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Le piège de l’identité nationale

Publié le 2 novembre 2009

En insistant dans son discours sur l’agriculture sur « les liens charnels avec la terre », en déclarant de manière appuyée que « la terre fait partie de l’identité nationale », Nicolas Sarkozy ne pouvait ignorer que ces phrases aux accents maurrassiens faisaient écho à d’un autre discours, qui semblait remonter des profondeurs d’un sombre passé : « La terre ne ment pas. »


Une odieuse machination est à l’oeuvre, mise en scène par le ministre des basses oeuvres. Éric Besson, ce transfuge du PS prêt à tout pour témoigner à son nouveau maître son zèle de néoconverti, est chargé de lancer un « débat » sur « l’identité nationale ». Serait-ce donc le sujet le plus grave, la préoccupation la plus prégnante des Français ? Le chômage qui n’en finit pas d’étendre ses ravages, bagatelle ! La protection sociale plombée par les hausses du forfait hospitalier, les médicaments déremboursés, billevesées ! L’école mise à mal par les 16 000 suppressions d’enseignants, broutille ! L’insolente richesse des tenants du bouclier fiscal voisinant avec la pauvreté de salariés déclassés et précarisés, le mal de vivre qui conduit au suicide chez France Télécom ou chez PSA, foutaises… Le soir en famille, le samedi entre amis, les Français n’auraient qu’un seul sujet en tête : « l’identité ».

Quelques jours après que furent renvoyés vers une possible mort trois Afghans qui voulaient échapper à la violence des talibans, après qu’une lycéenne a été raflée, cartable sur le dos et expédiée à Brazzaville, on nous annonce des causeries et un colloque, rien que cela ! Et peut-être pourrait-on suggérer à M. Besson d’organiser une exposition où l’on expliquerait comment distinguer un individu porteur de l’identité française et celui qu’on doit dénoncer pour le prochain charter. La France a connu de sombres périodes, au cours desquelles ce qui paraît inimaginable peut devenir abjecte réalité.

En agitant le spectre d’une « identité nationale menacée », le gouvernement espère détourner l’attention des résultats de sa politique, qu’une majorité juge négatifs. Et faisant d’une pierre deux mauvais coups, il drague à nouveau dans la boue du Front national. Marine Le Pen avait lancé une campagne nauséabonde à partir d’un livre de Frédéric Mitterrand. Sarkozy reprend l’offensive sur le thème bien connu des immigrés qui poseraient problème à l’identité de la France. Cette notion « d’identité nationale » va à l’encontre de la nation forgée par la Révolution française, elle est inacceptable pour quiconque est attaché aux valeurs républicaines. La réaction d’Alain Juppé citant Ernest Renan en témoigne. À la vision ouverte et progressiste, héritage de la Révolution, « l’identité nationale » de Nicolas Sarkozy oppose une conception étroite et conservatrice, inégalitaire, avec ses fantasmes d’ancienne puissance coloniale, vision du monde selon laquelle l’étranger, le jeune, l’ouvrier constituent potentiellement une classe dangereuse. Décidément, rien, aucun scrupule de moralité politique ne retient l’imagination débordante des stratèges de l’Élysée, au risque de réveiller les démons de la haine. Au nom des mêmes ressorts de pensée d’une France agressée de l’intérieur, on a connu l’affaire Dreyfus à la fin du XIXe siècle, et pire encore au XXe. Refuser d’entrer dans ce « débat » miné, faire prévaloir la lutte des classes sur l’impasse de la haine des « races ». Telle doit être la meilleure réplique au piège de M. Besson.

JP Pierot, dans l’Humanité

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