Présidentielles

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Au delà des petites phrases, que disent les programmes ?

Publié le 23 janvier 2012

À l’heure où la confusion est entretenue sur les projets des candidats et leur contenu occulté, nous livrons ici un dossier paru dans l’Humanité du 12 janvier dernier comparant les mesures phares des principaux candidats à l’élection présidentielle sur huit thèmes au cœur de l’actualité (on ne cachera pas ici un parti pris pour Jean-Luc Mélenchon qui n’échappera à personne)

« Une campagne marquée par le flou des programmes », titrait récemment un quotidien du soir, qui se demandait «  où sont les projets, les propositions, les listes de mesures à prendre d’urgence  ». Eh bien, les voici. L’Humanité les a compilés en allant chercher dans le tréfonds des programmes des candidats ou de leurs partis, dans leurs déclarations publiques.


Aujourd’hui, la confrontation démocratique se trouve occultée, reléguée à l’arrière-plan de la scène médiatique par le jeu des petites phrases et des mesures spectaculaires distillées au compte-gouttes, brouillant la cohérence des programmes. Un jour la TVA sociale, un autre, la suppression du quotient familial… Nous avons pris un autre parti : celui de faire, comme en 2005 avec le traité constitutionnel européen ou avec le projet de traité Sarkozy-Merkel, la lumière sur le contenu réel de ces projets. Pour redonner du sens à la campagne, à cent jours du premier tour de l’élection présidentielle.

Emploi

Jean-Luc Mélenchon, Front de gauche

L’objectif du Front de gauche est d’éradiquer le chômage et la précarité. En plus d’un statut social et d’un système d’allocations pour tous les jeunes permettant leur autonomie et d’une Sécurité sociale professionnelle, il propose de réaffirmer le CDI comme la norme du contrat de travail, d’interdire les licenciements boursiers et de garantir de nouveaux droits aux salariés dans la gestion de leur entreprise. À propos de l’industrie, Jean-Luc Mélenchon, devant les salariés de Petroplus, a prôné la création de «  visas sociaux et environnementaux sur toutes les marchandises qui entrent en Europe  », pour empêcher le dumping social et les délocalisations.

Eva Joly, Europe Écologie-les Verts

«  La réindustrialisation de nos territoires, dit le programme d’Europe Écologie-les Verts, est une nécessité pour lutter à la fois contre le changement climatique, la mise en concurrence internationale de salariés et le dumping social et environnemental. Inverser la tendance, c’est relocaliser et créer des emplois nouveaux et de qualité en s’appuyant davantage sur une spécialisation au niveau territorial, sur le réseau d’entreprises intermédiaires, sur les circuits courts. Les secteurs stratégiques de la reconversion sont l’énergie, le bâtiment, la chimie verte et le recyclage. La création d’au moins 600 000 emplois par la transformation écologique de l’économie. »

François Hollande, Parti socialiste

Outre le «  contrat de génération  », à base d’exonérations de charges, François Hollande entend «  faire de la réindustrialisation de (notre) pays un des chantiers  » de son quinquennat. «  C’est le sens, dit-il, de mon projet d’une banque publique d’investissement pour appuyer les projets innovants. J’agirai en faveur du soutien au développement des PME, qui représentent ce précieux gisement d’emplois, à travers un livret d’épargne qui leur sera consacré.  » Dans le public, 60 000 postes enseignants seraient créés, mais sans revenir sur les 100 000 postes supprimés depuis 2002. Le solde reste négatif.

Marine Le Pen, Front national

La candidate envisage la mise en place d’une «  planification stratégique de la réindustralisation  », rattachée au premier ministre, associant universités et grandes écoles, industriels et représentants de l’État. Elle a également évoqué une contribution de «  15 % de leur résultat net  » des «  50 grandes entreprises à capitalisation boursière  », dans un fonds de réindustrialisation : 60 milliards d’euros… qui leur seront rendus au bout de cinq ans. En matière d’emploi, elle propose le doublement du poste «  développement des entreprises et de l’emploi  », soit 3 milliards en cinq ans, et le passage de 500 000 à 700 000 apprentis.

François Bayrou, Modem

Pour développer la production en France, François Bayrou ressasse qu’il faut de la «  volonté  » et un «  label produit en France  ». Il affirme être pour le soutien de «  la politique de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux  ». Le président du Modem appelle à «  un assouplissement du droit du travail  », qui est, selon lui, «  absolument nécessaire  ». Au sujet des trente-cinq heures, il parle «  d’une erreur très grave  ». Il propose ainsi d’engager «  branche par branche, entreprise par entreprise, des négociations  » pour revenir sur cette mesure phase du gouvernement Jospin et mettre fin au principe même de la durée légale.

Nicolas Sarkozy, UMP

Le parti présidentiel est muet sur la question. En revanche, il pointe spécialement les demandeurs d’emploi. La principale injustice en la matière, de son point de vue, est le fait que les plus modestes puissent toucher à deux autant qu’un travailleur au Smic. La solution au chômage est, en conséquence, «  la baisse de l’assistanat  ». À propos de réindustrialisation, il est proposé de «  repenser en profondeur la fiscalité de l’épargne pour la concentrer sur les placements longs en actions qui permettront d’apporter à l’industrie les fonds propres dont elle a besoin  ». «  Produire en France ?  » Petroplus illustre l’ambition.

Salaires

Jean-Luc Mélenchon, Front de gauche

Le Front de gauche défend l’augmentation immédiate du Smic à 
1 700 euros brut par mois pour 35 heures par semaine et s’engage à le relever à 1 700 euros net pendant la législature. À l’autre bout de la chaîne, un salaire maximum serait instauré. Il s’agirait de limiter l’écart maximum entre salaires à un rapport de 1 à 20 et de limiter les revenus à 20 fois le revenu médian (soit 360 000 euros par an) par la fiscalité.

Eva Joly, Europe Écologie-les Verts

Mise en place d’un revenu maximum acceptable (RMA) et d’un seuil pour les hauts revenus fixé à trente fois le Smic. Revalorisation des minima sociaux de 50 % et instauration d’un revenu universel inconditionnel, individuel, garantissant à chaque citoyen un revenu décent à hauteur de 80% du Smic. Une négociation salariale entre les syndicats, patronat et État sera mise en place.

François Hollande, Parti socialiste

Depuis la campagne de la primaire, François Hollande assure que, s’il était élu, il grèverait le salaire présidentiel de 30%. Si le projet socialiste, renvoyé aux calendes grecques afin d’adapter le programme à la situation de crise, suspendait toute augmentation à « une conférence annuelle tripartite », le candidat ne se prononce pas clairement quant aux salaires et aux minima sociaux.

François Bayrou, Modem

Refus d’augmenter le Smic, encouragement fiscal aux heures supplémentaires (compensées par des baisses de cotisations patronales comme il se doit), François Bayrou se distingue peu de l’UMP dans son programme. Rien sur le temps partiel contraint, par exemple. Un motif de réjouissance, toutefois : « Nous ne baisserons pas les salaires. Parce que ce ne sont pas les salaires qui expliquent notre retard face à nos concurrents allemands. » Ouf.

Nicolas Sarkozy, UMP

Le sujet est le grand absent du programme sarkozyste. Il propose « une prime versée sous forme de chèque vacances », suggère la création « d’une prime au mérite nette de charges et plafonnée », « un déblocage de fonds de participation » ainsi que « la détaxation des primes diverses versées aux salariés ». Encore ces propositions sont-elles seulement indicatives. Soumises au candidat, à charge pour celui-ci d’en décider.

Marine Le Pen, Front national

Elle ne parle pas d’augmentation du Smic, mais pour le privé d’une « modulation de l’impôt sur les sociétés » pour inciter les entreprises à « distribuer davantage de leurs profits à leurs salariés », et la création de « réserves légales de titres » reconnaissant au personnel une part de la société, sans vote mais donnant droit aux dividendes. Dans la fonction publique, elle prévoit l’augmentation du point d’indice, « plus sensiblement pour les petits salaires ».

Retraites

Jean-Luc Mélenchon, Front de gauche

Comme lors du mouvement social de l’automne 2010, la position du Front de gauche est claire : «  Nous rétablirons le droit à la retraite à 60 ans à taux plein (75 % du salaire de référence) pour toutes et tous avec la prise en compte de la pénibilité de professions particulières donnant droit à des départs anticipés. Aucun salarié ne touchera de retraite inférieure au Smic.  »

Eva Joly, Europe Écologie-les Verts

La garantie du droit au départ à la retraite à 60 ans sans décote ni surcote. Les salariés ayant exercé des métiers pénibles bénéficieront d’une durée de cotisation plus faible leur permettant de partir avant 60 ans. Il sera également possible de compenser des carrières féminines incomplètes par le maintien des trimestres gratuits et la mise en place d’une majoration par enfant à charge.

François Hollande, Parti socialiste

En décembre, il modifiait la proposition contenue dans le projet et entérinait les réformes de 2003 et 2010, selon la CGT. « Ceux qui ont commencé leur vie professionnelle à 18 ans, qui ont fait 41 années de cotisation, 42 ans, pourront partir à 60 ans. Ceux qui n’ont pas leur durée de cotisation, ne le pourront pas. (…) Il n’y aura pas de départ possible avec décote avant 62 ans », disait-il alors en mêlant habilement âge de départ et durée de cotisation.

François Bayrou, Modem

« On ne fera pas le retour à la retraite à 60 ans. » Le président du Modem veut « un régime par points, individualisé ». Ainsi, « chaque citoyen aura acquis (…) un certain nombre de droits, différents selon les cas, selon la durée, la pénibilité du travail… À partir de ces droits, chacun décidera lui-même de l’âge de départ à la retraite et donc du montant de cette retraite ». Une retraite à la carte qui renforce les inégalités en matière de pension.

Nicolas Sarkozy, UMP

Toute la philosophie du candidat tient dans son bilan. Un second mandat consistera à pousser la logique. Avec en particulier un âge de départ légal en permanence différé au-delà de 62 ans, une durée de cotisation calquée sur les systèmes les plus durs et un taux plein repoussé d’année en année à plus de 65 ans. Il s’agira de privilégier le recours à une épargne privée, les assurances ou les fonds de pension liés aux marchés financiers.

Marine Le Pen, Front national

Le « déséquilibre » du système de retraite, du à la démographie, sera compensé par une « politique nataliste volontariste ». Le FN propose le retour à « 40 annuités de cotisation », mais rien sur le départ à 60 ans. Il veut « fusionner » régimes de base et complémentaires, créer une « caisse séparée pour la fonction publique » et supprimer le minimum vieillesse aux étrangers « n’ayant pas travaillé et cotisé en France pendant au moins dix ans ».

Marchés financiers

Jean-Luc Mélenchon, Front de gauche

«  Reprendre le pouvoir aux banques et aux marchés financiers  » est l’une des priorités du Front de gauche qui, à l’opposé de la logique libérale, propose une nouvelle réglementation comprenant notamment un pôle public financier pour «  transformer la politique du crédit  », le blocage des échanges de capitaux avec les paradis fiscaux, une réorientation de la Banque centrale européenne «  pour lui permettre de prêter à taux faibles, voire nuls, directement aux États  ».

Eva Joly, Europe Écologie-les Verts

Favorables à une taxe sur les transactions financières, les écologistes proposent un pôle bancaire public adossé a minima à la Banque postale et un pôle financier public à la Caisse des dépôts et à la banque Oseo. Lutter contre les paradis fiscaux, limiter la capacité des fonds spéculatifs à s’endetter auprès des banques, séparer «  banque d’affaires  » et banque de dépôt… Autant de propositions pour «  libérer l’économie de la finance ».

François Hollande, Parti socialiste

Pour François Hollande, d’accord pour taxer les transactions financières, mais plutôt que mettre au pas les marchés financiers, le PS se propose de les contourner, par l’émission d’eurobonds (emprunts européens) et l’autorisation donnée à la BCE de financer la dette souveraine des États membres de la zone euro. Ainsi qu’une assiette commune européenne de l’impôt sur les sociétés. Pour le reste, le PS veut que la France garde son triple A.

François Bayrou, Modem

François Bayrou n’est pas du tout dans l’optique de maîtriser les marchés financiers. Il exonère même les banques de la crise financière et estime que « ce sont les États qui ont planté les banques ». Les mesures qu’il prône dessinent un programme entièrement dédié à alimenter les profits, au détriment des dépenses sociales. Le président du Modem est ainsi partisan de nouvelles exonérations de cotisations pour les entreprises, à hauteur de 8 milliards d’euros par an.

Nicolas Sarkozy, UMP

Nicolas Sarkozy prétendait «  moraliser les marchés financiers  ». Le programme de l’UMP ne consacre pas une seule ligne, ne serait-ce qu’à une régulation du secteur financier et bancaire, et rien sur la financiarisation pourtant à l’origine de la crise. Le candidat ressort le projet de taxe sur les transactions financières, dite Tobin, sans en préciser ni le montant, ni l’assiette. Les banques ont été sauvées grâce à des fonds publics. Sans contrepartie.

Marine Le Pen, Front national

Marine Le Pen propose d’adopter «  des mesures de contrôle 
des mouvements de spéculation des capitaux  », sans détailler la façon dont ce contrôle s’effectuerait. Par ailleurs, «  les banques de dépôt feront l’objet d’une nationalisation partielle  » qui pourrait ne pas 
être définitive, pour «  assainir les pratiques bancaires et sécuriser l’épargne des Français  ».

Protection sociale

Jean-Luc Mélenchon, Front de gauche

«  Ce financement doit être construit à partir des cotisations sur les salaires  », affirme le Front de gauche, qui se prononce contre toute fiscalisation de la protection sociale et, ainsi, «  aller vers la suppression de la CSG  ». Estimant sur son blog que «  la TVA sociale consiste à faire de la redistribution à l’envers  », Jean-Luc Mélenchon propose une nouvelle cotisation sur les revenus financiers des entreprises et la modulation des cotisations patronales en fonction de leurs choix sur l’emploi et la formation.

Eva Joly, Europe Écologie-les Verts

La TVA sociale est «  une mauvaise réponse à deux vrais enjeux : élargir le financement de la protection sociale et mettre fin à la désindustrialisation de la France  », selon Eva Joly. Pour élargir le financement de notre modèle social, elle propose «  d’augmenter la CSG en la rendant progressive  », en introduisant une plus «  grande équité dans le financement, et de faire contribuer les revenus du capital, puisque l’assiette de la CSG porte sur tous les revenus et pas seulement sur ceux du travail ».

Nicolas Sarkozy, UMP

La TVA sociale avait été rangée dans les tiroirs de l’Élysée, pour cause d’impopularité : en finir avec le financement 
fondé sur les richesses produites par le travail avec des 
cotisations salariales et patronales. Pour satisfaire ses amis de la finance et du CAC 40, Nicolas Sarkozy vient de ressortir le projet. Il bouscule en profondeur le financement : celui-ci reposerait essentiellement sur une augmentation de la TVA sur les produits de consommation. Les entreprises seraient exonérées.

François Hollande, Parti socialiste

Pas de TVA sociale pour le candidat, qui considère que les produits français seraient loin d’être protégés contre les produits d’importation avec un tel système. «  Ce sont les ménages modestes, ceux qui consomment tout leur revenu et donc paient proportionnellement le plus de TVA, qui seront le plus touchés.  » Lui, qui avait fait de la fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG l’un des points phares de sa réforme fiscale, semble ajourner sa proposition pour proposer un «  rapprochement  » des deux systèmes.

Marine Le Pen, Front national

L’équilibre des comptes sociaux passe par la « priorité nationale » : la candidate veut « instaurer un délai de carence d’un an de résidence continue en France et de cotisation » avant de bénéficier de la Sécurité sociale, supprimer l’Aide médicale d’État, et créer un « observatoire des droits sociaux des étrangers ». Elle veut créer un « secrétariat d’État de lutte contre la fraude » et mobiliser dans un plan de lutte « l’ensemble des services publics (caisses de Sécurité sociale, médecins, collectivités, services fiscaux) ».

François Bayrou, Modem

Après s’être exprimé pour la TVA sociale, le Modem s’est ravisé et a proposé, pour le financement de la Sécu, une TVA relevée de 2 points. Plus que ce qu’a obtenu Fillon. «  On l’a vu avec l’Allemagne, soutient Bayrou, une hausse de trois points, c’est relativement indolore.  » Le «  projet humaniste  » du Modem propose «  une disposition constitutionnelle visant à fixer (…) l’équilibre des comptes de la Sécurité sociale  ». Il propose d’étendre la règle d’or au-delà de ce que prévoit pour l’instant Sarkozy.

Nucléaire, transition énergétique

Jean-Luc Mélenchon, Front de gauche

En octobre dernier, Jean-Luc Mélenchon proposait à l’ensemble des candidats de gauche «  un point de convergence, la nécessité de sortir des énergies carbonées  », et leur demandait, pour éviter des divisions inutiles, de soutenir la proposition du Front de gauche d’un référendum précédé d’un débat sur l’ensemble des scénarios énergétiques. Le programme prévoit également «  un pôle 100 % public de l’énergie  » et s’engage à programmer les investissements nécessaires à l’efficacité énergétique et à la diversification des sources d’énergie.

Eva Joly, Europe Écologie-les Verts

Plan de transition énergétique, sortie du nucléaire et investissements dans les énergies renouvelables avec 1 million d’emplois à la clé. Sortir du nucléaire d’ici à 2031, arrêt progressif mais définitif des 58 réacteurs nucléaires et démantèlement régulier sur trente ans dès 2012. Arrêt des projets d’EPR. Dans l’accord avec le PS, les écologistes acceptent la diminution de seulement 50 % des réacteurs nucléaires et la poursuite de la construction de l’EPR de Flamanville. Enfin, refus des écologistes d’un référendum sur ce sujet.

Nicolas Sarkozy, UMP

«  Il ne peut pas y avoir de ruptures du fait d’alternances démocratiques. Il doit y avoir un consensus lorsque l’intérêt de la nation est en cause. C’est mon rôle que de ne pas laisser dilapider l’héritage que nous avons reçu.  » Pour le candidat de la droite, pas question de modifier l’équilibre entre les filières de production d’énergie. Selon lui, le nucléaire, c’est «  la trajectoire de progrès, de connaissance, de recherche d’innovation et de croissance  ». Tout autre choix serait «  une catastrophe  », «  une folie  ».

François Hollande, Parti socialiste

Le candidat pose quatre «  principes  » à la transition énergétique : l’indépendance, la sécurité, l’emploi et le pouvoir d’achat. S’il considère la sortie complète du nucléaire «  irréaliste  », il tente une médiation avec les écologistes en proposant de «  sortir progressivement du “tout-pétrole” pour les transports et du “tout-nucléaire” pour l’électricité  ». Afin de diversifier, il envisage l’incitation fiscale au développement des énergies renouvelables, de rénovation thermique du bâti et l’instauration d’un «  tarif de base pour l’essentiel et d’un tarif progressif pour le confort  » concernant l’électricité.

Marine Le Pen, Front national

Le FN dit vouloir faire des technologies hydrauliques, éoliennes, et des carburants verts «  un recours possible et viable dans le cadre d’utilisations locales  ». Parallèlement, elle soutient les programmes de recherche nucléaire (Iter, EPR) et sur les «  dispositifs de sûreté nucléaire  », car «  maintenir l’indépendance énergétique de la France et ses bonnes performances en matière d’émission de CO2 impose de conserver l’énergie nucléaire à moyen terme  ». Même si, «  à long terme, il est souhaitable de pouvoir sortir du nucléaire  ».

François Bayrou, Modem

Flou intégral quand aux étapes d’une transition énergétique, pour parvenir à l’énergie «  la plus décarbonée possible  ». «  Nous devons aller vers des sources d’énergies renouvelables et non polluantes d’ici quarante à cinquante ans  », 
indique le projet 2012. «  La France doit se doter d’une 
autorité de surveillance indépendante  », écrit-il, quand 
c’est déjà le cas avec l’ASN. Il prône un «  débat national  », sans trancher explicitement pour un référendum.

Budgets publics

Jean-Luc Mélenchon, Front de gauche

«  Ce n’est pas la dette qui est insupportable, c’est l’austérité  », avait déclaré Jean-Luc Mélenchon, dès août dernier, sur RMC. «  Parce que l’investissement public est nécessaire, nous refusons d’inscrire dans la Constitution la règle d’or  », précise le programme du Front de gauche, qui propose «  une réforme de la fiscalité  » avec «  un impôt sur le revenu réellement progressif  », «  la suppression des exonérations  » et «  une loi anti-évasion fiscale  ». Le tout pour développer et créer des services publics «  au service de l’intérêt général  ».

Eva Joly, Europe écologie-les Verts

Pour les écologistes, la dette est un transfert de la consommation privée des uns vers les déficits publics, des plus pauvres vers les plus riches. Ils ne pensent pas souhaitable une réduction des déficits à 3 % dès 2013. Ce qu’ils ont pourtant accepté dans leur accord législatif avec le PS. Concernant la dette publique, un audit sera réalisé évaluant les manques à gagner liés aux cadeaux fiscaux aux plus riches et des dépenses inutiles pouvant être ajustées. Concernant la règle d’or, il est «  inimaginable  » de l’inscrire dans notre Constitution.

François Hollande, Parti socialiste

«  Si je suis élu, je ferai voter une loi de programmation des finances publiques pour ramener les comptes à l’équilibre à l’horizon 2017.  » François Hollande se plie ainsi aux textes européens en prônant le retour du déficit en deçà du seuil de trois points de PIB en 2013 au nom de la crédibilité de la parole politique et du réalisme. Et de tracer un horizon où les marges budgétaires dégagées par l’augmentation des prélèvements obligatoires seraient pour moitié consacrées à la sacro-sainte réduction des déficits.

François Bayrou, Modem

François Bayrou estime qu’il faut «  se doter d’une règle constitutionnelle qui empêche que l’on continue sur la voie des déficits  ». Il prône donc la règle d’or et propose «  un plan de 100 milliards d’euros : la moitié pour les recettes et l’autre pour des économies sur les dépenses  ». Rappelant que c’est, d’abord «  dans la baisse des dépenses que se trouvera la première étape du rééquilibrage  », le président du Modem détaille : 20 milliards pour l’État, 20 milliards pour la Sécurité sociale et 10 milliards pour les collectivités locales.

Nicolas Sarkozy, UMP

Lancée le 10 juillet 2007, la révision générale des politiques publiques (RGPP) avait l’ambition de baisser le coût et le nombre des services publics. Elle est aujourd’hui régénérée par la lutte contre la dette publique. Celle-ci, sous couvert de la crise, est prétexte à l’application de mesures d’austérité pour les salariés, s’inscrit, à l’instar de la règle d’or qui entend en instituer le principe, dans le programme à long terme. Les deux tiers de la dette sont imputables à la crise, le restant étant imputable aux cadeaux fiscaux aux plus riches.

Marine Le Pen, Front national

«  L’endettement de la France est un péril national.  » Aussi le FN propose d’inscrire «  la maîtrise dans la durée de l’endettement public dans une loi-cadre qui instaurera à terme l’obligation d’un déficit structurel égal à zéro afin qu’aucune mesure budgétaire ne soit gagée par la croissance  ». Au mot près, la règle d’or… Dans le chiffrage de son plan de désendettement, Marine Le Pen inclut la dette des collectivités locales, qu’il est selon elle «  logique de faire collaborer, en diminuant de 2 % les dotations des départements et régions  ».

Europe

Jean-Luc Mélenchon, Front de gauche

«  Parce que l’Europe ne peut se faire sans ni contre les peuples, nous exigeons la convocation de référendums  », écrivait Jean-Luc Mélenchon à propos du traité proposé par le duo Sarkozy-Merkel, en décembre lors d’une conférence de presse tenue avec Oskar Lafontaine. Avec la même philosophie, le Front de gauche estime nécessaire de s’affranchir du traité de Lisbonne pour construire une Europe plus solidaire, en tendant vers l’harmonisation des droits sociaux et politiques, et plus démocratique avec des pouvoirs accrus pour le Parlement européen.

Eva Joly, Europe Écologie-les Verts

Un pacte écologique et solidaire remplacera le pacte de stabilité et de croissance et les critères de Maastricht. Un bouclier social européen incluant la mise en place d’un revenu minimum et maximum européen, un socle commun de droits sociaux, un moratoire sur toute nouvelle libéralisation des services publics. Création d’une Europe fédérale avec élection en 2014 d’une «  Assemblée constituante  ». Le statut de la Banque centrale sera remis à plat pour renforcer le contrôle démocratique. Elle pourra prêter directement aux États.

Nicolas Sarkozy, UMP

Dans son programme pour 2012, l’UMP plaide pour «  une Europe forte et protectrice  », et place «  la souveraineté européenne au cœur des grands enjeux du prochain quinquennat  ». L’objectif affiché étant de «  rassurer des Français souvent démunis face aux menaces de la mondialisation  ». En toute logique, il se prononce en faveur d’abandons de souveraineté, en particulier en matière de prétendue lutte contre les déficits publics. Nicolas Sarkozy est favorable à un nouveau traité gravant dans le marbre cette atteinte contre la démocratie.

François Hollande, Parti socialiste

«  Ce que je propose, ce n’est pas un fédéralisme des marchés mais un fédéralisme des projets  ». Le candidat socialiste ne remet pas en cause l’indépendance de la Banque centrale européenne (BCE) et préfère agir dans le cadre des traités actuels. «  Je souhaite qu’elle puisse élargir son rôle de prêteur et intervenir de façon mesurée contre la spéculation dans le cadre de ses statuts actuels.  » Il garde le silence quant au rachat des dettes par la BCE ou sa gestion de l’euro, avec pour seule fin d’attirer les capitaux en compressant la protection sociale ou les salaires.

Marine Le Pen, Front national

Elle veut une «  renégociation des traités  », coordonnée par un ministère des Souverainetés, au terme de laquelle la France retrouverait la «  maîtrise de ses frontières  », reviendrait à la «  primauté du droit national  ». Marine Le Pen prône le retour au franc et une «  contribution nette nulle au budget européen  ». Elle ne dit pas vouloir quitter l’Union européenne. Mais elle parle d’«  association libre d’États européens partageant la même vision et les mêmes intérêts  », en matière d’immigration, d’échanges extérieurs et de circulation des capitaux.

François Bayrou, Modem

Après avoir suggéré de revoter en 2005 si jamais les Français votaient mal, Bayrou adresse aux électeurs du «  non  » 
des messages tranchant avec son soutien à la droite européenne libérale et son fédéralisme historique. «  Cette hystérie contre l’Europe libérale est fascinante et désespérante  », déclarait-il en 2005. Quant à la BCE, c’est pour lui le parangon de l’orthodoxie. Il fut le seul candidat à la présidentielle de 2007 à applaudir à un relèvement des taux plombant 
les exportations.

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