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Pas de pub, des sous !

Publié le 1er juillet 2008

A la demande d’augmentation de leur pouvoir d’achat, le gouvernement répond aux Français par une campagne de publicité les incitant à cesser de se plaindre…


Une campagne publicitaire de 4,33 millions d’euros

> Aux grèves et manifestations axées pas seulement mais souvent sur le pouvoir d’achat, qui ont émaillé l’actualité sociale ces dernières semaines, le gouvernement a décidé de répondre… par une campagne de publicité. Une campagne aux allures de fin de non-recevoir à la demande d’augmentation de pouvoir d’achat, avec un goût de reproche prononcé : « Vous êtes impatients. Nous aussi ». Cette campagne a démarré lundi. Elle doit se poursuivre durant trois semaines. Les téléspectateurs vont avoir droit à une série de quatre spots thématiques de 20 secondes et un spot « générique » reprenant toutes les annonces en 45 secondes, le tout multiplié des dizaines de fois. Au total, 1.630 diffusions sont prévues, histoire de bien enfoncer le clou, à savoir que le gouvernement a fait ce qu’il fallait (défiscalisation des heures supplémentaires, exonérations d’impôt pour les jobs étudiants, diminution de moitié de la caution locative, exonération des intérêts d’emprunt à l’achat d’une résidence principale), et qu’il faut attendre : « c’est mois après mois que nous gagnerons la bataille du pouvoir d’achat », ainsi se termine chaque spot. Bref, il faut cesser de se plaindre !

La télévision n’est pas le seul média concerné. La pub gouvernementale fleurit également sur internet et dans la presse quotidienne, ainsi que dans les journaux gratuits. Pour payer l’agence Young & Rubicam, qui chapeaute l’opération, l’Etat devra faire un chèque de 4,33 millions d’euros. Les Français vont donc non seulement devoir se passer d’augmentation de salaire, de retraite et d’allocations, mais ils vont en plus devoir financer via leurs impôts une campagne censée les convaincre de mettre leur pouce dans leur main.

Vous avez dit cynisme ? Faute de parvenir à convaincre politiquement, N. Sarkozy et François Fillon se tournent donc désormais vers la communication. Ils en attendent manifestement beaucoup. Il faut dire que la question du pouvoir d’achat est devenu incontournable. C’est aujourd’hui la première préoccupation pour 49% des Français, soit + 22% en six mois, selon une étude commandée par le gouvernement à l’Ifop. A noter que, dans ce domaine, le ministère de l’emploi a, lui-même, officiellement confirmé ce que tout le monde constate depuis plusieurs mois, à savoir la remise en cause du pouvoir d’achat des salariés dont les relèvements ne compensent plus la hausse des prix, en particulier ceux des produits alimentaires et des carburants. Le ministère s’appuie sur les travaux de l’Insee qui prévoit, en cette année 2008, une situation inédite depuis 1984/1985 : l’annulation par l’inflation de tous les gains de pouvoir d’achat du salaire horaire de base ouvrier (SHBO). Le salaire moyen réel des agents de la fonction publique va même officiellement baisser. Et dire que N. Sarkozy devait être le président du pouvoir d’achat.

Le SMIC au pain sec !

  • > Le jour où il lançait sa campagne de « com », le gouvernement annonçait l’augmentation du Smic au 1er juillet. 0,9 % ! 56 centimes par jour. Même pas de quoi acheter une baguette de pain ! Une augmentation dérisoire, comparé à la hausse galopante des prix de produits de première nécessité. Même en considérant les 2,3% d’augmentation en mai, imposés par la loi car l’inflation dépassait les 2% (cela n’était pas arrivé depuis 1996), il y a fort à parier que les trois millions de smicards que compte notre pays n’y trouvent pas leur compte et que leur « impatience » ne se calme pas. D’autant que parmi ces deux millions de personnes sous-payées, 900.000 travaillent à temps partiel et sont donc encore moins payées. Le gouvernement ne nie pas que la revalorisation du Smic vise seulement à rattraper l’inflation, pas à donner « un coup de pouce » à son pouvoir d’achat. Elle donne un avant-goût de la réforme du salaire minimum que prépare le gouvernement qui devrait se traduire par un retour au mode de calcul d’avant mai 1968, quand le Smic (salaire minimum interprofessionnel de croissance) s’appelait le Smig (salaire minimum interprofessionnel garanti) et ne tenait compte que de l’inflation. Le salaire minimum passera en juillet très exactement à 1.037,53 euros net mensuel pour 35 heures hebdomadaires. Question : comment se nourrir, se loger, manger, prendre sa voiture ou même utiliser les transports en commun, subvenir aux besoins de sa famille, partir en vacances aujourd’hui en France, avec 1.037,53 euros par mois ?

Pas d’augmentation véritable de l’allocation de rentrée scolaire

  • > Toujours côté pouvoir d’achat des familles modestes, vendredi dernier, la secrétaire d’Etat à la famille Nadine Morano avait annoncé les montants de l’allocation de rentrée scolaire (ARS) dont beaucoup de familles attendent avec impatience, à chaque rentrée, le versement par les caisses d’allocations familiales. L’ARS, d’un coût total de 1,3 milliard d’euros, bénéficie à 4,6 millions d’enfants. Face à l’inflation et, là encore, pour sauvegarder son pouvoir d’achat, l’allocation aurait dû logiquement augmenter. Une étude de l’association Familles de France montre que le coût moyen de la rentrée scolaire sera au minimum 2% plus élevé que l’an dernier. On s’attend à une augmentation de 2,5 % des prix sur les vêtements de sport, de 2,27% sur la papeterie, de 10% sur les protège-cahiers, de 4 % sur les classeurs souples, de 4 % sur les sacs à dos. Or, pour les 5-10 ans, le montant de l’ARS restera inchangé, soit 272,57 euros. Pour les 11-14 ans elle atteindra 287,57 euros et, pour les 15-18 ans, 297,57 euros, soit une malheureuse augmentation de 15 euros pour chaque collégien et de 25 euros pour chaque lycéen, qui aura bien du mal à couvrir l’inflation. Une augmentation, regrette la Confédération syndicale des familles (CSF), qui « ne représente pas grand chose au regard des 200 millions économisés sur le dos des familles avec l’unification de la majoration pour âge des allocations familiales ». 200 millions et même plus exactement 250 millions qui seront économisés par l’Etat chaque année, soit cinq fois plus que les 50 millions qu’il s’apprête à débourser pour financer la très légère revalorisation de l’ARS pour les lycéens et les collégiens. L’Unaf avait calculé que cette réduction des allocations familiales pour les adolescents, entrée en vigueur le 1er mai, ferait perdre près de 600 euros annuels aux familles. Pour en revenir à l’ARS, la CSF estime que « le compte n’y est pas » et que « les familles font encore les frais du recul de la politique familiale du gouvernement ». Elle demande que les montants de l’ARS soient fixés à 272,50 euros pour l’entrée en primaire, 350 euros au collège et 500 euros au lycée. Elle souhaite aussi que l’ARS soit versée aux lycéens de plus de 18 ans. De son côté, l’Union des Familles en Europe parle d’une « arnaque » menant à une « perte de pouvoir d’achat de 8 euros pour les enfants en primaire » du fait de l’inflation. Pendant ce temps, les dirigeants des sociétés du CAC 40 se sont augmentés leurs rémunérations de 58 % ces douze derniers mois. Eux, n’ont pas de problème.

JLB

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