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Elections au Venezuela

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Nicolas Maduro, le chauffeur qui prend le volant de la révolution bolivarienne

Publié le 12 avril 2013

(source : l’Huma du 4 avril 2013) Nicolas Maduro est un homme modeste, que rien ne prédestinait à occuper les plus hautes fonctions du Venezuela. Président par intérim de la puissance pétrolière, et candidat du Parti socialiste uni (PSUV) à l’élection présidentielle du 14 avril, ce géant d’un mètre quatre-vingt-dix, se présente comme «  un fils de Chavez qui se devait d’être à ses côtés  ». Depuis la mort du «  Comandante  », le 5 mars, il est appelé à succéder à l’instigateur de la révolution bolivarienne que le peuple présente désormais comme le «  libertador  » du XXIe siècle.


Assumer cet héritage n’a rien d’évident après quatorze années de leadership incontestable. Car, non seulement Hugo Chavez a bouleversé la patrie de Bolivar mais il a aussi été l’artisan d’une nouvelle architecture politique continentale. «  Nicolas  », comme l’interpelle son principal concurrent de droite, Henrique 
Capriles, dans une volonté délibérée de le rabaisser, assume. Pendant des années, a-t-il rappelé, il a été «  un garde du corps  » d’Hugo Chavez. Plus qu’un homme de l’ombre, comme on le présente, il fut un proche sincère et dévoué. «  Et s’il avait fallu tourner un boulon dans une entreprise, je l’aurais fait  », confie-t-il.

Sa simplicité est un gage en direction d’un peuple qui a été le garant des succès électoraux enregistrés par le PSUV et la majorité présidentielle. Elle est aussi une posture assumée face aux attaques de la Mesa de la Unidad Democratica (Table de l’unité démocratique, coalition électorale de la droite) et de ses détracteurs en général. L’homme revendique son passé d’ouvrier, et de syndicaliste. «  La société doit être bien mal en point pour élire un vulgaire chauffeur comme président  », se plaisent à invoquer le leader de la droite avec une dédaigneuse ironie, projetant ainsi une haine de classe, toujours aussi vive. Roy Chaderton, ancien ambassadeur du Venezuela en France et actuellement représentant de l’État vénézuélien au sein de l’Organisation des États américains (OEA), rappelait que derrière le coup d’État d’avril 2002 contre Chavez fomenté par le patronat se trouvait «  une idéologie chargée de racisme social  ».

Nicolas Maduro est à peine âgé de douze ans lorsqu’il commence à militer

Qu’à cela ne tienne, «  ma main est ferme sur le volant, direction le socialisme  », rétorque Maduro. Il faut dire que la campagne électorale offre bien peu de moments de grandeur politique. La confrontation idéologique est aux abonnés absents. Même la moustache fournie du socialiste est sujette à raillerie. C’est dire.

Nicolas Maduro ne serait pas à la hauteur ? C’est mal connaître le personnage. Il a vu le jour le 23 novembre 1962, dans le quartier populaire d’El Valle, au sud de Caracas. «  Mon origine modeste et mes racines ont débouché sur un long chemin de luttes pour les droits sociaux alors que je n’étais encore qu’un enfant  », s’est-il livré. En effet, il est à peine âgé de douze ans lorsqu’il commence à militer au sein du mouvement révolutionnaire Ruptura. Puis il rejoint la Ligue socialiste. Il rencontrera Jorge Rodriguez, le père de l’actuel maire de la capitale, qui sera assassiné durant les années noires de la répressions sous la IVe République. Il se passionne pour la révolution cubaine, et son pays, en se rendant dans chaque recoin des «  barrios  » (quartiers populaires), véritables concentrés de misère et d’oppression.

Au sein du mouvement ouvrier, il se forme aux revendications sociales, en déjouant, comme nombre de militants de gauche de l’époque, les traques de la Disip, la police politique, responsable d’enlèvements, de tortures et d’assassinats. Il devient conducteur de bus à Caracas et délégué syndical. Selon un rapport de la CIA, il aurait alors cumulé les infractions… Depuis, il n’a pas hésité bien souvent à conduire le camion sur lequel était juché Chavez lors des campagnes électorales. C’est encore lui qui tenait le volant de la voiture transportant les principaux ministres lors du cortège funéraire du président.

Au début des années 1980, Nicolas Maduro s’adonne à la musique au sein du groupe de rock Enigma où il joue de la basse et de la guitare. Il sera l’un des fondateurs du nouveau syndicat du métro de Caracas (Sitrameca) et de la Force bolivarienne des travailleurs avant d’en devenir son coordinateur national.

Il est désormais au volant de la révolution bolivarienne

Le 4 février 1992, il découvre, comme nombre de Vénézuéliens, Hugo Chavez devant les caméras assumant l’échec de l’insurrection civico-militaire dont il a pris la tête. «  Je me suis dit, c’est lui. Une nouvelle histoire va enfin commencer. C’est comme ça que je l’ai vécu  », a-t-il déclaré récemment lors d’un meeting.

Durant les années de prison du Comandante, il milite pour sa libération avec sa compagne Cilia Florez, ancienne procureur de la République. Après son élargissement, il fondera avec lui le Mouvement Ve République avec lequel Chavez remportera la présidentielle de 1998. Élu député en 1999, puis réélu, il présidera même l’Assemblée jusqu’en 2006 lorsque le leader du socialisme du XXIe siècle lui demande d’assumer la responsabilité du ministère des Affaires étrangères. Un poste qu’il occupera, avec abnégation, pendant six ans et trois mois, et durant lesquels le Venezuela multipliera ses relations diplomatiques et les échanges commerciaux.

Désormais au volant de la révolution bolivarienne, il devra s’imposer et cultiver son style. De ses mots, il se revendique de la fibre des indépendantistes, de Bolivar et du héros indien Guaicaipuro, de «  ces patriotes qui se proposent de construire la patrie ou rien. L’indépendance ou rien !  »

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