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Une fuite en avant dans les choix antisociaux

« Une fuite en avant dans les choix antisociaux en fait de nouvelle phase »

Pour le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, le
remaniement du gouvernement est la marque d’une
radicalisation du « cap droitier et régressif » du
pouvoir sarkozyste.

Retrouvez ici l’entretien avec le secrétaire national du PCF réalisé par l’Humanité du 16 novembre 2010

MEETING à Lille le 20 décembre, à 19h au Gymnase (place Sébastopol)


Vous évoquiez une opération « consternante » à l’annonce
de la reconduction de François Fillon à Matignon.
Une fois connu le détail du gouvernement,
maintenez-vous votre appréciation ?

Pierre Laurent. Absolument. Le décalage entre les
intentions que marquent la nomination de ce gouvernement
et les attentes de changement et les urgences qu’exprime le pays le confirme : en rassemblant tous
les leaders de l’UMP, ce gouvernement se radicalise dans la défense d’un cap droitier et régressif. En butte à son
isolement croissant dans le pays, Nicolas Sarkozy choisit de répondre en s’enfonçant dans l’épreuve de force avec
notre peuple pour poursuivre coûte que coûte sa politique de régression sociale. C’est un choix aux antipodes de la
réorientation complète des choix gouvernementaux qu’imposait la situation. On parle d’équipe resserrée, mais il
s’agit en fait d’un commando de l’UMP pour infliger au pays un traitement de choc.


La droite voulait ouvrir une « nouvelle phase » politique après la réforme des retraites. Le remaniement en est-il la
concrétisation ?


Pierre Laurent.
En fait de nouvelle phase, nous sommes face à une fuite en avant dans les choix antisociaux mis
en oeuvre depuis 2007, car la situation n’est pas du tout celle que Nicolas Sarkozy avait prévue au départ. La
« nouvelle phase » dont il rêvait s’est éloignée avec l’ampleur de la contestation sociale. Il misait, pour faire
adopter sa réforme des retraites, sur la résignation populaire, pour ensuite aller encore plus loin dans la mise en
oeuvre de sa politique. Au lieu de cela, le chef de l’État ressort affaibli politiquement du conflit, les choix faits, loin
de sortir le pays de la crise, ont aggravé les difficultés économiques et sociales. Dans ces conditions, la nouvelle
phase se résume à tenter d’imposer autrement, et peut-être plus brutalement encore, ce qu’il n’est pas parvenu à 
faire accepter jusque-là .

Ségolène Royal a appelé, hier, à « anticiper les rassemblements de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle »
avec les « centristes » écartés du gouvernement. Y a-t-il un espoir dans cette voie ?

Pierre Laurent. Ceux qui penseraient reconstruire l’espoir à gauche en essayant de recycler les recalés du gouvernement
engageraient la gauche dans une impasse. Ce qui choque dans la constitution de ce nouveau gouvernement,
ce n’est pas le casting mais l’absence totale d’écoute des préoccupations des Français. Plutôt que de rêver à de
nouvelles combinaisons politiciennes, la gauche doit n’avoir qu’une seule boussole : construire le projet politique
permettant de rompre avec les logiques capitalistes qui nous ont conduits dans la crise. Si la gauche veut recréer
l’espoir, c’est à ces objectifs et à ces réformes de rupture qu’elle doit travailler. Le pays a besoin d’une gauche à 
l’écoute de ses attentes.

Tandis que Nicolas Sarkozy va diriger le G20, Dominique Strauss-Kahn vantait hier sur les ondes la politique du
FMI qu’il dirige... Quelle place pour l’alternative dans le duel Sarkozy-DSK auquel certains voudraient résumer
la présidentielle ?

Pierre Laurent. Le pays aura un impérieux besoin d’une alternative de gauche en 2012, d’une politique qui renoue
avec la priorité aux dépenses sociales et publiques utiles. Cela n’a rien à voir avec les logiques du FMI qui, comme
on le voit en Grèce, consistent à faire payer au peuple le prix de la crise financière. Rien n’est encore joué, la possibilité
existe de faire émerger une candidature et un projet de gauche portant cet espoir, et de bousculer les scénarios
prévus à l’Élysée ou au siège du FMI. C’est à cet objectif que travaillent les forces du Front de gauche.

Ne faut-il pas pour cela accélérer la construction du projet partagé et la désignation du candidat du Front de
gauche ?

Pierre Laurent. Le temps est venu de faire grandir et émerger dans le pays un projet de gauche dans lequel se
reconnaissent la grande majorité des participants aux mobilisations sociales sur les retraites. Nous ne répondrons
pas aux attentes en nous contentant de désigner un nom, il faut que ce projet se formalise et rassemble celles et
ceux qui se reconnaissent dans des objectifs sociaux audacieux. Sinon, la démarche du Front de gauche sera marginalisée
par la compétition présidentielle.

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