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En rendant ses Palmes académiques, l’ancien proviseur a pris la tête d’une révolte nationale

Publié le 26 février 2011

Michel Ascher a fait sa carrière de professeur puis de chef d’établissement dans l’académie de Lille, en passant par Roubaix, Tourcoing, Seclin... Il a été le premier à rendre ses Palmes académiques pour dire non à la réforme de l’Éducation nationale. Il a depuis été imité, dans toute la France, par une centaine de profs en activité ou retraités. Rencontre.

( voix du Nord 26/02/11)


Michel Ascher a fait sa carrière de professeur puis de chef d’établissement dans l’académie de Lille, en passant par Roubaix, Tourcoing, Seclin... Il a été le premier à rendre ses Palmes académiques pour dire non à la réforme de l’Éducation nationale. Il a depuis été imité, dans toute la France, par une centaine de profs en activité ou retraités. Rencontre.

> En renvoyant vos Palmes académiques, en décembre, vous avez initié un mouvement qui prend de l’ampleur. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

« En moins d’une semaine, « L’appel des 47 » est devenu l’appel d’une centaine. Au départ, les retraités de l’Éducation nationale étaient largement majoritaires. Depuis peu, des professeurs en activité rendent leurs palmes. Ils sont maintenant entre 15 et 20 %. »

> Les Palmes académiques sont une distinction honorifique. Pourquoi est-ce important de les rendre ?

« Elles sont une fierté. En les rendant, un professeur né dans une famille de réfugiés espagnols s’est souvenu, les larmes aux yeux, de ses parents le jour où il a été décoré. Le fait que des retraités en arrivent là contribue aussi à faire réfléchir le grand public. Il ne faut pas négliger sa capacité de réflexion. Le renvoi des Palmes académiques est un témoignage d’autant plus fort que ce geste est désintéressé, commandé par la situation. »

> Comment expliquez-vous l’écho du renvoi des Palmes académiques ?

« Si ce mouvement a pris tant d’ampleur c’est qu’il répond à quelque chose de très fort. Les Français sont attachés à leur service public et en particulier à l’Éducation nationale. Le gouvernement est loin d’être stupide, il en est conscient. Alors, il ne l’attaque pas directement. Il l’affaiblit, met tout en oeuvre pour que l’institution n’ait plus les moyens d’assurer sa mission. Et l’air de rien, il avance à la vitesse d’un rouleau compresseur. »

> En affaiblissant l’Éducation nationale, pensez-vous qu’il pousse les parents à scolariser leurs enfants dans le privé ?

« Dans le public, le nombre de postes d’encadrement a été réduit, alors que dans les médias, le gouvernement disait qu’il fallait tout faire pour éradiquer le phénomène de violences. Mais pour faire face à cela, la première chose indispensable est la présence d’adultes dans un établissement. Le grand public n’est pas sot. Il se rend compte que le service public ne fonctionne pas bien. Les parents veulent ce qu’il y a de mieux pour leurs enfants. Les structures privées ont compris que les familles attendent un encadrement et un accueil. Elles utilisent leurs fonds propres pour recruter des surveillants et des aides éducateurs. Elles garantissent ainsi l’accueil des élèves de 8 h à 18 h, quoi qu’il arrive entre ce créneau. »

Vous dénoncez également une logique comptable ?

« C’est exact. Elle est le péché originel de la stratégie gouvernementale actuelle. »

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D’un côté des suppressions de postes, de l’autre la mise en place de primes... « Depuis 2007, tous les événements vont dans le même sens éminemment négatif. Il y a eu la suppression de la carte scolaire, avec son atteinte à la mixité sociale et sa mise en concurrence des établissements. Cela revient à considérer l’Éducation nationale comme une entreprise. D’ailleurs, le ministre Luc Chatel justifie l’attribution de primes en parlant des entreprises. Puis, il y a eu les premières suppressions d’IUFM. Puis, la notion de rentabilité a été introduite dans les établissements professionnels, avec des regroupements de filières pour les enseignements généraux, alors que ces élèves ont besoin d’attention. Si les chefs d’établissement n’ont pas encore de prime, les recteurs en touchent déjà. »

> Pensez-vous qu’il sera possible de reconstruire l’Éducation nationale ?

« Ce sera sans doute très dur. Mais il n’y a pas que cela. Si alternative à cette majorité il y a, une législature ne suffira pas à rétablir tout ce qui a été détricoté. »

> La politique pourrait être une autre manière de vous faire entendre. Avez-vous été approché dans le cadre des élections cantonales pour être candidat ou remplaçant ?

« Je me suis présenté par le passé. Mais mon canton n’est pas renouvelable. En revanche, j’apporterai mon soutien à Sylviane Delacroix, la candidate du Front de gauche dans le canton Lille Nord-Est. » •

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