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Le piège de l’identité nationale

En insistant dans son discours sur l’agriculture sur « les liens charnels avec la
terre », en déclarant de manière appuyée que « la terre fait partie de l’identité
nationale », Nicolas Sarkozy ne pouvait ignorer que ces phrases aux accents
maurrassiens faisaient écho à d’un autre discours, qui semblait remonter des
profondeurs d’un sombre passé : « La terre ne ment pas. »


Une odieuse machination est à l’oeuvre, mise en scène par le ministre des
basses oeuvres. Éric Besson, ce transfuge du PS prêt à tout pour témoigner à son
nouveau maître son zèle de néoconverti, est chargé de lancer un « débat » sur
« l’identité nationale ». Serait-ce donc le sujet le plus grave, la préoccupation la
plus prégnante des Français ? Le chômage qui n’en finit pas d’étendre ses ravages,
bagatelle ! La protection sociale plombée par les hausses du forfait hospitalier, les
médicaments déremboursés, billevesées ! L’école mise à mal par les
16 000 suppressions d’enseignants, broutille ! L’insolente richesse des tenants du
bouclier fiscal voisinant avec la pauvreté de salariés déclassés et précarisés, le mal
de vivre qui conduit au suicide chez France Télécom ou chez PSA, foutaises... Le soir
en famille, le samedi entre amis, les Français n’auraient qu’un seul sujet en tête :
« l’identité ».

Quelques jours après que furent renvoyés vers une possible mort trois
Afghans qui voulaient échapper à la violence des talibans,
après qu’une lycéenne a
été raflée, cartable sur le dos et expédiée à Brazzaville, on nous annonce des
causeries et un colloque, rien que cela ! Et peut-être pourrait-on suggérer à 
M. Besson d’organiser une exposition où l’on expliquerait comment distinguer un
individu porteur de l’identité française et celui qu’on doit dénoncer pour le prochain
charter. La France a connu de sombres périodes, au cours desquelles ce qui paraît
inimaginable peut devenir abjecte réalité.

En agitant le spectre d’une « identité nationale menacée », le
gouvernement espère détourner l’attention des résultats de sa politique, qu’une
majorité juge négatifs. Et faisant d’une pierre deux mauvais coups, il drague à 
nouveau dans la boue du Front national. Marine Le Pen avait lancé une campagne
nauséabonde à partir d’un livre de Frédéric Mitterrand. Sarkozy reprend l’offensive
sur le thème bien connu des immigrés qui poseraient problème à l’identité de la
France. Cette notion « d’identité nationale » va à l’encontre de la nation forgée par
la Révolution française, elle est inacceptable pour quiconque est attaché aux
valeurs républicaines. La réaction d’Alain Juppé citant Ernest Renan en témoigne. À
la vision ouverte et progressiste, héritage de la Révolution, « l’identité nationale »
de Nicolas Sarkozy oppose une conception étroite et conservatrice, inégalitaire,
avec ses fantasmes d’ancienne puissance coloniale, vision du monde selon laquelle
l’étranger, le jeune, l’ouvrier constituent potentiellement une classe dangereuse.

Décidément, rien, aucun scrupule de moralité politique ne retient
l’imagination débordante des stratèges de l’Élysée
, au risque de réveiller les
démons de la haine. Au nom des mêmes ressorts de pensée d’une France agressée
de l’intérieur, on a connu l’affaire Dreyfus à la fin du XIXe siècle, et pire encore au
XXe. Refuser d’entrer dans ce « débat » miné, faire prévaloir la lutte des classes
sur l’impasse de la haine des « races ». Telle doit être la meilleure réplique au
piège de M. Besson.

JP Pierot, dans l’Humanité

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