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Petit décryptage de la crise des « subprimes »...

Publié le 2 octobre 2008

Acte I : la crise est apparue avec les subprimes aux Etats-Unis, c’est à dire la spéculation sur l’endettement des familles modestes américaines. Les subprimes étaient une suite de paris sur de l’argent à venir, de l’argent virtuel qui ne s’est pas réalisé. Les châteaux en Espagne étaient des châteaux de cartes.

Acte II : Résultats ? Faillites de banques, resserrement du crédit pour les particuliers comme pour les entreprises, remboursements d’emprunts des couches moyennes de plus en plus hasardeux. Par le biais d’un système financier mondialisé, cette crise se propage dans le monde entier.

Acte III : Pour tenter de mettre fin à la cette spirale, les banques centrales interviennent massivement, et partout on annonce des opérations de renflouement des banques en nationalisant leurs pertes. Sans bien sur remettre en question les raisons profondes de cette crise.

Acte IV : Ceux qui nous ont conduit là s’apprêtent à recommencer. Les seules solutions qu’ils connaissent sont celles qui nous ont mené dans le mur. Ainsi de Nicolas Sarkozy qui proposait par exemple lors de la campagne des présidentielles que les accédants à la propriété « puissent garantir leur emprunt par la valeur de leur logement. Il faut réformer le crédit hypothécaire » : en d’autre terme, mettre en place la version française des fameuses subprimes à l’origine de la crise financière mondiale.

Petit lexique

Subprimes. Il s’agit d’un type de prêt accordé aux foyers modestes pour pouvoir acquérir leur logement. Ce crédit hypothécaire permettait à un ménage en difficulté de revendre son bien pour rembourser ses dettes. Dans le cas américain, le taux d’intérêt était bas les deux premières années, puis s’ajustait aux prix du marché les années suivantes. La conjonction de deux facteurs (la hausse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale américaine (Fed) de 1 à 5% entre 2003 et 2006 et la baisse des prix de l’immobilier) a rendu impossible le remboursement pour des millions de foyers. En 2007, on a compté outre- Atlantique deux millions de saisies immobilières.

Titrisation. C’est le mécanisme qui permet de transformer un prêt en actif négociable sur le marché. Un crédit subprime étant très risqué pour l’organisme qui l’accorde, mais très rentable en grande quantité, les crédits sont découpés et regroupés par la technique de titrisation en produits financiers rachetés par un tiers (qui peut être une banque, un fonds d’investissement, etc.). Très rentables tant que les prix de l’immobilier grimpaient, ces produits titrisés ont constitué autant de créances douteuses pour les fonds d’investissement et les banques. D’où les faillites en série.

Hedge funds. Fonds d’investissement spéculatif. Ils se sont spécialisés dans les opérations les plus juteuses et les plus spéculatives s’autorégulant. Ces fonds acquièrent et vendent toutes sortes de produits : créances, actions, marchandises et même oeuvres d’art. En février 2007, un groupe de travail sur ces hedge funds, voulu par le président américain, George W. Bush, a décidé de laisser ces fonds s’autoréguler. Parmi les causes de la crise actuelle, on retrouve la faillite de deux fonds d’investissement spéculatifs de la banque Bear Stearns l’an dernier, qui a affolé les marchés.

Agences de notation. Il s’agit de sociétés chargées de l’évaluation du risque des différents placements financiers. Elles donnent ainsi des notes. Les obligations d’État, réputées sûres d’être remboursées reçoivent généralement les meilleures notes (un triple A : AAA). Mais les agences avaient accordé aussi de façon très surprenante les meilleures notes aux produits titrisés issus des subprimes… En fait elles sont mises en cause pour avoir été à la fois juges et parties. Elles sont en effet la plupart du temps organiquement liées aux plus gros opérateurs. Et du coup elles sont accusées d’avoir intoxiqué les marchés.

Liquidités. Afin d’éviter que le marché interbancaire ne se bloque, les Banques centrales (Fed, Banque centrale européenne) ont injecté des liquidités. En fait, pour faire face à leurs besoins de trésorerie, les banques ordinaires ne cessent de se prêter de l’argent entre elles. Le taux de ces prêts à court terme dépend de la confiance que s’accordent les banques entre elles. Pour s’assurer que l’argent continue de circuler, et éviter les mises en défaut de paiement des banques quand les taux grimpent, les Banques centrales « injectent des liquidités », en prêtant de l’argent aux banques à des taux favorables, pour une durée courte. En échange, les banques sont tenues de donner des garanties aux Banques centrales sous forme d’actions, de créances, etc. De plus ou moins bonne qualité.

Taux directeur. C’est l’instrument des Banques centrales. Les Banques centrales, comme la Réserve fédérale américaine (Fed) ou la Banque centrale européenne (BCE), dirigent la politique monétaire. Le taux d’intérêt que les Banques centrales fixent permet d’orienter les taux d’intérêt des banques ordinaires lorsque celles-ci prêtent aux entreprises ou aux particuliers. Et ce, parce que les banques empruntent elles-mêmes de l’argent à la Banque centrale. Pour ce, quand les taux d’intérêt sont bas, il devient moins cher d’emprunter pour investir, ce qui favorise normalement la croissance. Les Banques centrales choisissent d’augmenter leur taux quand il existe un risque d’inflation, favorisant un ralentissement de l’activité.

Credit crunch. C’est le grand risque actuel. De peur de ne pouvoir se faire rembourser, les banques rationnent leur offre de crédit, ce qui passe par une hausse des taux aux entreprises. Pourtant, les crédits sont nécessaires à l’activité des firmes, pour pouvoir investir. Une absence d’investissement a pour conséquence un ralentissement de la croissance, et donc une augmentation du chômage et une stagnation des salaires.

Gaël De Santis dans l’Humanité du 1er octobre 2008

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