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Surrenchère sur les Roms

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Valls : ignoble et indéfendable

Publié le 18 octobre 2013

Après les déclarations ignobles du maire de Croix Régis Cauche, justifiant ceux qui commettraient « l’irréparable » à l’égard des population roms, le ministre de l’Intérieur continue dans la surenchère au sujet des Roms. Pour Manuel Valls, les Roms ne veulent pas s’intégrer et ils « ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie ». Ces déclarations xénophobes sont inacceptables. Un ministre de la République ne peut distiller ou pratiquer le racisme sous quelque forme que ce soit. Il ne peut pas rester en fonction. Il doit démissionner ou être démissionné.

Cette semaine encore, Leonarda, une collégienne Roms du Doubs a été expulsée pendant sa sortie scolaire. Arrêtée sur le parking du collège, elle a rejoint sa famille, pour un aller simple pour le Kosovo. Cette arrestation, est révoltante. Même la droite, qui pourtant ne prenait pas de gant avec les reconduites aux frontières des étrangers, n’avait jamais osé s’en prendre à des enfants pendant leur temps d’activité scolaire.

Ces familles, dans le plus cruel dénuement, doivent être aidées avant d’être montrées du doigt et désignées à la vindicte populaire.


Quelques éléments méritent d’être rappelés :

  • Les expulsions et les destructions des bidonvilles de ressortissants Roms se poursuivent sans solutions d’hébergement, précarisant les familles et la scolarisation des enfants
  • La circulaire interministérielle du 26 août 2012, prévoit un accompagnement de toute personne expulsée d’un campement illicite afin de concourir à son insertion sociale –que ce soit à travers la mise à l’abri, la scolarisation, la santé ou la formation à un emploi
  • La politique discriminatoire de l’Etat qui empêche les travailleurs Roms d’accéder à l’emploi dans des conditions normales, contribue à aggraver la situation de milliers de familles contraintes de survivre dans des conditions indignes de la République
  • Il est possible de traduire en actes la volonté de mettre en œuvre l’égalité des droits pour tous : droit au logement, mais aussi droit au travail, droit à l’éducation, droit à la dignité
  • Seule la puissance publique peut organiser les dispositifs d’habitat à vocation sociale (hébergement, logements adaptés et logement social) et d’accompagnement social en direction des personnes et des familles en grande difficulté (périmètre en particulier du dispositif d’Accueil,d’Hébergement et d’Insertion, AHI)
  • La création de « village d’insertion », donne des résultats tangibles, pour peu que l’effort soit réparti. Les communes « riches » de la métropole lilloise doivent y contribuer.

Propos inacceptables et indéfendables de Manuel Valls : le Président de la République et le Premier ministre doivent prendre leurs responsabilités

Valls est dans les pas de Guéant. Ce dernier avait cru intelligent d’enjoindre les étrangers installés légalement en France à adopter « notre mode de vie ».

Pour Valls, les Roms « ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation avec les populations locales » ! Les Roms ne veulent pas s’intégrer et doivent quitter la France !

Ces propos racistes et xénophobes sont graves. Un Ministre joue sur le terrain glissant de la confrontation identitaire et des préjugés ethniques. Nous sommes loin des valeurs républicaines.

Non, les Roms ne sont pas des citoyens européens ayant vocation à partir, non, les Roms ne sont pas tous Roumains et Bulgares, non les Roms ne sont pas tous nomades, non, les Roms roumains ou bulgares n’ont pas à être désignés distinctement et traités différemment de leurs concitoyens roumains et bulgares non-roms et non, les Roms ne se complaisent pas dans la délinquance et l’extrême dénuement !

Les Roms continuent à être chassées de leurs lieux de vie de façon répétitive sans être consultées, informées et relogées de façon adéquate, en infraction avec des engagements internationaux pris par la France et en contradiction avec les engagements de François Hollande.

Devant le tollé déclenché par les propos, réitérés et assumés, de Manuel Valls, le Président de la République et le Premier ministre doivent prendre leurs responsabilités.

Jean-Jacques CANDELIER Député PCF du Nord

La gauche ne peut pas permettre des arrestations d’enfants dans les écoles !

Léonarda, une jeune Kosovare de 15 ans scolarisée en France depuis près de cinq ans, a été arrêtée lors d’une sortie scolaire et expulsée avec sa famille vers le Kosovo. Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, des arrestations d’enfants à la sortie de l’école avaient suscitées de l’émoi dans les rangs de toute la gauche. Comment dès lors accepter sous un gouvernement de gauche la récidive de tels actes ?

Pour se justifier, Manuel Valls affirme qu’il applique « avec fermeté les décisions d’éloignement tout en veillant scrupuleusement au respect des droits des étrangers qui font l’objet d’une mesure d’éloignement ». Il annonce pourtant aujourd’hui l’ouverture d’une enquête administrative. A quoi servira cette enquête si cette arrestation est, comme il le prétend, totalement respectueuse des droits des étrangers ? Quels seraient de toute façon les effets de cette enquête alors même que Leonarda et sa famille sont déjà expulsées ?

Quels sont par ailleurs ces droits qu’il dit scrupuleusement respecter ? Ceux des enfants issus de minorité vers des pays qu’ils ne connaissent pas, et dont ils ne parlent pas la langue ? A l’évidence non.

Parce qu’un gouvernement de gauche doit être fidèle aux valeurs de gauche, l’idée même d’expulser des enfants devrait être bannie de sa politique sauf à considérer que ces enfants n’ont pas « vocation » à grandir dans notre pays, y suivre leur scolarité en toute sécurité et dans la dignité.

Avec mes collègues sénatrices et sénateurs du groupe Comuniste Républicain et Citoyen, nous demandons le retour immédiat de Léonarda et de sa famille ainsi que la fin des expulsions indignes de notre République. Ils demandent également au Président de la République et au Premier Ministre de faire respecter dans notre pays la Convention internationale des droits de l’enfant dont la France est signataire et qui fêtera son 24e anniversaire le 20 novembre prochain.

Michelle DEMESSINE sénatrice PCF du Nord

Manuel, souviens-t-en...

"Quand on est de gauche, on n’a pas la matraque en guise de cœur. C’est un Français d’origine manouche qui t’écrit et qui écrit au Français de fraîche date que tu es. C’est un fils de « brigadiste » qui se rappelle à toi. Souviens-t’en : « Celui qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir. » Par Jean-Claude Lefort, Député honoraire, Fils de Manouche.

Manuel, tu as déclaré hier soir, sur BFMTV, que la situation était très différente pour toi, relativement à celle des Roms, car ta famille espagnole était venue en France pour fuir le franquisme.

Tu as été naturalisé français en 1982. Franco est mort en 1975. Sept ans avant ta naturalisation. Quand tu es devenu français, il n’y avait donc plus de dictature en Espagne. Tu avais donc «  vocation  », selon tes mots, à retourner dans ton pays de naissance, en Espagne. Tu ne l’as pas fait et je comprends parfaitement, de même que je comprends totalement ton souhait de devenir français. Cela sans l’ombre d’un doute.

Tu avais « vocation » à retourner à Barcelone, en Espagne où tu es né, pour reprendre tes propos qui concernaient uniquement les Roms. Celui qui t’écrit, en ce moment, est un Français d’origine manouche par son père. Mon père, manouche et français, est allé en 1936 en
 Espagne pour combattre le franquisme, les armes à la main, dans les Brigades internationales. Pour la liberté de ton pays de naissance, et donc celle de ta famille. Il en est mort (1), Manuel. Des suites des blessures infligées par les franquistes sur le front de la Jarama, en 1937. Je ne te demande aucun remerciement, ni certainement pas la moindre compassion. Je la récuse par avance. Je suis honoré en vérité qu’il ait fait ce choix, quand bien même il a privé ma famille de sa présence alors que je n’avais que neuf ans et ma sœur, dix-huit. La guerre mondiale est venue. Et les camps nazis se sont aussi ouverts aux Tziganes. Tu le sais. Mais un nombre énorme de Manouches, de Gitans et d’Espagnols se sont engagés dans la Résistance sur le sol français. Ton père aurait pu en être. Il en avait l’âge puisque il est né en 1923. Georges Séguy et d’autres sont entrés en résistance à seize ans. Je ne lui reproche aucunement de ne pas l’avoir fait, bien évidemment. Mais je te demande le respect absolu pour celles et ceux qui se sont engagés dans la Résistance contre le franquisme, puis ensuite contre le nazisme et le fascisme. Contre ceux qui avaient fait Guernica. Et pourtant, à te suivre, ils avaient « vocation » à retourner ou à rester dans leur pays d’origine, ces « étrangers, et nos frères pourtant »…

Manuel, « on » a accueilli la Roumanie et la Bulgarie dans l’Union européenne alors que ces pays ne respectaient pas, et ne respectent toujours pas, un des fondamentaux pour
 devenir ou être membre de l’Union européenne : 
le respect des minorités nationales. Sensible à cette question pour des raisons évidentes, je m’en étais fortement inquiété à l’époque. En tant que député, je suis allé à Bruxelles, auprès de la Commission, pour prouver et dire que ces pays ne respectaient pas cette clause fondamentale. On m’a souri au nez, figure-toi.

Et aujourd’hui, dans ces pays, la situation des Roms s’est encore aggravée. Pas améliorée, je dis bien « aggravée ». Et ils ont « vocation » à rester dans leurs pays ou à y revenir ? C’est donc, pour toi, une espèce humaine particulière qui pourrait, elle, supporter les brimades, les discriminations et les humiliations de toutes sortes ? Ces pays d’origine ne sont pas des dictatures, c’est certain. Mais ce ne sont pas des démocraties pleines et entières pour autant. Alors toi, l’Espagnol devenu français, tu ne comprends pas ? Fuir son pays, tu ne comprends pas ? Toi, tu ne comprends pas que personne n’a « vocation » à rester ou revenir dans son pays ? Sauf si tu es adepte de conceptions très spéciales, à savoir que ce qui vaudrait pour un Roumain ne vaudrait pas pour un Espagnol. Tu sais pourtant que le mot « race » va disparaître de nos lois. À juste titre car il n’y a pas de races, juste une espèce humaine. Et les Roms en sont. La fermeté doit s’exercer là où se trouvent les responsabilités. Pas sur de pauvres individus qui n’en peuvent plus. Savoir accueillir et savoir faire respecter nos lois ne sont pas deux concepts antagoniques. Mais quand on est de gauche, on n’a pas la matraque en guise de cœur. C’est un Français d’origine manouche qui t’écrit et qui écrit au Français de fraîche date que tu es. C’est un fils de « brigadiste » qui se rappelle à toi. Souviens-t’en : « Celui qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir. »

Pour l’heure, Manuel, j’ai la nausée. Tes propos me font gerber, même pire. Nos pères auraient donc fait tout ça pour rien ou pour « ça » ?

Ils sont morts pour la France, Manuel. Pour que vive la France. Inclus « ces étrangers, et nos frères pourtant ».

Jean-Claude LEFORT député honoraire

(1) En 1953

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