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Quatre bonnes raisons d’augmenter les salaires

Publié le 29 août 2008

Rentrée sociale . La baisse du pouvoir d’achat plombe plus que jamais le climat. Devant l’échec des recettes sarkozyennes, la question d’une véritable hausse des salaires, posée par l’ensemble des syndicats, s’impose dans le débat.


Après des vacances estivales sous le signe des restrictions, au point que près d’un Français sur deux n’est pas parti selon l’IFOP (42 %, + 10 % depuis 2005), la rentrée sociale de septembre se présente sous de sombres auspices. Au coeur des préoccupations, encore et toujours le pouvoir d’achat, victime d’un redoutable effet ciseaux : d’un côté, la course des prix qui ne ralentit pas, de l’autre des salaires dont le compteur reste désespérément bloqué. Une enquête de l’Institut national de la consommation (INC), à paraître aujourd’hui, confirme ce que les ménages vivent au quotidien : entre juin 2007 et juin 2008, leur pouvoir d’achat moyen a reculé de 0,4 %. Chacun doit se rendre à l’évidence, une fois ses comptes faits et refaits : un an de sarkozisme, de grands moulinets contre la valse des étiquettes et d’incitations à « travailler plus » n’ont pas changé la donne. Résultat, moins d’un Français sur cinq (18 %, contre 36 % en août 2007) fait aujourd’hui confiance au gouvernement pour l’augmentation du pouvoir d’achat. Et devant l’échec patent des recettes sarkoziennes, la question de l’augmentation des salaires, bien que toujours esquivée par le gouvernement (voir page 4) comme par le patronat qui ne veut même pas financer une prime de transport, opère une remontée en force. L’ensemble des syndicats l’ont mise en tête de leur agenda. Après un quart de siècle de « modération », voici quatre raisons d’y répondre enfin positivement.

Une urgence sociale renforcée

Le rythme de la hausse des prix ne faiblit pas : + 3,6 % sur un an. Pour la première fois, le taux du salaire horaire ouvrier évolue moins vite que les prix. En cette période tout particulièrement, où elles doivent faire face à un surcroît de dépenses, les familles sont contraintes à des arbitrages de plus en plus ardus. Le poids des factures incompressibles, logement, énergie, santé, s’alourdit dans leur budget. À l’image du gaz dont les augmentations à répétition, autorisées par le gouvernement, dépassent les 11 % en un an. Du coup, c’est l’alimentation qui trinque. « Pour la première fois, depuis le printemps, la consommation a baissé en volume, de l’ordre de 2 à 3 %. Ce n’était jamais arrivé ! Le contenu du chariot, ce qu’on appelle le panier moyen, baisse », constate, dans une interview au Courrier de l’Ouest, le PDG des magasins Système U, Serge Papin.

Un antidote contre la récession

La faiblesse des salaires n’est pas seulement source de souffrances sociales. La perte de pouvoir d’achat qu’elle entraîne pèse sur la consommation « qui était jusqu’ici le principal moteur de la croissance », rappelle l’économiste Éric Heyer (voir page 4). Relancer la demande en donnant un sérieux coup de stimulant aux salaires apparaît donc comme un choix de bon sens. D’autant qu’on ne peut guère compter sur des débouchés extérieurs, le ralentissement gagnant l’ensemble des économies occidentales. Le gouvernement refuse pourtant de remettre en question sa stratégie, voulant croire, dixit François Fillon, que « les mesures prises depuis un an permettront à la France de ne pas trop subir les conséquences de la conjoncture internationale ». Des mesures (réformes du marché du travail, du temps de travail, de la fiscalité) qui ont pour point commun de baisser le « coût du travail », c’est-à-dire la rémunération dans son ensemble, salaires et cotisations, et donc le carburant de l’activité économique. Loin de permettre à notre pays de résister, elles risquent ainsi, au contraire, de l’enfoncer dans la crise.

La hausse des salaires enclencherait-elle une spirale inflationniste ? C’est, une fois encore, la principale défense des libéraux. Défense mensongère qui « oublie » que, outre les rémunérations, un autre facteur pèse lourdement sur les coûts et donc sur les prix, comme le souligne l’économiste Nasser Mansouri-Guilani : le coût du capital, sous la forme, notamment, des dividendes versés aux actionnaires. Il n’y a donc aucune fatalité à ce qu’un relèvement des salaires se répercute sur les prix.

À la portée

des entreprises

Les entreprises ont les reins assez solides pour soutenir un véritable effort en faveur des salaires. Pendant la crise, les affaires marchent. En dépit du ralentissement de la croissance, les groupes du CAC 40 enregistrent des profits en hausse. « En 2008, le CAC 40 devrait battre un nouveau record en termes de profits cumulés. L’an dernier, ce montant était ressorti à 98,02 milliards d’euros. Selon nos prévisions, près de 104 milliards d’euros de bénéfices nets seront dégagés cette année par les fleurons de l’économie française, soit une hausse de 6 % », écrivait, le 9 août, le Figaro, au vu des résultats des groupes pour le premier semestre. Le gouvernement pourrait influer sur le partage des richesses, toujours plus accaparées par les actionnaires : au lieu de distribuer sans contrepartie quelque 30 milliards d’allégements de « charges » sociales, il pourrait les conditionner à des engagements précis en termes de revalorisation des salaires.

Bon pour la Sécu

Un déficit qui se creuse, des dépenses appelées inéluctablement à croître : le financement de la Sécurité sociale s’annonce comme l’un des dossiers les plus chauds de la rentrée. Une politique salariale dynamique aurait, aussi, pour vertu de desserrer la contrainte pesant sur la Sécu, et d’écarter la menace de nouvelles coupes dans les remboursements. Selon des estimations, une augmentation de 1 % de la masse salariale permet de faire entrer dans ses caisses 2,5 milliards d’euros de cotisations supplémentaires. La moitié, environ, du déficit de l’assurance maladie.

Yves Housson, dans l’Humanité du 28 août 2008

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