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Ils seront à la fête de l’Huma

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Lénine Renaud « La chanson m’a ouvert à la poésie et à la contestation »

Publié le 27 août 2013

Fête de l’Humanité 2013. Fidèle au communisme, tendance groucho-marxiste, Franck Vandecasteele, avec son groupe Lénine Renaud, s’attaque, avec des chansons réalistes, à la dématérialisation du monde. Fini le rock pour ce responsable de l’excellente programmation de la scène des Pays du Nord ? Mais bonjour les copains et la promotion d’une région où il est « un simple militant de base ». Les lénine renaud en concert à la Fête de l’Humanité, le samedi 14 septembre à 20 h 30 sur la scène des pays du nord. Entretien réalisé par Lionel Decottignies dans l’Huma du 26 aout.


Fête de l’Humanité 2013. Fidèle au communisme, tendance groucho-marxiste, Franck Vandecasteele, avec son groupe Lénine Renaud, s’attaque, avec des chansons réalistes, à la dématérialisation du monde. Fini le rock pour ce responsable de l’excellente programmation de la scène des Pays du Nord ? Mais bonjour les copains et la promotion d’une région où il est « un simple militant de base ».

HD. Marcel et son orchestre, votre précédent groupe de ska et de chansons festives, s’est séparé depuis un an. Un nouveau projet démarre : Lénine Renaud.Comment est-t-il né ?

FRANCK VANDECASTEELE. Il y a trois ans, les copains du Front de gauche m’ont sollicité pour mener une action concernant le logement étudiant. J’ai été contacté pour venir jouer. Avec les Marcel, nous n’étions pas disponibles. J’ai alors contacté Cyril (exmembre des VRP, groupe de musique parodique). Nous avons sauté sur l’occasion et croisé nos répertoires. Nous n’avions ni groupe ni nom, c’était juste un boeuf entre potes, puis nous nous sommes retrouvés programmés à Bourges. Il nous fallait donc trouver un nom. En buvant un ou deux godets, Lénine Renaud est né. Rien n’était prémédité.

HD. Sur ce premier album, le ton est plus engagé et vous délaissez le rock au profit de la chanson...

F. V. La chanson permet d’éviter les détours. Rapidement avec le rock ’n’ roll, l’engagement devient vindicatif. Ce format permet rarement de raconter des histoires. La chanson, elle, le permet. Le rock devient très manichéen. En somme, il y a les bons et les méchants, ceux qui ont tort et ceux qui ont raison, et la juste cause... J’estime que les choses ne sont pas aussi basiques. Souvent, même avec Marcel, j’ai ressenti le besoin de mettre de l’humour car je trouvais cela tarte, pré-ado. La chanson permet de mettre une distance. J’ai moins besoin de l’humour.

HD. Vous empruntez sur la pochette de votre disque l’esthétique soviétique, est-ce de l’ironie ?

F. V. Je ne renie pas mon attachement au communisme. Mais je me la joue groucho-marxiste. Ce nom est une pirouette et l’acceptation d’être marxiste. C’est également un clin d’oeil à ma région. Line Renaud est de chez nous (le Nord-Pas-de-Calais – NDLR). J’ai toujours été une meneuse de revue, toujours un peu déguisé. Je suis une meneuse de revue pour causes perdues. Les communistes payent très cher leur participation à l’histoire. On oublie notre participation à l’art notamment. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Quand le mur est tombé, certains se sont permis d’affirmer la fin de l’histoire, la fin de la lutte des classes. Il fallait dire bye-bye à l’idéologie pour s’épanouir dans le libéralisme ! Or le contraire s’est produit. Nous constatons une montée de tous les extrémismes, de tous les communautarismes. Le pire est que l’on nous laisse croire que la spiritualité peut être une alternative pour résoudre le mal-être de la société libérale. À cet égard, la lecture marxiste n’est pas si mal. J’en suis convaincu.

HD. L’album est très soigné. Vous sortez une version vinyle qui est un très bel objet, en plus d’être un bien culturel...

F. V. Nous cherchions un aspect soviétique, c’est-à-dire robuste et construit pour durer. Nous sommes dans une société du jetable, du dématérialisé et du virtuel, et je ne m’y retrouve pas. Je continue d’aimer les objets. Nous essayons de revenir aux fondements de l’action commerciale, c’est-à-dire directement du producteur au consommateur. En dématérialisant, nous ne faisons que nourrir les portiers de ce grand parc d’attractions qu’est Inter-net.

Il existe 3 portiers, c’est-à-dire 3 fournisseurs d’accès multimilliardaires. À côté de cela, les artistes ne sont que des gogos à la recherche d’une visibilité dans ce grand parc. Pour exemple, en février 2011, 38 000 personnes écoutent sur Deezer (site de musique en ligne) un morceau de Marcel. Résultat ? Nous avons touché 10,40 euros. Nous en sommes là... Le rock est devenu un grand divertissement, une grande escroquerie.

Aujourd’hui, les groupes font de la musique pour que les grands groupes publicitaires les mettent en images. Tous sont mis en valeur pour être des vitrines de grandes marques en échange d’une dot. Quand tu as réussi à exciter un peu la jeunesse en devenant un son, une image, un visuel, la musique devient secondaire. Pour notre part, nous sommes musiciens et nous faisons de la musique. En plus, gaulé comme je suis, j’ignore de qui je pourrais être l’ambassadeur. Peut-être Suze, un truc un peu vintage et ringard. (Rires.) « Le rock est devenu un grand divertissement, une grande escroquerie. Les groupes jouent pour que les publicitaires en fassent des images. »

HD. en plus d’être à l’affiche de la Fête de l’Humanité, vous êtes également programmateur de l’espace Pays du Nord. Pourquoi avoir mis l’accent sur la chanson ?

F. V. Cette année, la programmation de la Fête me fait mentir. La Fête de l’Huma est, historiquement, le lieu de réunion des amateurs de chanson. Or j’ai trouvé que ces dernières années la programmation était essentiellement anglophone. J’avais le sentiment que le propos était en train de s’éteindre. Pour ma part, la chanson française m’a émancipé. Elle fut mon professeur de conscience. Par ses artistes, j’ai découvert l’apartheid, l’antimilitarisme, la lutte contre le racisme. La chanson m’a ouvert à la poésie et à la contestation...

Et il a fallu la mort de Moustaki pour se rappeler, le temps d’une demi-page, qu’il a existé. Personne ne se souvient par exemple de Catherine Ribeiro. Henri Tachan va s’éteindre dans une triste indifférence, Anne Sylvestre peut-être aussi. Un mec comme Lavilliers m’a fait découvrir Blaise Cendrars, Ferré, Caussimon. Aragon...Com me dit Cendrars, « peu importe si j’ai pris ce train puisque je l’ai fait prendre à des millions de personnes ». Aujourd’hui à quoi invite la « nouvelle chanson française » ? À prendre un ticket de métro pour aller chez Ikea... En période de crise, nous avons tous besoin de retrouver le propos.

HD.comment vous êtes-vous retrouvé à la tête de cet espace ?

F. V. Je suis militant de base dans le Nord. À Hellemmes, un quartier populaire de Lille, nous avons inauguré un lieu culturel. Fabien (Roussel, secrétaire fédéral – NDLR) m’a proposé d’être président de cette structure appelée Espace Marx. Nous avons ré-fléchi à la programmation puis à la Fête de l’Huma. J’ai réuni quelques copains autour d’une table. Nous avons l’envie de faire une très belle Fête.

HD. c’est une manière de promouvoir votre région ou un simple rendez-vous de copains ?

F. V. Les deux. La proximité permet ça. Ça reste une affaire de potes où l’on règle tout en deux coups de téléphone. Quand Loïc Lantoine t’appelle parce qu’il tient absolument à faire la Fête de l’Huma, ça ne se refuse pas. Nous avons besoin de recréer des réseaux. Tout le monde est hyper-fier de venir. Je suis toujours un peu chagrin quand l’on cherche à nous faire aimer des artistes qui nous méprisent, tous ces artistes qui trouvent que c’est rebelle d’être de droite. Il est important de donner de la visibilité à ceux qui ont encore des tripes et de l’épaisseur. La chanson détachée, un peu dandy, qui s’amuse du spectacle désolant du monde m’ennuie. J’aime les gens qui se mouillent, quitte à être maladroits. Même lourds et maladroits, ces gens-là respirent l’humanité. Celui qui ne lève jamais le petit doigt ne sera évidemment jamais sale. Avec Marcel, nous nous cachions derrière le potache ou le grotesque de peur d’affirmer nos sentiments. Aujourd’hui, assumer d’être sensible, c’est ça aussi être un mec.

« Mets tes faux cils, deviens marteau », lenine renaud. CD à la vente sur www.leninerenaud.com.

Entretien réalisé par Lionel Decottignies

https://www.youtube.com/watch?v=1eNU28hPays
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