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Une fuite en avant dans les choix antisociaux

Publié le 19 novembre 2010

« Une fuite en avant dans les choix antisociaux en fait de nouvelle phase »

Pour le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, le remaniement du gouvernement est la marque d’une radicalisation du « cap droitier et régressif » du pouvoir sarkozyste.

Retrouvez ici l’entretien avec le secrétaire national du PCF réalisé par l’Humanité du 16 novembre 2010

MEETING à Lille le 20 décembre, à 19h au Gymnase (place Sébastopol)


Vous évoquiez une opération « consternante » à l’annonce de la reconduction de François Fillon à Matignon. Une fois connu le détail du gouvernement, maintenez-vous votre appréciation ?

Pierre Laurent. Absolument. Le décalage entre les intentions que marquent la nomination de ce gouvernement et les attentes de changement et les urgences qu’exprime le pays le confirme : en rassemblant tous les leaders de l’UMP, ce gouvernement se radicalise dans la défense d’un cap droitier et régressif. En butte à son isolement croissant dans le pays, Nicolas Sarkozy choisit de répondre en s’enfonçant dans l’épreuve de force avec notre peuple pour poursuivre coûte que coûte sa politique de régression sociale. C’est un choix aux antipodes de la réorientation complète des choix gouvernementaux qu’imposait la situation. On parle d’équipe resserrée, mais il s’agit en fait d’un commando de l’UMP pour infliger au pays un traitement de choc.

La droite voulait ouvrir une « nouvelle phase » politique après la réforme des retraites. Le remaniement en est-il la concrétisation ?

Pierre Laurent. En fait de nouvelle phase, nous sommes face à une fuite en avant dans les choix antisociaux mis en oeuvre depuis 2007, car la situation n’est pas du tout celle que Nicolas Sarkozy avait prévue au départ. La « nouvelle phase » dont il rêvait s’est éloignée avec l’ampleur de la contestation sociale. Il misait, pour faire adopter sa réforme des retraites, sur la résignation populaire, pour ensuite aller encore plus loin dans la mise en oeuvre de sa politique. Au lieu de cela, le chef de l’État ressort affaibli politiquement du conflit, les choix faits, loin de sortir le pays de la crise, ont aggravé les difficultés économiques et sociales. Dans ces conditions, la nouvelle phase se résume à tenter d’imposer autrement, et peut-être plus brutalement encore, ce qu’il n’est pas parvenu à faire accepter jusque-là.

Ségolène Royal a appelé, hier, à « anticiper les rassemblements de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle » avec les « centristes » écartés du gouvernement. Y a-t-il un espoir dans cette voie ?

Pierre Laurent. Ceux qui penseraient reconstruire l’espoir à gauche en essayant de recycler les recalés du gouvernement engageraient la gauche dans une impasse. Ce qui choque dans la constitution de ce nouveau gouvernement, ce n’est pas le casting mais l’absence totale d’écoute des préoccupations des Français. Plutôt que de rêver à de nouvelles combinaisons politiciennes, la gauche doit n’avoir qu’une seule boussole : construire le projet politique permettant de rompre avec les logiques capitalistes qui nous ont conduits dans la crise. Si la gauche veut recréer l’espoir, c’est à ces objectifs et à ces réformes de rupture qu’elle doit travailler. Le pays a besoin d’une gauche à l’écoute de ses attentes.

Tandis que Nicolas Sarkozy va diriger le G20, Dominique Strauss-Kahn vantait hier sur les ondes la politique du FMI qu’il dirige… Quelle place pour l’alternative dans le duel Sarkozy-DSK auquel certains voudraient résumer la présidentielle ?

Pierre Laurent. Le pays aura un impérieux besoin d’une alternative de gauche en 2012, d’une politique qui renoue avec la priorité aux dépenses sociales et publiques utiles. Cela n’a rien à voir avec les logiques du FMI qui, comme on le voit en Grèce, consistent à faire payer au peuple le prix de la crise financière. Rien n’est encore joué, la possibilité existe de faire émerger une candidature et un projet de gauche portant cet espoir, et de bousculer les scénarios prévus à l’Élysée ou au siège du FMI. C’est à cet objectif que travaillent les forces du Front de gauche.

Ne faut-il pas pour cela accélérer la construction du projet partagé et la désignation du candidat du Front de gauche ?

Pierre Laurent. Le temps est venu de faire grandir et émerger dans le pays un projet de gauche dans lequel se reconnaissent la grande majorité des participants aux mobilisations sociales sur les retraites. Nous ne répondrons pas aux attentes en nous contentant de désigner un nom, il faut que ce projet se formalise et rassemble celles et ceux qui se reconnaissent dans des objectifs sociaux audacieux. Sinon, la démarche du Front de gauche sera marginalisée par la compétition présidentielle.

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