S’inscrire à l’infolettre :

A Lille comme aux Antilles, nous voulons vivre debout

Publié le 16 février 2009

Depuis près d’un mois, un mouvement populaire de grande envergure se déploie en Guadeloupe et en Martinique. Cette colère bénéficie d’un soutien massif de la population. Elle s’élève légitimement face au mépris du gouvernement, contre des inégalités particulièrement insupportables et pour un relèvement significatif des salaires.


Derrière l’image carte postale de ces îles, la réalité sociale est bien différente : taux de chômage dépassant les 20%, revenus moyens d’un tiers de ceux de la métropole, inflation deux fois supérieure et des prix souvent doubles, notamment pour les produits alimentaires.

Lyannaj Kont Pwofitation

Pour une majorité de guadeloupéens et de martiniquais, la vie est dure alors même que 1 % de la population y contrôle 90% de l’industrie agro-alimentaire, la moitié des terres et 40% de la grande distribution. Une inégalité sociale poussée à un point d’incandescence et qui aiguise toute les colères dans des Antilles qui n’oublient pas leur passé colonial et l’esclavage.

Silence de Sarkozy

Il aura fallut attendre 15 jours de grèves en Guadeloupe pour que le Ministre daigne se déplacer pour annoncer que le gouvernement laissait au Medef le soin de trancher... Alors même que des centaines de milliards d’euros ont été trouvé pour sauver les banques, le gouvernement n’assume pas ses responsabilités politiques. En 1h30 de show télévisé, Nicolas Sarkozy n’aura pas eu un mot sur le sujet. Une attitude irresponsable qui ne peut que conduire à une radicalisation du mouvement, à l’extension de la crise, en Guyane, à la Réunion et au-delà et conforter le recours à la grève générale comme seule solution pour être enfin entendu.

Augmenter les salaires, c’est juste et efficace

Aux Antilles comme en France, la solution à cette crise économique passe notamment par un relèvement significatif des salaires et rompre avec les dogmes libéraux.

Quelques vérités sur la Guadeloupe : Réduire la crise à une exigence d’augmentation de « 200 euros pour les bas salaires » est bien commode, quand tant d’autres questions surgissent. A lire, le regard sans concession sur la mobilisation dans les Antilles de l’écrivaine Gerty Dambury.

L’Humanité de lundi 9 février revient sur une mobilisation sans signe d’essoufflement, et toujours traitée avec mépris à l’Elysée :

Unité, solidarité, attache forte : en un seul mot, Lyannaj

Par Gerty Damburi, écrivaine [1].

Mardi 3 février 2009. La foule est dispersée autour du bâtiment des Mutuelles de la Guadeloupe occupé depuis plusieurs mois à la suite d’une escroquerie phénoménale : un liquidateur s’est emparé de tous les actifs des petites mutuelles de la Guadeloupe et a pris la fuite. Le bâtiment est tout ce qui a pu être sauvé. Il est devenu le « bik », lieu de rassemblement du LKP. Le symbole est fort en ces temps où la Guadeloupe entière, en direct sur Canal 10, une télévision locale, a assisté, médusée, durant quatre jours aux échanges entre le patronat, le préfet, les élus et les 49 membres du comité Lyannaj kont pwofitasyon (collectif contre les profits outranciers). Au cours de ce qui a été vécu comme un feuilleton, les Guadeloupéens ont découvert les dysfonctionnements dans leur île et les impuissances, voire les complicités de certains responsables - en particulier des services de l’État. Un débat avait débuté. Il a été interrompu par l’intervention d’Yves Jégo qui a chargé le préfet de lire un communiqué aux propos dilatoires puis de se retirer de cet échange en cours. Première faute du ministre aux yeux de la population… Il en fera d’autres et le gouvernement avec lui.

Surtaxés, volés, trompés, exclus des entreprises - car à diplôme égal, à compétences égales, on leur préfère toujours un candidat venu de France, un cabinet parisien, voire une quarantaine de Suédois embauchés pour faire le jardinage ou les chambres d’un hôtel appartenant à une collectivité locale parce que, pour faire le ménage, on exigeait que le candidat maîtrise couramment l’anglais « lu, écrit et parlé » mais pas le français, apparemment… -, les Guadeloupéens ont eu la pénible impression d’être des moutons à qui on mangeait la laine sur le dos tout en leur reprochant de vivre aux crochets de l’État français.

La foule est dispersée dans la rue Hincelin. Le soir tombe brutalement.

On se croise, on se reconnaît, on s’embrasse, on rit, on se taquine, on ME taquine, moi l’enfant qui râle contre les défaillances de la Guadeloupe mais « dont les yeux coulent si on presse le nez de son pays », dixit un ami.

Le meneur du jeu, au micro, appelle les uns et les autres à se rapprocher, « sé moun-la vansé ». On se resserre et bientôt la rue est totalement envahie, les abords de l’église du Sacré-Cœur sont pleins d’une foule qui écoute, participe, joue aux questions-réponses avec celui qui mène le jeu « gentiment ». C’est le terme utilisé pour rappeler qu’il s’agit d’un mouvement non-violent. On évoque Gandhi, Martin Luther King, Marcus Garvey…

Les orateurs se succèdent. Ils représentent des catégories sociales différentes : producteurs agricoles, artistes, avocats, enseignants, consultants, pasteur baptiste…

La plate-forme de revendications du LKP a été réduite par les médias à une exigence d’augmentation de « 200 euros pour les bas salaires ». Combien de points n’ont jamais été évoqués : la question des expulsions des logements sociaux, celle d’une jeunesse qui connaît un chômage pléthorique et que la drogue et la violence éloignent du reste de la population, celle des violences faites aux femmes, celle de l’éducation - quand on sait que 19 classes du primaire sont sans enseignants depuis le début de l’année -, celle des handicapés dont l’appareillage coûte 50 % plus cher qu’en France hexagonale, celle des retraités - comment vivre avec 410 euros par mois dans une région où le surcoût atteint jusqu’à 4 fois le prix des produits vendus dans l’Hexagone ? -, celle du prix de l’eau qui varie de façon considérable d’une commune à l’autre, celle du surcoût du téléphone (si nous payons à Paris notre abonnement ADSL 30 euros/mois, il faut compter là-bas 79 euros par mois sans le téléphone illimité), et la liste est en effet longue : 146 points de revendication.

Mais plus encore, plus important, et il faut le dire « fondamental », il est surtout question, pour le LKP, de redonner à notre société humaine une nouvelle dimension. Cette société de consommation à outrance dont les méfaits ont commencé à se faire sentir il y a plus de dix ans, il faut lui tordre le cou. C’est le leitmotiv des membres du collectif. C’est une bataille qui ne concerne pas que la Guadeloupe. Le combat est engagé en ce sens. Il sera difficile, long, mais la parole est libérée et c’est, de mon point de vue, un pas important qui a été franchi avec ce mouvement. Le LKP appelle les Guadeloupéens à analyser leur rapport à la consommation, à s’interroger sur le sens qu’ils veulent donner à leur vie, sur les relations qu’ils entretiennent avec ceux qui les entourent : c’est le sens du mot « lyannaj ». « Unité, solidarité, attache forte ».

À l’initiative du LKP, les petits producteurs et les pêcheurs ont entamé un autre type de rapport marchand avec la population. Ventes directes, baisse des prix, organisation de marchés populaires, personne ne meurt de faim, loin de là. Les enseignants s’organisent pour faire travailler les élèves à distance, certaines associations font travailler les écoliers, les étudiants des classes préparatoires n’ont jamais été empêchés d’assister à leurs cours.

Les Guadeloupéens disent leur fierté retrouvée, même si la peur de la répression ou des effets de la grève sur les entreprises font dire à certains qu’il faut rechercher un compromis. Mais tous s’accordent à dire qu’il fallait faire quelque chose, ne pas en rester à cette société en souffrance.

Quoi ? N’est-il pas temps de mettre fin à ce va-et-vient de fonctionnaires qui se déplacent de la Réunion à la Guadeloupe, de Mayotte à la Martinique, de la Nouvelle-Calédonie à la Guyane en véritables chasseurs de « prime de vie chère », alors que leurs résultats sont loin d’être satisfaisants ? Ils vivent confinés dans des résidences qu’ils se réservent et dont les grilles sont bien fermées, à la manière du Brésil ou de l’ex-Afrique du Sud.

Faudra-t-il toujours opposer aux Guadeloupéens et aux Martiniquais un pseudo-racisme lorsqu’ils dénoncent de tels comportements et que, dans la mobilisation, tous ceux qui veulent concourir à l’avancée de ce pays sont mêlés quelle que soit leur origine ?

Il n’est pas question de « chasse au Blanc » ainsi qu’on a voulu le faire croire. Au contraire, le pays est calme, le « yonn a lot » est remis à l’honneur, les manifestations sont organisées, tranquilles mais déterminées. C’est la détermination d’une population sûre de son bon droit.

Commenter cet article

Recevoir l'infolettre :

PCF de Lille

74 rue d'Artois
59000 Lille
Tél : 03.20.60.32.02