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11 septembre, on n’oublie pas

Publié le 11 septembre 2012

Le 11 septembre 1973, un putsch militaire, fomenté par Pinochet et largement inspiré par les États-Unis, mettait fin de façon sanglante au gouvernement d’Unité populaire de Salvador Allende. C’est le cauchemar, après trois années où les Chiliens se sont pris à rêver de révolution démocratique.


Chili, le 11 septembre 1973… Le coup d’État de Pinochet écrase un peuple en mouvement. Salvador Allende se suicide dans le palais présidentiel, la Moneda, à l’arrivée des putschistes. Dans son ultime discours prononcé sur Radio Magallanes, il vient de dire : «  Je paierai par ma vie ma loyauté au peuple. J’ai la certitude que la graine que l’on a confiée au peuple chilien ne pourra pas être détruite définitivement.  » Cette loyauté s’est nourrie de l’ébullition des 1 000 jours qui ont précédé. Car les Chiliens ont été très loin sur la voie de la construction du socialisme démocratique, pacifique, marxiste dont se prévalait Allende. L’acteur de ce processus révolutionnaire : «  El pueblo unido  », celui que chantait le groupe Quilapayun. Il mêle socialistes, communistes, militants du Mir, syndicalistes, jeunes, intellectuels, artistes. Les élections du 4 septembre 1970 avaient vu la victoire de Salvador Allende, cofondateur du Parti socialiste, parti ouvrier, avec 36,3 % des voix, devant une droite divisée. Après ratification par le Congrès, il sera finalement investi fin octobre pour une période de six ans, à partir du 3 novembre 1970. Lors des dernières élections (législatives) démocratiques, en avril 1973, l’UP confortera ses positions (plus de 44 % des voix).

Allende et son gouvernement de l’Unité populaire (UP) ont immédiatement engagé d’importantes réformes : nationalisation des banques, des principales industries (cuivre, mines de fer et de salpêtre, ciment, métallurgie), redistribution du pouvoir d’achat en faveur des plus pauvres, réforme agraire, réforme de la Constitution. Les multinationales, notamment l’américaine ITT (télécommunications), et une partie de la bourgeoisie se méfient. Washington est horrifié par cette tache rouge à la pointe de l’Amérique. Les dirigeants états-uniens organisent le boycottage, ils programment un plan destiné à provoquer le chaos économique. Le président Nixon veut faire «  crier  » l’économie chilienne, et donne l’ordre de mettre fin à toute assistance économique. L’agression de la droite (Parti national) et de l’extrême droite, la chute brutale des cours mondiaux du cuivre, la stratégie de sape de la démocratie-chrétienne aggravent les tensions. L’armée, dans un premier temps, confirme son légalisme, que symbolisait le général Pratts, commandant en chef, avant sa démission et son remplacement par Pinochet. Tenu pour «  loyal  » à Allende, le général, lisse et terne, se mue en traître.

Allende renversé, le «  golpe  » est en marche. Selon un récent rapport officiel, il fera plus de 3 200 morts et disparus, sans compter les 40 000 personnes victimes de torture et les centaines de milliers d’exilés. Exécutions sommaires, torture systématique des détenus, internements, les premières heures qui suivent le coup d’État sont effroyables. Les partis sont dissous, la liberté d’expression et le droit de réunion supprimés, l’économie totalement privatisée sous l’impulsion des Chicago Boys adeptes de l’ultralibéralisme. Dix-sept ans durant, Pinochet, avec l’appui de la police politique, la Dina (ensuite la CNI), s’impose à ses rivaux de la junte, puis les écarte les uns après les autres. Il se taille une Constitution sur mesure, s’auto-amnistie par avance. Au gouvernement, il se joue sournoisement de ses partisans et neutralise ses opposants. S’ils ne sont pas assassinés, emprisonnés ou séquestrés, les partisans de l’UP et les «  subversifs  » des pays voisins, qui avaient trouvé refuge au Chili (Brésiliens, Paraguayens, Boliviens, Uruguayens), doivent s’enfuir. En octobre 1975, à Santiago, le plan Condor est mis en place, lors d’une réunion entre le colonel Manuel Contreras et ses homologues paraguayen et argentin, prévoyant de renforcer la coordination des polices secrètes de ces trois pays ainsi que de l’Uruguay, du Brésil et de la Bolivie dans la lutte contre «  le communisme international  ». Priorité largement partagée par les États-Unis, comme l’attestent les documents déclassifiés du département d’État américain et de la CIA. Ce plan officialise l’alliance des dictatures du cône sud dans leur sanglante chasse aux opposants, sans considération de territoire et de nationalité.

Trente-huit ans après le «  golpe  », vingt et un ans après la fin de la dictature, la transition démocratique prise dans les mailles du pinochétisme a duré le temps de quatre gouvernements dirigés par la Concertation, alliance des socialistes, des démocrates-chrétiens et des radicaux, jusqu’à l’élection, l’an dernier, de Sebastian Pinera, au front néolibéral. De la prophétie d’Allende, peu avant sa mort, quelque chose d’inédit ressurgit aujourd’hui des cendres. Des milliers d’étudiants sont mobilisés depuis plusieurs mois et manifestent pour dénoncer la «  marchandisation de l’éducation  », et exiger «  un enseignement gratuit et de qualité  », une revendication qui remet en question les fondations du modèle chilien hérité de la dictature. Car avec eux, tout un peuple réclame désormais une redistribution des richesses et plus de justice sociale.

Pinochet n’a jamais été jugé

Pinochet est mort en 2006 sans avoir été jugé pour ses crimes. Au moment de son retour à Santiago, après avoir été détenu à Londres, 60 plaintes avaient été déposées contre lui par les familles de victimes de la dictature. Lorsqu’il meurt, il en existait plus de 400, notamment pour disparitions forcées, tortures, séquestrations d’enfants et homicides aggravés. Sur 700 anciens militaires, policiers et cadres de la dictature qui ont été condamnés pour des crimes contre l’humanité commis entre 1973 et 1990, seuls 70 demeurent en prison, les autres ayant obtenu des remises de peine ou étant décédés. La justice chilienne a rouvert l’enquête sur 725 cas qui n’ont jamais été traités dont celui concernant la mort de Salvador Allende. Son corps a été exhumé en mai pour autopsie et les experts médicaux ont confirmé la thèse du suicide. La justice doit également enquêter, à la demande du Parti communiste chilien, sur la mort en 1973 du poète Pablo Neruda, douze jours après la disparition d’Allende.

Bernard Duraud, dans l’Humanité du 16/09/11

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