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Portraits de résistants

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Joseph Epstein « Bon pour la légende »

Publié le 20 août 2010

La section de Lille du PCF publiera sur son site une sélection des portraits quotidiens de résistants que l’Humanité propose tout au long de l’été.

Portrait paru dans l’Humanité du 17 août, par Pascal Convert

Né en 1911, 
Joseph Epstein fuit la Pologne du dictateur Pilsudski à vingt ans. Sa participation aux Brigades internationales, 
en Espagne, le rend prêt à la lutte armée sous l’occupation nazie. Organisateur audacieux, il dirigera les FTP d’île-de-France jusqu’en 1943 
où il tombe, 
en même temps 
que Manouchian.

« L’homme qui, de loin, est le plus grand de nos officiers de toute la France, le plus grand tacticien de la guerre populaire, est inconnu du grand public. De tous les chefs militaires, il fut le plus audacieux, le plus capable, celui qui donna à la résistance française son originalité par rapport aux autres pays d’Europe. »


Depuis le 23 février 2008 et l’hommage solennel rendu par le chef de l’État à deux figures de la Résistance fusillées au mont Valérien : Honoré d’Estienne d’Orves et Joseph Epstein, le nom du responsable des Francs-tireurs et partisans d’Île-de-France au printemps 1943 est sorti de la nuit :

« Epstein et d’Orves n’avaient pas grand-chose en commun, à l’exception de l’essentiel : l’amour de la liberté jusqu’au sacrifice de sa vie. Epstein était juif, polonais, communiste. Il fut l’un des chefs militaires de la Résistance les plus efficaces et les plus talentueux. Il voulait l’unité de la résistance intérieure par-delà les clivages partisans. Son courage sous la torture n’eut d’égal que la sobriété de ce message, quelques semaines avant sa mort : “J’ai passé de mauvais moments, j’en passerai encore d’autres (…). Je m’attends au pire mais saurai mourir le front haut.” »

Epstein et d’Orves avaient en commun la conviction que même si un homme peut être détruit, il ne peut être vaincu. Parmi les premiers à avoir rejoint les combattants républicains espagnols à Irun durant l’été 1936, blessé par un éclat d’obus, rapatrié en France où il participa à l’organisation de l’aide militaire à l’Espagne via la compagnie France-Navigation, de retour au front lors de la bataille de l’Èbre, interné au camp de Gurs, engagé volontaire dans la Légion étrangère en 1939 pour se battre contre l’Allemagne nazie, prisonnier de guerre dans un stalag à Leipzig, évadé en décembre 1940, Joseph Epstein n’était pas de ceux qui renoncent.

Dès son retour en France, alors qu’il apprend la naissance de son fils Georges, il prend la tête des groupes de sabotage et de destruction. Dynamitage de trains, de voies ferrées, destruction de pylônes électriques, de ponts, sabotage dans les usines, ces techniques de guérilla sont celles qu’il avait apprises en Espagne. Début 1943, malgré leur difficulté à trouver des armes, les FTP n’en réussissent pas moins à mener dans la région parisienne une guérilla urbaine qui fait écho à la victoire soviétique à Stalingrad (2 février). Et cela leur vaut une aura auprès de la population, généralement peu prisée par les chefs des autres mouvements de résistance qui craignaient que les communistes ne fassent cavalier seul.

L’arrivée de Joseph Epstein à la tête des FTPF d’Île-de-France sous la responsabilité d’Albert Ouzoulias a eu une double conséquence.

Tout d’abord, il a modifié la stratégie militaire des FTP en proposant d’engager neuf, douze ou quinze combattants dans une opération là où précédemment ils n’étaient que trois. Ce changement a permis des opérations spectaculaires d’attaque de militaires allemands dans Paris mais aussi des opérations de destructions industrielles décisives pour les Alliés : le 10 novembre, par exemple, dans l’usine de l’Air liquide à Boulogne-sur-Seine, ce sont vingt-cinq combattants armés qui, après avoir dispersé le personnel présent, ont disposé dix engins explosifs sur différentes machines de l’atelier. Cette usine produisait l’oxygène nécessaire à la mise au point des missiles balistiques V1 et V2 produits par l’Allemagne nazie en vue d’une attaque sur l’Angleterre. Par ailleurs, conscient que les risques étaient grands d’une guerre civile et que seule l’unité de la Résistance permettrait la victoire, il a favorisé l’intégration de toutes les sensibilités politiques dans les FTP et a soutenu l’action d’unification de l’armée secrète voulue par le général de Gaulle et Jean Moulin en vue de l’insurrection nationale au moment du débarquement, sans renoncer à l’action immédiate.

Il est arrêté le 16 novembre 1943, lors d’un rendez-vous avec Missak Manouchian, responsable de la MOI sous ses ordres, mais ni le nom, ni le visage d’Epstein ne figurent sur l’Affiche rouge qui fera la gloire paradoxale du groupe Manouchian.

C’était pourtant un « étranger », juif polonais, qui dirigeait les FTP de Paris et d’Île-de-France. Il incarnait parfaitement cette « juiverie internationaliste communiste » haïe par l’occupant et le gouvernement de Vichy. Mais, doté « d’un physique de bon aryen », blond, les yeux bleus, parlant la langue française sans aucun accent, Joseph Epstein a dissimulé jusqu’au bout son identité sous le nom de Joseph Estain, communiste français né au Bouscat en Gironde. Joseph Epstein, n’étant considéré ni comme étranger, ni comme juif, ne servait pas la propagande nazie et n’a donc pas été fusillé le 21 février 1944 avec le groupe Manouchian mais le 11 avril 1944 avec seize compagnons de combat, tous français. L’art de la clandestinité de Joseph Epstein lui aura évité la gloire des « vingt-trois » sans pour autant lui éviter la torture. Consciente de détenir le responsable régional FTPF, la brigade spéciale de Vichy appliquera un traitement particulièrement effroyable à Joseph Epstein. Littéralement écorché et « massacré », il ne donnera même pas sa réelle identité. S’il a été détruit mais pas vaincu par les nazis, l’oubli dont il fut l’objet après-guerre n’a finalement pas pu, lui non plus, effacer son combat.

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