L’expulsion manquée d’Ibou Touré, sans-papiers lillois, relance la mobilisation

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« Je me battrai jusqu’au bout pour ne pas prendre cet avion »

Publié le 31 octobre 2008

Ibou Touré, l’un des Chtis marcheurs sans-papiers de Lille, a vécu mercredi une tentative d’expulsion. Sur intervention du commandant de l’avion qui devait l’emmener de Roissy, le jeune Guinéen a été débarqué à temps.

(article de Liberté Hebdo du 24/10/2008)


Applaudissements mercredi soir, place de la République à Lille. Lors du rassemblement hebdomadaire, sans-papiers de Lille et leurs soutiens ont ainsi salué l’initiative du commandant de bord qui a exigé le débarquement d’Ibou Touré de l’appareil qui devait décoller à 15h55 de Roissy vers la Guinée, via le Maroc.

Ibou Touré, 31 ans, a été arrêté une énième fois le 6 octobre, rue des Postes à Lille. Il a été immédiatement placé et maintenu au Centre de Rétention de Lesquin. Le Tribunal de grande instance, puis le Tribunal administratif de Lille ont, contre toute attente, confirmé l’Arrêté préfectoral de reconduite à la frontière.

Ibou, originaire de Guinée Conakry est entré en France le 10 janvier 2004, fuyant son pays car menacé par le contexte politique. Il avait été emprisonné en Guinée et y avait subi des sévices qui ont laissé de larges cicatrices sur son corps. Ibou Touré a appris l’année dernière qu’il est sous le coup d’un mandat d’arrêt en Guinée. Une expulsion vers ce pays signifie donc aujourd’hui pour lui, un probable emprisonnement, de probables sévices, voire pire ! Ibou a effectué toutes les démarches administratives afin de régulariser sa situation administrative. Une première demande d’asile a été rejetée en avril 2004. Une demande d’asile politique était en cours. Le jeune homme a de la famille en France : son frère et sa femme ont la nationalité française. Depuis son arrivée, il suit des cours de français à la maison de quartier de Wazemmes à Lille, et auprès d’un centre de formation de la Cimade. Ces recherches d’emploi lui ont permis d’obtenir une promesse d’embauche dans une société de livraison à Sars-Poteries. Il est bénévole dans plusieurs associations. « Il était fragile au début », explique René qui soutient le jeune homme dans ces démarches, « mais l’action collective au sein du CSP59 fait qu’il s’est forgé un solide caractère ». « Très sociable, courageux, tenace, bon chanteur, bon danseur », tel est décrit Ibou, qui a effectivement su tisser de nombreux liens d’amitié dans le Nord et lors de la Marche des Chtis Sans-papiers vers Paris en mai dernier. Parmi ses amis qui n’ont pas manqué d’interpeller directement la Préfecture du Nord, le petit Théo, de Bapaume, 9 ans, pour que soit libéré et régularisé son « frère de cœur ». Ibou était également parmi les grévistes de la faim, qui à l’été 2007 avaient reçu engagement du Préfet Canepa de voir leur demande d’asile étudiée « avec bienveillance »…

Parmi de nombreuses personnalités du monde politique et associatif, le député Jean-Jacques Candelier (PCF), la sénatrice (PCF) Michelle Demessine et Hélène Flautre (Verts), Présidente de la Sous-commission des droits de l’ Homme du Parlement européen ont intercédé en sa faveur, auprès du Préfet.

Ibou, qui relate avoir été molesté, est de nouveau retenu à Lesquin

Joint au téléphone deux heures à peine avant son embarquement, Ibou nous confirmait : « Je me battrai jusqu’au bout pour ne pas prendre cet avion ». Des soutiens du CSP59 ont immédiatement rejoins l’aéroport parisien pour l’épauler. Sur place, des militants de la CGT et du PCF ont été informés de cette tentative d’expulsion, qui s’est finalement soldée par un échec, le commandant de bord ayant refusé de décoller. « Ils m’ont frappé, tabassé, le pilote a crié « arrêtez, vous allez le tuer », ils m’ont sorti de l’avion », a relaté le jeune homme aux responsables du CSP59 qui ont pu le joindre au téléphone. Ibou a dans un premier temps été conduit au Centre de rétention de Mesnil-Amelot (Seine et Marne). Et puis vers 22h, nous apprenions qu’il était de retour au Centre de rétention administrative de Lesquin. Le jeune homme affirmant qu’il avait en vain demandé à être ausculté par un médecin. En France, la durée maximum de rétention est de 32 jours. Quelle attitude va adopter le Préfet Canepa, dont le CSP59 ne manque pas de dénoncer « l’acharnement » à la veille de son départ de la Région ? Lui qui n’a pas daigné répondre aux dizaines de courriers d’élus et de citoyens qui l’ont sollicité en faveur de la remise en liberté d’Ibou et de sa régularisation. On sait, que D.Canepa, très proche de Nicolas Sarkozy, quittera (volontairement pour sa part) le Nord-Pas de Calais pour exercer la fonction de Préfet d’Ile de France à compter du 1er novembre. Il semble que personne ne se mobilise pour qu’il reste. A l’heure où nous rédigeons ces lignes, pour Ibou, la mobilisation continue.

Laurence Mauriaucourt

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2 Commentaires :

Le 20 novembre 2013 par cathy decroos
« Je me battrai jusqu’au bout pour ne pas prendre cet avion »

je me battrai jusqu’au bout contre les injustices, toutes les injustices !

Le 20 novembre 2013 par cathy decroos
« Je me battrai jusqu’au bout pour ne pas prendre cet avion »

ce qui est une HONTE est que les expulsions ont l’air d’avoir lieu comme à la chaine ! jusqu’au BOUT ! même si je reste seule je me battrai contre les injustices ! TOUTES les injustices !

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