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Interview de Hugo VANDAMME sur les contrats d’avenir

Publié le 30 novembre 2012

Hugo Vandamme, présent le 19 novembre dernier lors du lancement des premiers contrats d’avenir à Lille, réagit dans une interview d’Amaury Lebreton de Liberté Hebdo à ces « emplois sans lien avec les besoins directs. »

L’élu à la Ville de Lille est chargé de l’emploi et de l’insertion. Il est également administrateur de la Maison de l’emploi de Lille et chargé de mission à celle de Tourcoing-Lys.


Quel regard portez-vous sur l’emploi dans la métropole lilloise et la région ?

« Le problème majeur sur la métropole lilloise, c’est qu’au nom de l’excellence, on crée des sociétés hautement qualifiées mais sans liens réels avec la population et ses besoins directs, comme à Eurasanté ou Euratechnologie. La Région investit dans les secteurs de pointe, comme la chimie, la santé, les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Tous nos grands chantiers portent sur des emplois très qualifiés, alors que la population de la région compte beaucoup de personnes peu qualifiées. Par exemple, 70% des jeunes inscrits dans les missions locales de la métropole ont au plus le niveau CAP, quand la majorité des emplois demandent au moins le Bac. Du coup, le secteur des services emploie peu de “locaux”, tandis que des ménages de région parisienne, plus aisés, viennent s’installer et justifient a posteriori l’éviction des jeunes moins bien formés de la région. Et malgré les emplois indirects générés, le compte n’y est pas. Le chômage peut s’expliquer aussi par la carence industrielle de la région, les projets portant principalement sur les services. »

L’offre de formation est-elle satisfaisante pour accéder à l’emploi ?

« Tout d’abord, concernant la formation en lycée professionnel, il faut dénoncer l’échec du Bac pro en trois ans, qui entraîne une baisse de qualification par rapport à ce qui se faisait en quatre ans. Il était déjà rare qu’un titulaire de Bac pro s’oriente ensuite vers un BTS, mais là, ça devient carrément impossible. Ensuite, des choix posent question, comme le fait que la Région finance la mise en place de nouveaux centres de formation des apprentis consulaires, c’est-à-dire en cogestion avec le patronat. En clair, on adapte la formation aux besoins de l’entreprise, plutôt que soit pris en compte l’épanouissement des élèves. Le Conseil Régional soutient un modèle porté par le monde entrepreneurial, pas par le service public. Il faut revoir les conditions de l’apprentissage. Aujourd’hui, 25% des apprentis arrêtent avant le terme de leur formation. Il faudrait chercher les causes de ce phénomène dans le manque de débouchés plutôt que dans le manque de motivation ».

Quelle est la différence entre l’action des Maisons de l’emploi et celle de Pôle Emploi ?

« Pôle Emploi est une agence nationale, dont les antennes locales recensent les offres d’emploi et les demandeurs d’emploi sur un territoire donné. Les acteurs de l’emploi, que sont les Missions locales, les Maisons de l’emploi et les collectivités territoriales, ne se limitent pas à ça. Un jeune en recherche d’emploi n’est pas simplement en recherche d’un emploi. Il porte toute sa vie et d’éventuels problèmes sociaux : précarité, accès aux services publics, entourage difficile, etc. On accompagne donc tout ce qui fait la vie d’un jeune, avec une vraie prise en charge sociale, même si les dotations pour le volet social de notre mission baissent. Mais surtout, du fait que les présidents des Maisons de l’emploi sont des élus locaux, nous sommes au centre d’un réseau d’acteurs de l’emploi, y compris Pôle Emploi. Ce qui nous permet de coller au plus près des dynamiques locales. Par exemple, lorsque l’usine de vélos Between a ouvert ses portes à Lille, seuls 7% des embauchés venaient effectivement de la ville, Décathlon étant passé par Pôle Emploi pour ces recrutements. A l’inverse, lorsqu’Auchan s’est implanté à Tourcoing, les recrutements, gérés par la ville via la Maison de l’emploi Lys-Tourcoing, ont conduit à ce que 60% des embauches concernent des Tourquennois. »

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