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Retour sur la représsion des mineurs grévistes en 1947

Publié le 3 novembre 2009

Les mineurs grévistes de 1948-52 continuent de payer leur combat pour la légalité, contre le terrorisme d’État de l’époque. Il serait temps que cesse cette injustice.

Ci dessous un texte de Norbert Gilmez, ancien mineur licencié pour fait de grève.


Oui, hélas, c’était bien en France... Les mineurs étaient en grève depuis le 4 octobre 1948. C’était une grève des plus revendicatives, une grève légale décidée massivement et démocratiquement par un référendum. Qu’on en juge : sur un effectif de 259.204 mineurs, 243.702 exprimés soit 94,01% des inscrits. Pour la grève : 218.616 contre 25.086. Donc pour la grève, 89,70% des exprimés.

Avec les revendications sur les salaires, la sécurité, l’application de la loi sur les nationalisations, l’augmentation des retraites il y avait en premier lieu posée par le référendum lʼabrogation de la circulaire Lacoste du 13 septembre 1947, et des décrets du 18 septembre 1948 du même ministre Lacoste. Ces circulaires et décrets étaient totalement illégaux, en violation du statut du mineur, voté à l’unanimité par l’Assemblée nationale en juin 1946. La grève était un droit légal selon le statut du mineur et garantie par la Constitution. Nul ne pouvait s’y opposer. C’est pourtant ce que fit Jules Moch, ministre de l’Intérieur. Alors que se déroulaient les discussions avec le ministre Lacoste (elles se sont poursuivies jusque dans la soirée du 5 octobre), Jules Moch, dans la nuit du 3 au 4 octobre, envoyait les CRS occuper les bassins de Gardanne et de Lorraine. Jules Moch avait choisi la force, la violence préméditée, organisée. Et très vite, au 4e jour de la grève, le 7 octobre 1948 à Merlebach on déplorait la mort de Jansek. Tué par une balle perdue ? Non, tué par une balle tirée à distance. Sans sommation ? Non. Tué par une balle tirée après sommation ? Non, non, non ! Mais sauvagement massacré à coups de crosses par des C.R.S. déchaînés. Mais pourquoi une telle sauvagerie ? On n’allait pas tarder à le savoir, à Creutzwald c’est un sous-lieutenant des CRS, de Clermont qui déclare qu’on les avait envoyés en Lorraine en leur disant que la population était hitlérienne. Il n’y a pas de mots pour qualifier à sa juste valeur ce mensonge ignoble, écœurant, meurtrier. Il faut se replacer dans le contexte de l’époque. On était en 1948, un peu plus de trois ans après la fin de cette terrible guerre. Elles étaient encore ouvertes dans les familles, les plaies causées par l’occupant hitlérien. Il était encore vivace le souvenir des atrocités subies, vivace le souvenir des souffrances des emprisonnés, des torturés, massacrés, fusillés, guillotinés, vivace le calvaire des déportés et toujours sous nos yeux les survivants des camps de la mort.

Je me demande parfois ce que j’aurais fait à l’époque si j’avais été parmi ces CRS. Aurais-je été entraîné par cette hystérie collective vengeresse en pensant à mon oncle Maurice battu à mort, à mon neveu Joseph fusillé à 22 ans ? Aurais-je frappé, avec, en tête, ces strophes du chant des partisans. « Demain, l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes ». Je ne sais pas quelle aurait été ma conduite. Ce que je sais, si j’avais participé à cela, c’est que lorsque j’aurais appris la vérité dévoilée à Creutzwald, j’aurais démissionné comme l’a d’ailleurs fait l’ex-commandant F.T.P.F. Rippert. Démissionner, facile à dire ? Non, je l’avais déjà fait en 1941, démissionnant de l’enseignement pour protester contre une injustice qu’on ne voulait pas réparer.

Dans un récent courrier à Madame Lagarde, ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, j’ai rappelé que j’avais pris conscience de la véritable nature des interventions policières, brutales, meurtrières lorsque j’ai appris que le 15 décembre 2005 une personnalité du monde juridique, le procureur général de la Cour d’assises de Douai, au procès de Lionel Dumont, avait déclaré s’adressant à l’accusé : « Monsieur, vouloir imposer ses idées par la force cela s’appelle du terrorisme ».

Le mineur Jansek, massacré à coups de crosses !

C’est par la force que Jules Moch voulait briser la grève, par la peur, semant la terreur avec des brutalités amenant la mort atroce de Jansek. Par la force, par la mort pour imposer ces circulaires et décrets illégaux de Lacoste. Le conseil des prud’hommes de Carvin, le 3 juin 1948, avait déclaré illégale la circulaire Lacoste du 13 septembre 1947 supprimant le salaire garanti. Et Lacoste avait été condamné à rembourser les mineurs du puits 10 de Leforest qui s’étaient mis en grève. Et c’est pour faire appliquer par la force cette circulaire illégale condamnée par un tribunal de la République qu’on avait tué Jansek !

Oui, c’était bien du terrorisme et l’utilisation de l’appareil d’État, fait que c’est bien un terrorisme d’État. Les mineurs ont résisté à ce terrorisme comme on se doit de résister à tous les terrorismes. Ils l’ont payé bien cher. Et pourtant, la loi d’amnistie avec toutes ses possibilités y compris la réparation sur la base de la reconstitution de carrière ne leur est pas appliquée. Elle l’a été dans toutes les branches nationalisées, y compris au personnel civil du ministère de la Défense.

Les survivants licenciés restent exclus de la loi d’amnistie. L’article 13 de cette loi indique qu’en sont exclus « les faits constituant des anquements à la probité, aux bonnes mœurs ou à l’honneur ». C’était le cas des généraux factieux ayant porté les armes contre la France en Algérie. Un an après le 23 novembre 1982, ces putschistes étaient réhabilités avec réintégration dans les cadres au titre de la deuxième section, une reconstitution de carrière. Et les mineurs licenciés des grèves de 1948-52, les rares survivants, attendent toujours le décret d’application de la loi d’amnistie. Ils continuent de payer leur combat pour la légalité, leur résistance au terrorisme d’état de l’époque. Il serait temps que cesse cette injustice.

Norbert GILMEZ ancien mineur licencié pour fait de grève

NB. Les anciens mineurs des Houillères du Nord-Pas-de-Calais, qui demandaient réparation pour leurs licenciements à la suite de grèves durement réprimées en 1948 et 1952, ont été déboutés vendredi 18 septembre par les prud’hommes de Nanterre, leur action étant jugée « prescrite ». Une nouvelle audience a été fixée au 10 février 2010 sur un point de procédure. A l’époque, au-delà des interventions de l’armée et des CRS, autorisés à tirer sur les grévistes, quelque 3.000 licenciements avaient été prononcés.

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