refondation dans une quête de
mondialité. C’est-à -dire un processus permanent d’humanisation de l’humanité
capable de bousculer la mondialisation capitaliste et d’opposer aux
affrontements identitaires la force d’un monde interculturel. De tous les pays,
unissons-nous.

4 - L’ouverture de nouveaux champs du possible

Quand les peuples se mettent en mouvement

Partout dans le monde, des mouvements populaires se développent qui en
attestent : l’humanité cherche des issues. En effet, comment ne pas trouver
dans le mouvement d’occupation de Wall Street, le temple du capitalisme
mondialisé, le signe éloquent d’un système en perte de légitimité ?

Dans les pays d’Europe, les peuples résistent et manifestent leur profond rejet
de l’austérité. Des forces politiques comme Syriza en Grèce ou le Front de
gauche en France, opposées aux orientations européennes actuelles,
commencent à gagner une place politique nouvelle. Sans oublier les « Indignés »,
qui portent une forte contestation du système.

En Amérique Latine, dans la diversité des histoires nationales, des forces
politiques, ont été portées au pouvoir pour s’opposer au pillage impérialiste de
leurs richesses et de leur travail, pour fonder de nouvelles coopérations et
solidarités, y compris avec Cuba, victime d’un blocus inacceptable. Il s’y mène
des politiques nouvelles où l’on cherche des façons de rendre au peuple les droits
qui sont les siens. Ces expériences nous intéressent, elles nourrissent nos
espoirs, elles participent à rendre partout le changement possible. Nous en
sommes pleinement solidaires.

Le Printemps arabe, s’il a débouché sur des situations contrastées, ne saurait
être interprété autrement que comme une éruption trop longtemps contenue,
d’aspirations profondes à des changements dans la vie quotidienne et dans la vie
démocratique des peuples. Le monde arabe n’en pouvait plus de cette
domination néo-coloniale dont la misère, la famine et la privation de libertés
étaient le prix. Au coeur de ces mouvements, les aspirations démocratiques et
progressistes doivent prendre le dessus. Nous devons soutenir ces forces en ce
sens.

Dans notre pays, enfin, se lèvent dans de nombreux champs de la société des
mouvements de lutte qui portent des revendications et des propositions
concrètes. C’est de là que naîtra le changement.

Nous souhaitons que se libèrent toutes ces forces qui veulent transformer nos
sociétés, et celles qui ne trouvent pas encore à se manifester. Si elles sont
encore éparses, s’il leur manque un projet commun, elles sont porteuses d’un
souffle nouveau dont le monde a besoin.

Quand le progrès sert l’humanité

La révolution numérique et informationnelle bouleverse déjà les modes de
production et d’échanges, comme les modes de vie.
Elle prolonge l’intelligence
humaine et change son rapport au monde, alors que jusqu’ici les outils, puis les
machines de la révolution industrielle, avaient permis simplement de « prolonger
la main », en instituant une séparation multi-séculaire entre celles et ceux qui
décident et celles et ceux qui exécutent,. Les systèmes automatiques de
traitement, de stockage et de transmission de l’information sont autant
d’avancées ouvrant des possibilités inédites que le capital s’efforce de
confsquer, avec les gains de productivité qu’elles génèrent. Elles peuvent être
utilisées pour réduire les libertés individuelles. Pourtant, elles portent en elles la
possibilité d’une autre civilisation, fondée sur la mise en commun et la
coopération plutôt que sur la marchandisation du monde.

En tous domaines, les avancées scientifiques, les progrès considérables de la
connaissance et des savoirs, accompagnés de progrès technologiques
incessants, couplés à cette révolution peuvent être une chance pour l’humanité.
L’organisation du travail, sa conception et sa place dans la vie des êtres humains
pourrait en être complètement changée.

Contrairement au projet d’une « économie de la connaissance » qui capte la
recherche au service de la rentabilité et vise la refondation de la formation au
service de la division du salariat, nous voulons nous appuyer sur la place
croissante des savoirs dans la société pour construire une culture commune
émancipatrice. Déjà , la place croissante des savoirs dans le travail, dans le débat
démocratique et dans la vie quotidienne est à l’origine d’aspirations nouvelles.

Sous la crise du capitalisme émergent déjà les prémisses d’une troisième
révolution industrielle avec l’impression 3D, les machines auto-réplicatives libres,
l’open source hardware, les mouvements hackers et maker. Ainsi se créent et se
développent des lieux de conception et de proximité en réseau, ouverts et
gratuits, où l’on partage savoir et savoir-faire, où l’on crée plutôt qu’on ne
consomme, où l’on expérimente et apprend collectivement, où le producteur
n’est plus dépossédé de sa création, tels les Fab Lab, qui sont les moteurs de ce
mouvement.

Toutes ces avancées portent en elles des possibilités de mise en commun, de
partage et de coopération inédites.

5 - Un projet de société fondé sur l’humain

Alors, quel projet ? Cette question, nous ne souhaitons pas y répondre seuls.

Nous voulons la poser en grand à la société. Nous voulons interroger les hommes
et les femmes, pour donner de l’espace et de l’écho à leurs aspirations. Ouvrons
grand les vannes : « et vous, quels changements de société voulez-vous ? » Voilà 
la grande campagne d’échanges citoyens que nous souhaitons lancer dans tout
le pays et au-delà .

Nous ne saurions nous engager dans une telle initiative sans décrire nous-mêmes
le projet de société que nous portons.
Nous ne le concevons pas comme un
modèle prêt-à -porter, mais une contribution forte dans la quête de l’humanité.

Rien de tout cela ne tombe du ciel. Il y a les Lumières, la Révolution française et
la Commune. Il y a les anticipations fondamentales issues de Marx, et des
penseurs du socialisme, avec une mention particulière dans notre pays pour la
contribution de Jaurès, qui fonda ce journal au nom si emblématique :
L’Humanité. Il y a ensuite les enseignements que nous continuons à tirer des
échecs et de l’effondrement des premières tentatives de rupture avec le
capitalisme du XXe siècle se réclamant du socialisme : sans démocratie, respect
des libertés et des droits humains particulièrement, il ne saurait y avoir
d’émancipation. Il y a encore les avancées produites par les communistes depuis
un certain nombre d’années pour définir d’autres logiques à mettre en oeuvre. Il y
a enfin tout ce qui se cherche et s’invente dans les luttes et le mouvement des
idées pour faire grandir l’alternative.

Notre projet se nourrit de tout cela. Il est en construction permanente. Un projet
alternatif au capitalisme et à toutes les formes de domination doit permettre la
convergence des pensées qui leur résistent : celles qui prennent le contre-pied
des politiques libérales sur le plan social et économique, celles qui renouvellent
l’exigence écologique, celles qui vont puiser dans les aspirations libertaires et
l’humanisme, celles du féminisme, celles de l’antiracisme, celles de la République
face à sa décrépitude avancée, celle de l’altermondialisme... Il doit également se
forger dans la vie, comme une réponse aux contradictions dans lesquelles les
femmes et les hommes se débattent. C’est ce que nous nommons communisme :
l’incessant mouvement démocratique d’appropriation citoyenne du monde et de
partage des avoirs, des savoirs et des pouvoirs qui enverra aux oubliettes
l’ancien régime du capitalisme et fera grandir l’humain dans l’humanité.

Notre visée est donc celle du communisme, c’est-à -dire une société débarrassée
de toute forme d’aliénation, d’exploitation, de domination, de prédation de la
planète.

La démocratie comme mode de vie

La démocratie doit être au cœur du vivre ensemble, par la reconnaissance d’une
souveraineté populaire pleine et entière comme étant seule légitime.
Aucun
pouvoir, fut-il éclairé ou savant, ne saurait s’affranchir du peuple et gouverner
sans lui. Nous proposons de démocratiser tous les espaces de la société, en
recherchant partout à pousser les feux de l’intervention citoyenne et de la co-élaboration.

Nous voulons une VIe République

où l’exercice de la démocratie ne consistera pas à abdiquer son pouvoir de citoyenne ou de citoyen. La nouvelle constitution
devra être élaborée dans un vaste débat et soumise à un référendum.

Dans
toutes les institutions, et en premier lieu au niveau national, nous voulons rompre
avec le présidentialisme, en finir avec le cumul des mandats en nombre et en
durée, favoriser la délibération et l’exercice collectif des responsabilités, instaurer
la proportionnelle comme mode de scrutin, faire de la parité une règle, ouvrir un
droit d’initiative législative populaire et un droit de saisine des institutions. Nous
proposons également pour faire vivre la démocratie et lutter contre la
professionnalisation de la politique, la création d’un statut de l’élu-e.
Au sein de cette République, nous voulons une vraie démocratie locale, dont les
communes doivent être le coeur battant. Elles devront y développer l’esprit
coopératif à chaque fois que nécessaire en faisant respecter l’esprit
décentralisateur, la souveraineté populaire et l’égalité républicaine pour les
citoyens de tous les territoires. Nous sommes pour une citoyenneté de résidence
et nous défendons le droit de vote des étrangers vivant dans notre pays.
Pour prendre le pouvoir, il faut comprendre le monde. Notre exigence de
démocratie rend nécessaire l’accès de toutes et tous aux savoirs.

Nous proposons une véritable démocratie économique et sociale

qui renforcera le droit du travail, instaurera l’exercice de nouveaux droits et pouvoirs pour les
salarié-es dans les entreprises et transformera les structures juridiques qui
fondent aujourd’hui la propriété du capital et son pouvoir absolu, en s’appuyant
sur des formes diverses de propriété publique et sociale. La citoyenneté ne doit
pas s’arrêter à la porte des lieux de travail. Sans attendre, nous voulons que les
salarié-es et leurs représentant-es disposent de droits et pouvoirs d’intervention
sur les choix qui président à l’organisation du travail, aux investissements, aux
stratégies des entreprises et à leur financement. Nous voulons permettre aux
organisations syndicales de tenir la place essentielle qui leur revient dans la
démocratie sociale. Il en est de même pour les élus locaux et les élues locales, de
par leur rôle décisif dans l’aménagement du territoire.

Nous proposons une administration démocratisée des services publics et leur expansion coopérative jusqu’à la gestion des biens communs de l’humanité.

Nous
voulons libérer des griffes du marché l’eau, la terre, l’énergie, et plus largement
des secteurs essentiels à la vie de l’humanité, y compris la monnaie... Nous
voulons ouvrir des droits effectifs garantis par des services publics dans les
domaines de l’éducation, de la culture, du sport, du logement, de l’information,
de la communication, des transports, de la santé, ou du crédit. Nous voulons
développer la gratuité de ceux qui sont essentiels à la vie de chacune et chacun.

La fuite en avant libérale opérée par l’Union européenne n’a cessé de s’exacerber, au point de la plonger dans une crise existentielle qui appelle des transformations fondamentales.

Ainsi, la finalité même de la construction
européenne doit être redéfinie. L’Europe doit devenir un grand projet humain,
capable de peser pour un monde de coopération. A l’opposé des forces
nationalistes qui opposent entre eux des peuples qui souffrent du même mal,
nous voulons refonder la construction européenne pour bâtir une Europe des
peuples, dont le but sera le progrès humain, social et écologique, et non plus la
concurrence acharnée et la grande compétition des humains. Aussi, sa première
ambition devra être de s’émanciper des marchés financiers. Par la coopération,
elle devra permettre de mobiliser démocratiquement tous les atouts disponibles
au service de la promotion des capacités humaines et d’assurer la gestion
solidaire des biens communs.

Parmi les changements majeurs, il est urgent de mettre fin à l’indépendance de la
Banque Centrale Européenne
, qui doit être placée sous contrôle démocratique
des Parlements nationaux et européen, et des citoyens. Elle devra battre
monnaie pour financer les dépenses publiques et les investissements s’inscrivant
dans les nouvelles priorités, aux conditions les plus favorables et dans une
logique de long terme et contribuer à un essor concerté des services publics. Elle
devra également favoriser la réduction des inégalités de développement entre
pays membres. Parallèlement, un audit citoyen de la dette, devra permettre aux
États de se libérer des charges illégitimes que les financiers leur extorquent.
Nous voulons repenser la démocratie européenne. La gestion commune des
biens, intérêts et projets communs doit résulter de choix souverains, faits en
pleine connaissance de cause après information et consultation des citoyennes
et des citoyens. Il faut donc créer les conditions -politiques, institutionnelles,
culturelles- favorisant leur implication dans l’élaboration des politiques
européennes, le contrôle de leur mise en oeuvre et l’évaluation de leurs effets.
L’Europe refondée ne saurait altérer la souveraineté populaire ou nier les nations
qui la composent, mais doit s’imposer le devoir de pousser les feux de la
démocratie représentative, participative et citoyenne.

Enfin, ses principes doivent respecter ceux de la Charte des Nations Unies. Elle
devra se montrer exemplaire dans l’engagement solidaire et responsable face à 
des enjeux vitaux de notre temps : environnement, paix, développement... Il lui
faudra ainsi rechercher tous azimuts des partenaires pour coopérer à la
transformation du monde.

Nous voulons un monde de paix, de partage, de solidarités, un monde sans armes.

La paix ne saurait être garantie que par la justice, le respect du droit et
de la souveraineté des peuples. C’est ce qui fonde notre soutien à la lutte
légitime des peuples de Palestine, du Kurdistan, du Sahara occidental, du monde
arabe en particulier. La reconnaissance par l’ONU de la Palestine comme État
observateur constitue une première victoire. Nous nous opposons à 
l’impérialisme et à ses guerres. Partout, les relations entre les peuples doivent se
bâtir sur les coopérations et la sécurité, dans la quête d’un nouvel ordre mondial.
Face aux nouveaux enjeux de la sécurité internationale, comme face à la gravité
de la situation, en particulier au Moyen-Orient, il est urgent de mettre à l’ordre
du jour, avec l’exigence du règlement politique des confits, le désarmement
multilatéral, en matière nucléaire et bien au-delà , pour tous les types d’armes de
destruction massive, pour les armes conventionnelles et de petit calibre qui font
le plus grand nombre de victimes dans le monde d’aujourd’hui.

La France doit être à l’initiative, sur le plan international, pour contribuer au
désarmement dans cette voie.
Elle doit agir immédiatement pour mettre fin au
commerce des armes fait pour alimenter les confits et les guerres.

Les communistes considèrent comme une des priorités de leur engagement sur
le plan international le combat pour la paix, pour une culture de paix, pour une
démilitarisation des relations internationales, pour la mise en cause de la
stratégie de dissuasion nucléaire
à laquelle s’accrochent les autorités françaises.
C’est sur une base, de solidarité et de responsabilité collective, que nous
proposons de refonder les institutions internationales, d’agir pour sortir de
l’OTAN et la dissoudre.

Nous sommes également convaincus qu’il faut en finir avec les orientations des
institutions financières internationales telles le FMI, l’OMC et la Banque mondiale
,
qui conditionnent toute forme d’aide à nombre de pays du Sud, et même
aujourd’hui d’Europe, aux politiques néo-libérales d’austérité et de régression
sociale. Une véritable révolution monétaire doit voir le jour pour mettre fn à la
domination du dollar, pour mettre en oeuvre progressivement une monnaie
commune mondiale visant à répondre aux besoins de coopération et de codéveloppement
en mobilisant les moyens existants et nécessaires et en
favorisant le développement des services publics. C’est l’ensemble des
organisations internationales, y compris l’ONU, qui doivent être transformées et
démocratisées afin de pouvoir répondre aux exigences du multilatéralisme, de la
coopération et du développement humain durable. Il y a urgence à mettre en
discussion un manifeste pour un développement humain durable à l’échelle
mondiale, afin d’engager une discussion sur la satisfaction des besoins essentiels
de tous les êtres humains et sur la gestion des ressources communes de
l’humanité.

Produire, consommer et partager autrement les richesses

Le capitalisme abîme les liens des êtres humains avec la nature et des êtres
humains entre eux
. Avec lui, tout est devenu marchandise, tout est devenu
source potentielle de profit pour quelques uns. Nous voulons faire grandir la
conscience que l’humanité a d’elle-même et lui permettre d’organiser la façon
dont elle subvient à ses besoins et crée les moyens de son épanouissement dans
le respect des écosystèmes.

La question du travail et des rapports d’exploitation est centrale.

Les vagues
de suicides qui ont frappé de grandes entreprises ont dramatiquement mis le
projecteur sur l’augmentation de la souffrance au travail, due à la pression
permanente et à la perte de sens du métier. La course insensée à la
compétitivité ne saurait qu’aggraver cette situation. Le travail doit être garanti
comme le droit de chacune et chacun à se réaliser, à participer à l’effort commun
au service de la collectivité en fonction de ses moyens, en contrepartie d’un
revenu lui permettant de se nourrir, se vêtir, se loger, se cultiver, se détendre,
voyager...

Pris dans toute sa dimension, le travail doit être un lieu de créativité,
d’épanouissement et de vie sociale.
Il faut donc le réorganiser et le repenser en
mettant au placard les techniques de management inhumaines et le recours à la
précarité. La place des femmes à tous les niveaux de responsabilité dans le
monde du travail, le refus du temps partiel imposé et la rémunération de leur
travail à égalité avec les hommes doivent être des normes respectées.
Historiquement, les acquis des femmes ont toujours bénéficié à tous.

La question de l’entrée des jeunes dans le monde du travail avec de vrais emplois
de qualité pour éradiquer la précarité et permettre à tous d’envisager
sérieusement l’avenir est un enjeu social et politique majeur dans notre société
en crise.

La limitation du temps de travail à 35 heures doit être respectée et ouvrir la voie
à une nouvelle réduction de celui-ci. Les atteintes au repos dominical doivent
cesser. Les potentialités actuelles doivent permettre de réduire le temps de
travail dans une vie, mais aussi de construire un système de sécurisation de
l’emploi et de la formation pour éradiquer le chômage, démarchandiser le travail,
et répondre aux besoins de formation, pour la société dans son ensemble et pour
chacun de ses membres.

Chaque travailleur disposerait d’un socle de droits individuels garantis
collectivement, opposable à tout employeur, transférable d’une entreprise à 
l’autre, d’une branche à l’autre. Assurant le droit à l’emploi et à la formation
correctement rémunérés tout au long de la vie à chacun-e, ils permettraient une
mobilité dans la sécurité de droits et de revenus relevés.

Dans l’immédiat, nous opposons à l’accord national interprofessionnel nos
propositions pour sécuriser l’emploi et la formation (contrat de travail, service
public de l’emploi et de la formation, pouvoirs des salariés, financement...)
Les attaques violentes contre le droit à la retraite, à la santé, à l’assurance
chômage, aux prestations sociales ont rencontré de grandes résistances. Nous
réaffirmons notre choix fondamental en faveur en faveur de la Sécurité sociale et
d’une protection sociale solidaire de haut niveau.

Pour répondre aux aspirations de la société, nous voulons sortir de la défensive
en portant, à partir des luttes sur l’hôpital, l’école ou encore la recherche, une
expansion et une démocratisation des services publics, tant dans notre pays qu’à 
l’échelle européenne et mondiale. C’est une nécessité économique pour sortir de
la crise, un moyen de justice sociale, et une exigence pour le bien-être des
populations et la satisfaction des besoins sociaux avec un accès égal aux
services publics. Nous sommes pour une nouvelle maîtrise publique, par la
nationalisation ou par de nouvelles formes d’appropriation sociale de secteurs
essentiels pour l’humanité. Contre l’introduction de logiques privées au coeur des
entreprises publiques, de nouveaux critères de gestion doivent être mis en
oeuvre pour éliminer les gâchis financiers, économiser l’énergie et les ressources
naturelles, donner la priorité à la qualité des emplois des agents et à leur
formation. Les agents des services publics et leurs usagers doivent disposer de
droits et pouvoirs nouveaux pour leur permettre de participer à la définition
même des missions à remplir, à celle des moyens institutionnels et financiers à 
mobiliser, à l’évaluation et au contrôle des services publics.

Nous ne céderons pas au MEDEF qui entend passer commande de la main d’œuvre dont il a besoin en enfermant les étudiant-es dans l’acquisition de compétences restreintes et en dédouanant les entreprises de leur propre rôle de formation.

L’éducation et la formation doivent permettre l’élévation générale du
niveau des connaissances et des capacités dont la société a besoin, et fournir
aux êtres humains de quoi se construire comme individus libres et responsables.
Ces périodes doivent être reconnues comme partie intégrante du travail que
chacune et chacun fournit dans une vie au service de la collectivité. Il convient
également de libérer la recherche de la pression de la rentabilité avec une forte
impulsion du service public et dans un esprit de mise en commun des
découvertes pour faire avancer l’humanité et lui permettre de résoudre sans
attendre les grands problèmes qui lui sont posés. Une nouvelle culture de
partage et d’intercréativité de tous les êtres humains, en germe dans la
révolution numérique et informationnelle devra être promue.

La crise a accéléré la destruction de sites de production entiers et l’abandon de savoir-faire industriels laissant des centaines de milliers de salarié-e-s, en particulier d’ouvrières et d’ouvriers, sur le carreau. C’est insupportable !

Nous voulons continuer à produire, dans le respect de l’environnement. Nous
n’acceptons pas ce gâchis humain, social, écologique et économique que veulent
imposer les grandes multinationales dans leur course à la concurrence. Vivre et
travailler au pays, le slogan n’est pas d’aujourd’hui. Nous voulons mettre en
œuvre d’autres modèles de gestion que ceux du capitalisme financiarisé.
Nous
voulons gagner une politique industrielle et de services, reposant sur des
pouvoirs d’intervention des salarié-es, un nouveau crédit sélectif avec de
nouveaux critères de gestion et des filières stratégiques cohérentes.
Nous voulons organiser

la coopération entre les sites de production comme le
proposent souvent les organisations syndicales, et favoriser les circuits courts
qui économisent la planète. Nous voulons instaurer un droit de préemption pour
les salarié-es sur leur outil de travail, développer l’économie sociale et solidaire.
Des nationalisations doivent être opérées dans plusieurs secteurs stratégiques et
pour reconquérir la gestion de biens communs. Nous voulons, sous de multiples
formes, engager un grand mouvement d’appropriation sociale (entreprises et
pôles publics, coopératives, SCOP...).

La planification écologique doit devenir un outil du débat démocratique
exprimant la volonté de la société de répondre, dans un même mouvement, aux
enjeux écologiques, économiques et sociaux.

Nous voulons maîtriser les enjeux de production, œuvrer à un mouvement de
relocalisations industrielles, afin d’éviter les gaspillages de ressources, la casse
de l’emploi, les atteintes à la biodiversité et d’organiser la véritable réponse aux
besoins.

Ainsi, dans un contexte d’expansion des besoins énergétiques à l’échelle de la
planète, il faudra juguler le réchauffement climatique, dû à l’activité humaine, par
une réduction, progressive mais massive, du recours aux énergies carbonées.
Elles doivent être remplacées par des énergies non émettrices de CO2, de
préférence non-intermittentes, aux prix les plus bas possibles. L’extraction des
gaz de schistes est une impasse. Des exigences accrues de transparence et de
sûreté, la définition et le respect de normes internationales, le refus du recours à 
la sous-traitance sont indispensables à la poursuite de la production d’énergie
nucléaire. Le mix énergétique devra être de plus en plus marqué par les énergies
renouvelables : hydraulique, géothermie, éolien et hydrolien, solaire thermique et
photovoltaïque, etc... Toutefois nous sommes critiques vis-à -vis des
programmes actuels du « capitalisme vert » dans le domaine des énergies
renouvelables, car au-delà de leurs coûts actuellement exorbitants, elles
participent pour certaines à l’aggravation des émissions de CO2 en raison de leur
intermittence. La recherche devra être déployée très activement dans tous ces
domaines.

La transition énergétique est une entreprise de longue durée. Nous voulons
répondre aux besoins des sociétés, produire un effort de sobriété c’est-à -dire de
moindre consommation pour un même usage, d’efficacité et d’économies
d’énergie dans l’habitat, les transports, les entreprises et rendre effectif le droit
à l’énergie pour tous.
Nous participerons activement au débat public national
parce que les enjeux énergétiques ne sauraient être traités de façon éclatée
dans les territoires régionaux mais avec la volonté d’une maîtrise publique
complète grâce à un service public national.

Il est grand temps de sortir du cycle infernal productivisme-consumérisme, qui
n’a d’autre finalité que les profits de quelques uns. Il faut donner un tout autre
contenu à la croissance, imposer des exigences qui ne peuvent être que celles
d’un développement humain durable. Il faudra traquer, par exemple, l’un des
choix stratégiques les plus symboliques de l’absurdité du système : les gâchis
matériels insensés, l’obsolescence programmée, qui voit des entreprises produire
des biens à durée de vie volontairement déterminée pour doper leurs profits...

Le respect des ressources en eau et leur partage nécessite une prise de
conscience plus vigoureuse encore tant les besoins sont criants. En effet
aujourd’hui la moitié des êtres vivants sur la planète manquent d’eau. Puisque
l’eau a été reconnue comme un bien commun de l’humanité, elle doit être
accessible à tous jusque dans la gestion publique et coopérative de ces
ressources. Il faut également anticiper les moyens de relever le défi alimentaire,
en quantité comme en qualité, en refusant la mainmise des multinationales sur la
production agricole avec ses organismes génétiquement modifiées et son modèle
autant intensif qu’extensif qui constitue la négation de la souveraineté
alimentaire et de l’agriculture paysanne comme de la pêche artisanale. En
refusant également de laisser la grande distribution venir spéculer, ponctionner
et orienter à sa guise, privant les producteurs d’une juste rémunération. Il faut
changer de logique en imposant les exigences d’un développement humain
durable. L’heure est à un modèle d’agriculture durable qui satisfasse les besoins
alimentaires de tous les être humains, émancipé de la spéculation et soucieux de
la santé publique. Notre croissance est celle du développement social et
écologique, pas celle de l’accumulation du capital.

Nous voulons, au niveau local, national et européen, promouvoir des pratiques
véritablement démocratiques d’aménagement du territoire. Ce dernier doit
poursuivre, au nom de l’intérêt général et du bien commun, des valeurs de
solidarité, de coopération et d’équilibre territorial, en articulation avec les enjeux
de la planification écologique. Il doit être pensé à partir des besoins de la
population dans un exercice citoyen d’expression et d’élaboration collective de
ces besoins.

Le but du travail ne saurait être de produire toujours plus d’objets de consommation rentables et jetables, mais de permettre à l’humanité de vivre bien.

Les inégalités de revenus exorbitantes sont une insulte à la dignité
humaine, elles méritent qu’on s’y attaque en définissant des revenus minimum et
maximum. Nous voulons repenser l’impôt, taxer l’argent du capital augmenter sa
puissance redistributive et sa capacité à orienter les grands choix des entreprises
en liaison avec des pouvoirs nouveaux des salariés.
Les richesses produites,
aujourd’hui usurpées et gaspillées, devront échapper à la mainmise de la finance
et des spéculateurs. Nous voulons réorienter fondamentalement l’argent des
profits, l’argent des banques et l’argent public vers les salaires, la garantie de
droits sociaux, l’investissement productif écologique, la recherche, l’expansion
des services publics. Les nouveaux pouvoirs des salarié-es devront les placer au
service des objectifs sociaux qui expriment notre ambition : l’humain d’abord !
Dans cet esprit, la réorientation du crédit bancaire est une priorité stratégique
pour mettre en cause le pouvoir des marchés financiers. Déjà , des luttes sociales
et politiques se mènent pour traduire cette exigence dans des dispositifs
institutionnels concrets comme la constitution d’un pôle financier public et le
déploiement de fonds régionaux pour l’emploi et la formation.

Le choix résolu de la dignité humaine

Chaque vie humaine est essentielle à l’humanité. Pour nous, le libre
développement de chacune et chacun est la condition du libre développement de
toutes et tous. Naître, c’est accéder à la liberté, à l’égalité et à la fraternité. Ces
valeurs toujours révolutionnaires ne peuvent vivre que si elles avancent du même
pas. Il faut pour les garantir, que la souveraineté populaire s’exerce pleinement,
dans un esprit de laïcité. Nul ne peut imposer aux autres ses convictions, qu’elles
soient religieuses, politiques ou philosophiques.

Nul ne peut être discriminé en raison de ses origines, de ses opinions politiques,
syndicales ou religieuses, de son identité supposée ou choisie, de son genre, de
son orientation sexuelle, de son handicap, de son état de santé.

L’égalité entre femmes et hommes doit maintenant devenir une réalité et les
violences faites aux femmes doivent être systématiquement prises en compte,
combattues et condamnées pour être éradiquées.

La prostitution est aussi une
violence
, une atteinte grave à la dignité. Les personnes qui se prostituent ne
doivent pas être stigmatisées. Les clients ne doivent pas être dédouanés de
leurs responsabilités. Le proxénétisme sous toutes ses formes doit être
condamné.

Réformer le mariage, comme l’adoption, en en faisant un droit pour toutes et
pour tous, est une belle manière de reléguer dans le passé l’esprit de domination
dans lequel il a été bien souvent utilisé dans l’histoire de nos sociétés.

L’exercice concret de la démocratie, dans un quartier populaire, dans une commune, sur le lieu de travail est un geste essentiel au service de la rencontre.

La République doit mettre en dialogue toutes les représentations du monde,
dans la mesure où elles ne contestent pas son principe. Ainsi, nous refusons la
conception qui ferait de la laïcité un principe de stigmatisation et d’exclusion.

Nous refusons aussi cette conception qui ferait de l’espace public un lieu
aseptisé, où l’on s’efforcerait de n’être que semblable aux autres, les convictions
des individus étant refoulées dans une « sphère privée ». C’est là qu’elle doit tisser
la toile des valeurs communes qu’il faut sans cesse continuer. Nous voulons
porter une vision de la laïcité, qui garantisse la liberté de conscience et l’égalité
de droits et l’indépendance de l’État à l’égard de toute religion et de toute
autorité hormis la souveraineté populaire. Aussi, nous nous opposons à tous les
intégrismes qui instrumentalisent les religions à des fins politiques et qui portent
atteinte aux libertés et à la dignité humaine, en particulier à la dignité des
femmes.

Nous voulons développer l’accès à la culture, à l’information et aux connaissances, mais aussi leur appropriation sociale, en élargissant ce que les êtres humains ont en commun ou peuvent partager et qui construit leur humanité.

Il s’agit de dépasser les querelles identitaires dépourvues de sens et
de permettre à chacune et chacun d’être maître de son destin individuel en
participant au destin collectif. Nous imaginons une information subtilisée aux
mains des financiers et démocratisée. Nous voulons en finir avec une éducation
mise au service de la rentabilité et des intérêts du capitalisme. Construire une
culture commune exige un grand service public national de l’éducation pour
toutes et pour tous, laïque et gratuit jouant pleinement son rôle d’éveilleur du
sens critique. Nous voulons sortir de la marchandisation des oeuvres de l’esprit,
de l’avilissement de la culture, réduite au rang de passe-temps chargée de
produire du temps de cerveau disponible. La culture peut donner dans la gravité
ou dans la légèreté, mobiliser l’intelligence ou les émotions, prétendre à de
grands bouleversements ou n’avoir aucune prétention, mais elle ne saurait être le
résultat d’une production industrielle passée au tamis du marketing pour abaisser
le peuple et le rendre docile. L’art, la culture, l’imaginaire sont des vecteurs
essentiels des créations humaines, des moteurs de transformation sociale, des
révélateurs de citoyenneté et d’humanité. Élément essentiel de notre projet
d’émancipation humaine, le sport doit être libéré de la domination de l’argent
pour être un droit pour toutes et tous. L’éducation physique et sportive à 
l’école, la vie associative et le bénévolat avec l’exigence désintéressée de
partage et de démocratie sont la garantie de ce droit.

La République ne se fige pas dans une image d’Épinal surannée en brandissant le drapeau français.

Ce que doit porter le drapeau français, ce sont les valeurs
généreuses de la Révolution, celle de « Ma France » de Jean Ferrat et nulle haine
recuite. Nous ne nous sentons pas menacés par l’immigration. Elle est un drame
pour celles et ceux qui en viennent à quitter leur pays pour fuir la misère, les
violences et les guerres, dont bien souvent le pillage colonial et néocolonial est
l’origine. Nous voulons résorber les inégalités planétaires. Mais il faut également
lutter contre les marchands d’illusions, les passeurs et trafiquants qui rançonnent
les migrants, les patrons qui les exploitent. Pour celles et ceux qui n’ont d’autre
choix que de partir, le départ est une déchirure. L’arrivée ne doit pas en être une
seconde. Les centres de rétention doivent être supprimés. Nous voulons
accueillir celles et ceux qui travaillent ici, étudient ici, leur donner des papiers.
Liberté de circulation et d’installation des individus, égalité des droits doivent
devenir la règle en France. Notre patrie, c’est celle des droits de l’homme et de
la femme.

Nous combattons la misère qui détruit les vies humaines, et mettons tout en œuvre pour prévenir l’exclusion notamment par le droit au logement pour tous, la construction de logements sociaux et un service public pour assurer ce droit.

Nous entendons faire admettre le droit essentiel de tout être humain à vivre
pleinement et le droit d’être secouru par la solidarité nationale en cas de
difficulté.
Contre les politiques de seuil qui concentrent de faibles deniers publics
sur la population la plus paupérisée, nous voulons retrouver le chemin d’une vraie
protection sociale. Nous voulons permettre au travail social de renouer
profondément avec sa raison d’être en écartant tout dispositif de contrôle social
à l’égard des usagers.

La dignité humaine est un droit qui doit être garanti jusqu’au bout de la vie.

C’est pourquoi nous voulons refonder la protection sociale mise à mal par les
directives européennes, les réformes régressives et les attaques des assurances
privées. La protection sociale doit prendre en charge toutes les situations de
handicap. Elle doit également prendre en charge la perte d’autonomie. Nous
défendons l’obligation de combattre la douleur, cela demande de véritables
moyens. Le développement des soins palliatifs est une exigence d’humanité, qui
n’est pas compatible avec l’acharnement thérapeutique en fn de vie. Nous
combattons enfin la marchandisation des corps et du vivant sous toutes ses
formes.

Le respect de la dignité humaine s’impose même pour ceux qui enfreignent les lois.

Opposants résolus à la peine de mort et à toute logique de vengeance, nous
voulons sortir du tout carcéral
, développer les peines alternatives à 
l’enfermement et maintenir l’ordonnance de 1945 pour les mineurs en
l’actualisant, sans la dénaturer de son esprit initial. Nous voulons des peines qui
permettent aussi la réinsertion. Les conditions de détention dans les
établissements pénitentiaires sont indignes de notre République, ils doivent être
rénovés, repensés, pour garantir à chacun le respect de sa dignité. Nous
refusons de voir des hommes et des femmes enfermés dans leurs crimes ou leurs
délits sans jamais pouvoir retrouver leur place dans la société. Nous savons que
cela demande de la part de la société un accompagnement exigeant, mais nous
savons aussi que cette attitude peut transformer des individus.

II - La révolution citoyenne pour gagner le changement

1- Prenez le pouvoir

La politique est notre choix. Nous la savons décriée et discréditée, parce que l’on
s’est tellement appliqué à la rendre impuissante. Pour nous, elle est un outil
d’émancipation ; pour les puissants, elle est l’art de domestiquer le peuple. La
démocratie est notre but ; elle est aussi notre chemin.

En convainquant les hommes et les femmes que leur voix et leurs actes
comptent, nous voulons donner à chacune et chacun un vrai pouvoir sur sa vie,
leur donner confiance en nos ressources communes pour faire face aux grands
enjeux. Nous voulons redonner sens à la souveraineté populaire bafouée à grande
échelle comme ce fut le cas à la suite du référendum de 2005 sur le traité
constitutionnel européen. Nous voulons permettre aux femmes et aux hommes
d’investir à tout moment tous les lieux possibles et imaginables, dans un vaste
mouvement d’appropriation citoyenne capable de formuler et de rendre
incontournables les aspirations populaires.

Chaque attaque menée contre l’intérêt général, doit nous amener à faire avancer
la bataille des idées, à mettre en mouvement le plus grand nombre, à faire
grandir la force de l’intervention citoyenne.

Si le pouvoir a en partie été transféré en dehors de la sphère républicaine par les
démissions et les abandons successifs, les institutions continuent d’être mises
sous pression pour répondre aux exigences de compétition des marchés
financiers et de leurs fameuses agences de notation. Pour qu’elles regagnent une
véritable capacité d’intervention au service de l’intérêt général, cela passera par
une légitimité populaire retrouvée dans la pratique comme dans les objectifs.
C’est pourquoi la participation et la mise en mouvement citoyennes sont au
cœur de l’action
farouche des élu-e-s communistes dans toutes les institutions
où ils sont présents. Cet état d’esprit est le nôtre du local au mondial.

Au-delà , nous voulons démocratiser tous les espaces de la société. Dans les
entreprises, privées et publiques, qui fonctionnent sur un modèle monarchique,
l’action des organisations syndicales participe de cette dynamique que nous
souhaitons. Les salariées doivent gagner du pouvoir sur l’organisation du travail
comme sur les grandes orientations de l’entreprise et son financement. Tout
comme dans les lieux d’éducation et de formation, où il y a également un pouvoir
d’intervention à gagner sur l’organisation de la vie sociale, sur les apprentissages
et leur but.

2 - Une stratégie à dimension internationaliste

Nous voulons agir dans le même temps aux plans local, national, européen et
international
pour gagner des changements à tous les niveaux qui se nourriront
mutuellement.

Pour cela, nous devons travailler à faire converger les solidarités et les
mobilisations et à leur permettre d’apparaître dans toute leur dimension. C’est
d’autant plus nécessaire que lorsque les femmes et les hommes se rendent
compte que les combats d’ici rejoignent ceux qui se mènent ailleurs, l’espoir
grandit.

Cette conscience est en train de s’affirmer parmi les communistes et
progressistes du monde entier. La situation actuelle appelle donc la constitution
d’un réseau international progressiste très ouvert pour agir sur des objectifs
immédiats
, mais aussi pour faire grandir la contestation de l’impérialisme et
l’alternative au capitalisme. C’est l’esprit dans lequel nous sommes également
partie prenante des Forums sociaux mondiaux, des réseaux qui agissent pour
promouvoir une culture de paix et de tous les espaces de coopération politique
comme celui noué entre le Parti de la Gauche Européenne et le forum de Sao
Paulo. Nous contribuons aussi à initier et à développer de tels espaces avec les
forces africaines, avec celles de la Méditerranée ou d’Asie.

Faire sauter le verrou de l’Europe « austéritaire »

Il est désormais de plus en plus acquis dans notre quotidien que les questions
européennes sont des questions de politique intérieure. Loin des peuples qu’ils
gouvernent, les chefs d’États du continent peaufinent ensemble patiemment à 
Bruxelles des politiques standardisées contraires aux intérêts de leurs
populations. Pour beaucoup, le fonctionnement même de l’Union européenne
semble rendre impossible les changements progressistes et constitue un élément
important de leur sentiment d’impuissance.

Il s’agit aujourd’hui de donner une place majeure dans nos analyses et dans notre
action à cette dimension européenne par laquelle passent aujourd’hui de
nombreux choix dont les citoyennes et citoyens sont dessaisis.

Là où des forces actent l’impuissance à changer l’Europe, prônant une dissolution
de la zone euro qui renverrait d’une autre manière chaque peuple à la même
guerre économique, nous pensons indispensable de lutter contre les divisions et
les nationalismes, et de construire des rapports de force solidaires entre peuples
à l’échelle de l’Europe pour émanciper le continent de l’emprise actuelle des
marchés. Il est nécessaire d’approfondir une stratégie politique européenne.
Nous voulons augmenter encore la dynamique du Parti de la gauche européenne
et favoriser avec lui tous les espaces de coopération où pourront se rassembler
les forces politiques, sociales et citoyennes qui remettent en cause les
orientations européennes actuelles, et sont disponibles pour travailler à des
alternatives à l’échelle européenne.

En juin 2014, les élections du prochain Parlement européen seront un moment
clef pour faire le bilan de la politique austéritaire européenne et faire grandir le
rapport de force en faveur d’un changement profond. Nous devrons y porter
l’ambition de refonder l’Union européenne.

3 - La gauche au pouvoir en France, pour quoi faire ?

La victoire contre Nicolas Sarkozy

Pendant une décennie, après cinq années d’un gouvernement de gauche plurielle
auquel nous avions choisi de participer, la droite a exercé le pouvoir en France
sous la domination de plus en plus marquée de Nicolas Sarkozy.

Si nous avions su être utiles, notre présence et notre action n’avaient pourtant
pas permis de répondre suffisamment aux besoins et aux attentes. La droite et
l’extrême droite en embuscade en avaient profité pour administrer à la gauche sa
plus douloureuse défaite.

La droite y a puisé la force d’engager une politique de régression radicale,
cherchant à en finir avec les acquis des grands mouvements populaires, à 
commencer par ceux de la Libération. Pour garder le pouvoir, sous l’impulsion
d’un Nicolas Sarkozy avide de provoquer de graves mutations idéologiques, elle
s’est engagée dans une course-poursuite nauséabonde et dangereuse avec les
forces d’extrême droite.

Sa politique du traumatisme permanent a pu provoquer en même temps que de
vives résistances, un profond découragement dans la société.

Mais cela n’a pas suffi à éradiquer l’espoir en un monde meilleur. Ainsi, les
échéances de 2012 ont vu notre peuple chasser, in extremis, le « Président des
riches
 ». Dans cette victoire, avec le Front de gauche, nous avons joué un rôle
majeur en dévoilant les enjeux, en faisant grandir l’espoir et en donnant du
contenu au changement.

L’irruption du Front de gauche

Dans la dynamique du Front de gauche, notre parti a opéré un retour remarqué
sur la scène politique
, et une transformation de sa propre représentation dans
l’opinion publique. Toute une partie du peuple de gauche s’est peu à peu
reconnue dans la démarche du Front de gauche et l’a investie de son espoir.
Ainsi, progressivement, au fil des élections, il a réussi à faire grandir cette
dynamique, jusqu’à bousculer les plans préétablis de l’élection présidentielle,
avec notre candidat, Jean-Luc Mélenchon, en réalisant une large unité de forces
antilibérales et anticapitalistes jusqu’ici très divisées. Les tentatives de
présidentialiser et de bipolariser la vie politique n’ont pas cessé pour autant. Si
nous avons pu affronter cette réalité avec un réel succès lors de l’élection
présidentielle, nous ne sommes pas parvenus à confrmer cet élan, aux élections
législatives, qui étaient pourtant un enjeu majeur. A la suite de l’élection de
François Hollande, nous n’avons manifestement pas su convaincre de notre utilité
au sein d’une majorité qui ne serait pas dirigée par nous. Malgré les progressions
de nos candidat-es, nous n’avons pas réussi à incarner l’envie de changement qui
s’est cristallisée plus fort encore dans un soutien massif aux candidat-es du
Président de la République élu, nous faisant perdre des député-es. Aussi, le Parti
socialiste et les Verts croient pouvoir se passer du Front de gauche et gouverner
comme ils l’entendent. Nous ne pouvons d’autant moins nous en satisfaire que
nous avons su donner force ensemble à l’alternative. Cette réalité montre le
chemin qui reste à parcourir pour démonter le sentiment d’impuissance et
convaincre qu’il existe une voie pour rendre possible ce qui, à beaucoup, semble
souhaitable.

Et maintenant, le changement ?

Plus que « le changement c’est maintenant », François Hollande a promis un
changement de Président. Pourtant, un espoir s’est levé.

Or depuis sa prise de fonctions, le gouvernement roule à contresens. Tout se
passe comme si l’actuelle majorité s’appliquait à gérer les suites du quinquennat
précédent.

Il est d’abord demeuré sans réponses satisfaisantes aux urgences, sans gestes
forts annonçant une réparation des blesbsures de la droite et sans ambition de
transformation. S’il y eut quelques mesures positives, comme la suppression du
bouclier fiscal et la loi autorisant le mariage et l’adoption par les couples de
même sexe, les actrices et les acteurs du grand mouvement pour le droit à la
retraite qui a préparé la défaite de la droite en sont pour leurs frais. En réalité,
obnubilé par les exigences des marchés financiers, parmi lesquelles la réduction
de la dette -et en fait celle des dépenses publiques-, le gouvernement n’apporte
pas de véritables réponses aux besoins. Si les engagements pris étaient frappés
au sceau de véritables contradictions, ceux qui commencent à être reniés sont
justement ceux qui nous paraissaient aller dans le bon sens. Ainsi, la décision de
ratifier en l’état le traité européen écrit à quatre mains par Nicolas Sarkozy et
Angela Merkel, alors qu’il n’a pas été renégocié, manifeste le choix de promouvoir
les orientations austéritaires de l’Union européenne. C’est un acte grave, qui sera
définitivement entaché d’irrégularité démocratique. Avec son refus de contester
le pouvoir de la finance, le gouvernement n’est pas en capacité de combattre la
crise.
Il l’aggrave même avec son plan d’économies budgétaires sans précédent
et le pacte de compétitivité. Au fond, la question est posée : où est passé le
changement ? Avec l’orientation choisie par le gouvernement, il n’y a plus de
marges hors l’impulsion de vraies ruptures avec les logiques du système. C’est
pourquoi rien n’est immuable. De plus en plus, le gouvernement devra faire face
à d’importantes contradictions auxquelles il doit trouver des solutions. Le débat
est en train de prendre de l’ampleur, y compris au sein de la majorité
gouvernementale. Nous ne restons pas en dehors et nous faisons tout pour que
notre peuple s’y invite.

Face à la crise, de plus en plus d’hommes et de femmes s’interrogent et se
mobilisent. Nous voulons faire grandir la prise de conscience et rassembler le
camp du changement pour porter l’ambition d’une alternative à l’austérité
en
gagnant dans les mobilisations des avancées concrètes jusqu’au changement
d’orientation de la politique gouvernementale. C’est le sens de la grande
campagne de propositions que nous initions avec le Front de gauche : « une
alternative à l’austérité, c’est possible ». Dans les semaines qui viennent, les
communistes vont s’y investir avec force, afin de changer de cap
gouvernemental et d’ouvrir la possibilité d’un rassemblement majoritaire pour
une autre politique à gauche

4 - Sans attendre, gagner le changement

Faire reculer la droite et l’extrême droite

Déjà , l’extrême droite est aux aguets pour exploiter chaque déception populaire
et pour prospérer sur les peurs et notamment celle du déclassement.
Partout en
Europe, on mesure avec effroi les percées qu’opèrent les mouvements qui s’en
revendiquent. Dans des sociétés dévastées par la crise, l’extrême droite
s’applique à pratiquer l’exacerbation identitaire dont la droite a aidé à créer les
conditions. Se présentant abusivement comme des forces anti-système, elles
développent un discours d’incitation bà la haine, jouant sur la peur des individus
pour les fragiliser et les conduire à abdiquer de leur humanité et leur liberté.

En France, le FN veut avancer sous un nouveau visage en prétendant s’approprier
les intérêts populaires, la laïcité et la République.

La droite, sonnée par la défaite, est elle aussi déjà sur le chemin du retour,
malgré ses divisions. En son sein, ils sont nombreux à imaginer que sur la base
des thèses nauséabondes de l’extrême droite, pourra se dessiner une nouvelle
alliance à même de changer radicalement les rapports de force politiques.

C’est pourquoi nous devons continuer de mener un combat offensif face à ces
idées, qui ne peut se contenter d’une diabolisation. Son projet représente pour
nous le plus grand des dangers, et nous ne devons avoir de cesse que de nous
expliquer sur les raisons qui fondent notre rejet catégorique de l’extrême droite.

Pour nous, il s’agit bien d’un combat de classe, qui a pour ambition de faire
reculer la division et de renouer les liens de la solidarité. Pour cela, nous devons
trouver les moyens de toujours mieux donner à comprendre le monde et la
politique ; nous devons rendre crédible la perspective de changements concrets.

Nous refusons de nous laisser enfermer dans un jeu en miroir avec le Front
National, dont certains se servent pour nous marginaliser. Nous combattons les
forces de la fnance, qui ont diverses manières de se faire représenter en
politique, dont celle-là , qui est la plus terrible.

Mener la bataille des idées et de la culture

Nous voulons renverser la domination idéologique et culturelle que l’on nous
impose.
Une domination marquée par un grand mépris du peuple dont il s’agit de
faire un troupeau d’animaux dociles, uniformes et rongés par le désir d’acheter.

Dans cet esprit, nous voulons nous attaquer à l’emprise des forces d’argent sur
les médias et l’information. Le formatage et la marchandisation de celle-ci, la
fabrication et le matraquage d’un imaginaire conforme aux besoins du capital
constituent des moyens essentiels de sa domination, et de véritables obstacles à 
l’expression des aspirations qui travaillent la société. Libérer les médias et
garantir le pluralisme est une exigence majeure. Dans chacun des espaces
possibles, notamment dans l’audiovisuel public, nous voulons livrer notre regard
sur l’actualité et la manière dont elle est présentée. L’Humanité comme
l’ensemble des organes de presse dont nous animons le développement sont des
outils essentiels dans cette bataille. Nous devons également produire un nouvel
effort pour investir les nouveaux moyens de communication et d’information,
jusque dans leur dimension participative, avec le souci d’approfondir la réflexion
et d’affronter les contradictions. Le moindre sujet est désormais prétexte à 
développer des visions du monde simplistes et bâties sur la réaction de l’instant.
Nous devons nous en saisir pour pousser la réfexion et ouvrir d’autres
perspectives. Nous devons également combattre la dictature des experts du
système, dont les savants développements estampillés du sceau de l’objectivité
sont destinés à clore les débats et baliser les cheminements de pensée. De
même, l’école ne doit pas servir la reproduction des « élites » mais
l’émancipation de toutes et tous.

Enfin, nous voulons donner toute sa place au développement de la création et
permettre une réelle appropriation des œuvres de l’esprit en donnant un nouvel
élan à l’éducation populaire. Notre expression doit y puiser les moyens de parler
au cœur des femmes et des hommes, à leur intelligence, de les toucher dans ce
qui fait leur vie et leur être.

Ce n’est pas en professant quelque morale que l’on luttera contre celles et ceux
qui veulent étiqueter les êtres humains mais en ouvrant les pistes dont on
voudrait leur interdire l’accès.

Faire grandir les fronts du changement

A chaque fois que nous le pouvons, nous voulons œuvrer à rassembler toutes les
forces disponibles afin d’ouvrir des brèches au changement.
Sur chaque sujet, il
s’agit de constituer le front le plus large pour gagner, comme nous avons voulu
le faire face au Traité européen.

Le développement d’un mouvement syndical et social à haut niveau revendicatif,
avec l’existence de convergences nouvelles pour faire reculer les politiques
d’austérité, le travail poursuivi par le mouvement associatif et culturel, doivent
nous amener à approfondir encore cette rencontre avec eux et ce lien, dans le
respect et l’indépendance de chacun.

Ainsi, pour gagner le droit de vote et d’éligibilité des étrangers en 2014, nous
sommes engagés dans la campagne du collectif unitaire.

Nous voulons être utiles, tout de suite, à gagner des avancées immédiates. C’est
à partir des luttes qui se développent, des propositions qui grandissent et des
aspirations populaires que nous pourrons dépasser les mécontentements et les
déceptions pour faire mouvement.

C’est une dimension essentielle de notre combat, à travers laquelle des hommes
et des femmes pourront faire l’expérience du poids de leur engagement et de
leur capacité à transformer les choses.
Depuis le quartier jusqu’aux questions
internationales, nous voulons continuer à nous rassembler avec d’autres pour
faire de l’espace aux aspirations et à créer les rapports de force qui peuvent les
imposer.

Engager une nouvelle étape du Front de gauche

Le Front de gauche porte un immense espoir. Son irruption est un phénomène
politique majeur. Il est la manifestation politique et électorale à laquelle nous
sommes parvenus, avec nos partenaires, en mettant en oeuvre cette stratégie
de fronts de rassemblement. Pour nous, il s’agit d’une dynamique durable qui
n’est pas achevée. Depuis que nous l’avons initié, le Front de gauche a grandi, il
s’est installé comme une forme politique nouvelle dans laquelle chaque
organisation, chacune et chacun a sa place et se trouve respecté dans des
espaces d’échange, d’élaboration, d’initiatives, de coopération. C’est là que
réside sa force.

Avec toutes les forces disponibles, nous voulons écrire la saison deux. Nous
voulons donner un nouveau souffe à la dynamique citoyenne qu’il suscite, en
permettant à un très grand nombre de femmes et d’hommes de toujours mieux
s’y retrouver, notamment par le développement des assemblées citoyennes, qui
prennent parfois la forme d’ateliers législatifs. Notre conviction est que ces
espaces doivent fortement se développer au plus près des territoires dans les
formes adaptées que décident celles et ceux qui y participent. Les fronts de
lutte et les fronts thématiques sont des réseaux d’action dont nous pensons qu’il
faut pousser plus loin encore l’expérimentation.

Nous voulons élargir fortement le périmètre des femmes et des hommes qui se
reconnaissent dans le Front de gauche, notamment parmi celles et ceux qui ont
contribué à l’avènement de la nouvelle majorité gouvernementale et veulent agir
pour le changement. Au-delà des campagnes électorales, nous voulons continuer
à cheminer avec un nombre toujours plus important de femmes et d’hommes,
inventant les conditions d’un travail en commun. Pour franchir une nouvelle
étape, le Front de gauche a besoin d’un lieu où les apports et les expériences
d’actrices et d’acteurs du mouvement social, associatif, intellectuel et culturel
pourraient se croiser, chercher ensemble à produire du sens, et alimenter la
recherche d’une nouvelle perspective politique. C’est ce que nous proposons
d’appeler « coopérative citoyenne ».

Ensemble, nous sommes porteurs d’une grande ambition. En poursuivant sur le
chemin où nous sommes engagés, nous voulons en faire le lieu où la politique
devient, de façon de plus en plus irrésistible, l’affaire de toutes et de tous,
l’affaire du peuple, contribuant à l’émergence d’un nouveau Front populaire.

Du Front de gauche, nous portons l’ambition d’en faire un grand mouvement
populaire capable de bousculer le rapport de force à gauche jusqu’à rendre
majoritaires les options de transformation sociale. Une réorientation politique est
la seule hypothèse pour laquelle notre parti serait prêt à participer à l’exercice du
pouvoir afn d’apporter son concours à la construction du changement. Nous
refusons les orientations social-libérales actuelles du gouvernement, qui
conduiraient inévitablement à l’échec si elles étaient poursuivies. Ce serait une
catastrophe pour notre peuple, qui remettrait en selle la droite et ferait encore
grandir l’extrême droite. Nous voulons donc tout faire pour rassembler la gauche,
et gagner un changement de cap pour réussir. Rien ne nous empêchera d’être
ensemble la force agissante de la gauche. Il va falloir faire avec nous, il va falloir
faire avec le peuple !

Afin de donner force aux exigences populaires, dans la foulée de la campagne
« une alternative à l’austérité, c’est possible », nous proposons au Front de
gauche d’initier ensemble la grande campagne « et vous, quels changements de
société voulez-vous ? », une grande campagne visant à libérer la parole et les
aspirations des entraves du renoncement. Elle pourrait par exemple connaître un
moment fort à l’automne prochain avec des Assises du changement.

Préparer les prochaines échéances électorales

Nous allons aborder en 2014 trois échéances électorales majeures : après les
municipales viendront les européennes, puis les sénatoriales. Et plus tard, en
2015, les élections cantonales et régionales.

Face aux ambitions affichées de la droite et de l’extrême droite, pour chacune de
ces échéances, nous voulons rassembler le plus largement possible sur des
projets ambitieux qui placent chaque institution en position de répondre aux
besoins.

Les communes sont un pilier essentiel de notre République. Une bataille est
engagée pour refuser la casse de la démocratie locale : tout en poussant les feux
de coopérations choisies, les communes doivent gagner en liberté d’action et en
responsabilité. Elles sont de formidables espaces de citoyenneté, de services
publics, de culture, de vivre ensemble.

Les communistes sont engagés dans l’action municipale et intercommunale,
souvent au sein de majorités de gauche constituées sur des projets, parfois dans
l’opposition. Partie prenantes d’aventures humaines et de l’histoire locale, ils
veulent continuer à être utiles au plus près des femmes et des hommes et
continuer à leur rendre le pouvoir. C’est pourquoi nous décidons de lancer
partout des appels à de larges rassemblements en commençant dès aujourd’hui
à construire les contenus qui guideront notre action avec les habitantes et les
habitants. C’est avec elles et avec eux que nous voulons créer les conditions de
nouvelles conquêtes politiques. Partout, nous entendons ainsi renforcer et
augmenter notre influence, en faisant la démonstration sur le terrain qu’une
autre pratique et une autre ambition politique sont possibles. La présence d’élu-
es communistes au sein des assemblées municipales est un point d’appui
essentiel dans les batailles politiques de notre parti. Cela constituera un atout
considérable pour renforcer notre groupe au Sénat. Nous abordons ces élections
dans un esprit de conquête, pour mettre en responsabilité plus d’élu-es
communistes encore.

La force du Front de gauche sera un atout important, pour aller vers les
rassemblements les plus larges possibles à gauche, avec la volonté de faire
échec aux appétits de la droite et de l’extrême droite. Ces échéances pourront
être l’occasion d’ouvrir des perspectives de sortie de l’austérité et de
changement. En ce sens, nous envisageons de tenir un forum national de la
démocratie locale, des services publics et des territoires.

Les élections européennes pourront être l’objet d’une large convergence des
forces qui contestent l’orientation libérale actuelle de l’Union, l’accélération des
politiques austéritaires, la convergence des États sur des choix politiques guidés
par la satisfaction des marchés financiers, et le caractère profondément
antidémocratique de son mode de fonctionnement.

Nous devrons mener une campagne de dimension européenne cherchant à faire
converger le maximum de forces de gauche des différents pays
, avec l’objectif
de renforcer dans le parlement européen le groupe GUE-NGL le plus fort possible.
En France, pour atteindre cet objectif, nous devrons constituer les listes d’un
Front de gauche européen élargi pour rassembler toutes les forces
transformatrices. Dans cette optique, nous proposons au PGE d’organiser des
forums progressistes pour la refondation de l’Europe.

III - Un nouvel élan pour le Parti communiste français

Pour mener à bien ces combats, il y a besoin d’un parti communiste déchaîné.
Fiers des grandes aventures auxquelles nous avons contribué ces dernières
années avec le Front de gauche, nous abordons la période qui s’ouvre avec un
appétit d’ogre. Avec les nouvelles énergies qui se rassemblent dans notre
maison, nous n’avons pas peur de déclarer notre gourmandise. Non pas celle qui
rend malade et qui exige l’excès, mais celle des corps et des esprits qui veulent
manger à leur faim, celle du plaisir que l’on partage. C’est sous ce jour nouveau,
loin des caricatures, puisant force dans les épreuves qui ont affecté notre
combat, que nous nous dévoilons désormais aux yeux de notre peuple. Offensifs,
rassembleurs, inventifs, populaires... voilà qui nous sommes. Le parti de l’humain
d’abord.

1 - Le nouveau parti pris communiste

Nous avons affronté le XXe siècle. Au nom du communisme se sont développés
des grands espoirs et des combats essentiels mais se sont aussi construits des
régimes d’oppression qui ont échoué à produire l’émancipation humaine que nous
portons. Nous avons mené ici notre combat et provoqué des avancées sociales
et démocratiques majeures ; nous avons cependant peiné à nous dégager de
l’affrontement qui se jouait dans la guerre froide. Nous avons souffert de voir
ainsi notre idéal s’abîmer, de voir les forces capitalistes avoir beau jeu de jeter
sur lui le discrédit et de voir l’espoir en un monde meilleur tellement se rétrécir.
Mais nous avons choisi de ne pas fermer les yeux et d’en tirer, parfois
péniblement, toutes les leçons. Ce travail doit être poursuivi.
A l’aube du XXIe
siècle naissant, nous nous sentons aujourd’hui plus libres et plus forts pour nous
tourner vers l’avenir. Nous savons qu’il ne peut y avoir de communisme sans
démocratie, sans que le cœur en soit la démocratie. Pour être émancipateur, un
projet politique ne peut être qu’une œuvre collective à laquelle chacune et
chacun peut participer.

Nous voulons faire grandir le communisme de nouvelle génération dont le monde
a besoin. Nous décidons d’engager un grand travail sur notre visée et notre
projet afin de l’approfondir et de mieux le donner à voir.

Le parti communiste change, sans se renier. Il change parce qu’il cherche encore
et toujours les meilleures voies pour cette révolution citoyenne. Il change parce
qu’il est le bien commun des hommes, des femmes et des jeunes qui le
rejoignent de plus en plus nombreux avec leurs révoltes, leurs colères, leurs
espoirs, leurs idées, leurs désirs... Il change parce qu’il n’a de cesse que d’être en
dialogue avec celles et ceux qu’il rencontre. Il change parce que l’état du monde
fait grandir l’urgence et le besoin de changement. Il change et il doit encore
changer. Nous portons en nous l’exigence d’une démocratisation toujours plus
poussée de notre pratique et de notre organisation. Elle doit continuer de
s’expérimenter dans la vie et de se partager au sein de notre Parti. Mais nous
savons aussi que l’essentiel de nos transformations est liée à la construction de
notre projet, à la façon dont nous saurons en faire un moteur qui nous entraînera
où nous n’aurions peut-être pas imaginé aller.

2 - Un parti d’émancipation, d’action et de rassemblement

Militer est une dimension de nos vies. Militer, c’est chercher la rencontre, c’est
être à l’écoute de l’autre, c’est refuser l’injustice et l’arbitraire, c’est faire grandir
la solidarité au travail, c’est nouer des liens de fraternité dans la cité. Militer,
c’est avoir toujours le coeur à portée de main, à portée d’humain.

Nous voulons être un parti différent, qui porte une autre conception de la
politique que celle qui consiste à vouloir se réaliser personnellement dans la
quête d’un destin politique personnel : celle de faire participer réellement le plus
grand nombre au combat commun.

Nous voulons être toujours mieux un parti d’émancipation, où l’on trouve à 
grandir et à s’épanouir, où le sens de l’engagement de chacune et chacun se
partage et s’enrichit de celui des autres.
Par l’accès aux savoirs, à la culture, au
débat démocratique, par les expériences militantes, nous voulons en faire un
outil pour que chacune et chacun puisse se construire comme femme ou comme
homme, comme militante ou militant, comme citoyenne ou citoyen. Ainsi, le Parti
communiste pourra être un intellectuel collectif, un collectif d’intelligences et
d’expériences capable de mobiliser le monde du travail, du savoir, de la création,
pour nourrir la reconquête idéologique et culturelle. La nécessité de la
conceptualisation et théorisation ne s’est jamais faite autant sentir que dans un
monde où chacune, chacun, est confronté en permanence au bruit et à la fureur,
ainsi qu’à de profondes mutations. C’est dans cette envie de savoir, de
recherche, d’éducation populaire, seule capable d’élever notre niveau de
compréhension de ce qui est à l’oeuvre dans la société, que nous devons mieux
ressourcer notre Parti. La formation des communistes est une exigence et un
objectif majeur auxquels nous voulons répondre mieux encore à l’avenir.

Le champ de notre intervention ne se limite pas aux échéances électorales. Nous
sommes un parti d’action, qui cherche en permanence à faire vivre le débat et à 
gagner de vraies réponses aux besoins. Les pratiques clientélistes qui se
développent, dont l’objet est d’asservir des hommes et des femmes par un jeu
de pouvoir et de promesses sont un poison pour la politique. A chaque fois qu’un
être humain est dans le besoin, quel que soit son option politique, notre devoir
est d’agir avec lui sans attendre de retour pour répondre à l’urgence comme au
problème de fond que sa situation soulève. Notre projet est à usage immédiat :
nous voulons être le parti d’un peuple qui se bat.

Notre parti a vocation à s’exprimer dans la société à gorge déployée, à mettre en
scène son projet, à faire grandir ses valeurs. Pour cela, il doit être un espace
culturel et de création où se croisent la politique, le débat d’idées et les
pratiques artistiques.

Son existence et son apport original sont des atouts pour tous ceux et celles qui
cherchent à se rassembler pour changer les choses.
En effet, chaque fois que
nécessaire, nous voulons participer aux rassemblements les plus efficaces pour
gagner des avancées. Le Front de gauche en est l’une des dimensions majeures.
C’est ce qu’ont compris celles et ceux qui nous rejoignent chaque jour.

3 - Une ambition démocratique de tous les instants

Notre organisation est au service de ces choix. Ainsi, au cœur de notre
fonctionnement, nous plaçons la délibération collective.
C’est dans ce cadre, en
rupture avec toute idée de hiérarchie, que s’exercent les responsabilités.

Au sein de nos instances, nous voulons progresser encore pour faire vivre la
parité, la mixité, le renouvellement, et la diversité qui sont essentiels pour la
démocratie.

Ensuite, nous voulons créer les meilleures conditions d’une mise en mouvement
des militantes et des militants dans leurs lieux de vie, de travail et
d’engagement. Dans une société où l’on nous présente tous les choix comme des
évidences techniques, nous voulons qu’ils puissent partout être porteurs de
réfexion politique et de dynamiques citoyennes. Nous voulons qu’ils puissent
partout faire naître cette solidarité et cette confiance qui permettent de pousser
toutes les portes, mêmes celles que l’on croyait fermées. Nous voulons qu’ils
puissent partout agir au nom du Parti communiste, en libérant l’initiative, la
spontanéité et l’intervention militante.

Enfin, cela suppose de vivre un parti ouvert, tourné vers le monde en
permanence et recherchant à se mettre en dialogue avec la société.
Nous
devons ainsi poursuivre les efforts entrepris pour mieux communiquer notre
projet, nos propositions, nos initiatives, nos espoirs. Mais nous devons également
développer et ouvrir nos réseaux et nos échanges à tous ceux et celles qui
veulent travailler avec nous, à tous ceux et celles dont la réfexion nous
intéresse.

4 - Un parti populaire, pleinement déployé dans la société

Pour s’adresser au peuple de notre pays, les partis dominants ont découpé la
population en couches, catégories et communautés. En s’adressant à elles, il
s’agit pour eux de les faire exister dans les représentations mentales, de les
opposer entre elles plus ou moins artificiellement, puis d’opérer des choix et des
alliances. Ce n’est pas notre conception des choses.

Nous voulons parler à toutes et tous, en faisant émerger l’intérêt général, le bien
commun, et la promotion des valeurs essentielles pour la dignité humaine. Mais
pour cela, nous sommes conscients qu’il faut pouvoir s’adresser à chacune et
chacun dans sa vie, sans réduire personne au statut social dans lequel la société
le maintient enfermé.

Le rejet de la politique s’exprime massivement parmi celles et ceux qui subissent
le plus les effets du système capitaliste et de sa crise. Et les pièges politiques se
referment sur les hommes et les femmes qui sont hantés par la peur de perdre
ce qu’ils ont durement gagné.

Nous devons donc reconquérir la mobilisation des habitantes et des habitants
des quartiers populaires, où les conditions de vie sont particulièrement dures,
pour changer avec eux leur quotidien. Pour beaucoup, ils se sentent discriminés,
abandonnés, relégués en dehors. Souvent, les lieux d’échanges, de rencontre,
d’action sont justement ce qui fait défaut au vivre ensemble. C’est avec elles et
avec eux que nous devons construire la politique dont ils ont besoin, en
commençant notre chemin au plus près des besoins immédiats. C’est d’elles,
c’est d’eux, que viendra le changement. C’est par elles, c’est par eux, que nous
serons nous-mêmes révolutionnés.

Nous devons mieux entendre celles et ceux qui vivent et travaillent dans les
territoires ruraux, touchés par d’importantes dégradations des conditions de vie
et une destruction progressive des services publics. Échanger et agir avec celles
et ceux qui vivent dans ces zones isolées est un enjeu majeur pour construire
des territoires dynamiques et solidaires.

Nous devons également fournir un effort singulier en direction des jeunes
générations
, fortement marquées par les prémices d’un nouveau monde à naître,
mais que l’on a essayé d’élever plus que jamais dans l’esprit de compétition et le
culte du mérite. Elles peuvent bousculer l’ordre établi si leurs aspirations à vivre
ne sont pas étouffées. Le Parti communiste est pour elles et pour eux, un
formidable espace de vie et d’émancipation. Avec le MJCF et l’UEC, nous voulons
mieux encore nous adresser à la jeunesse, particulièrement touchée par la
précarité, pour lui permettre de construire l’avenir.

Nous devons nous adresser plus et mieux à celles et ceux qui produisent au
quotidien les richesses.
S’organiser pour l’action politique dans les entreprises,
les grands groupes, les branches, les services publics, là où l’affrontement avec
les forces du capital est le plus direct, est indispensable. Le travail, qui tend à 
occuper une place de plus en plus grande et de plus en plus pesante dans les
vies, pour celles et ceux qui n’en sont pas privés, semble pourtant de plus en
plus déconnecté du reste des existences et des enjeux politiques. C’est l’une des
prouesses de la pensée dominante. Nous voulons en faire un sujet politique
majeur.

Nous voulons produire un effort en direction de tous ceux et toutes celles dont
les peurs et les souffrances sont instrumentalisées contre leurs propres intérêts.
Partout, nous voulons approfondir notre lien avec les femmes et les hommes, et
faire de notre parti un parti qui rassemble largement les hommes et les femmes
épris de justice, de paix et de liberté.

Conclusion

Qu’elles furent longues, ces années, à tâtonner, reprendre notre souffe, à 
résister au déferlement sauvage du capitalisme. Nous avons traversé ces
épreuves, sans chercher à les fuir.

Mais nous sommes là , en ce moment où le monde peut basculer vers l’humanité
plutôt que vers la barbarie. Nous sommes là , debout, humbles et fiers.
Disponibles pour rallumer les étoiles. Il est grand temps, ne croyez-vous pas, de
préférer poursuivre nos rêves plutôt que fuir un cauchemar.

Pour faire grandir l’humain d’abord, prenez la main, prenez les rênes, prenez le
pouvoir !

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