Jean Ferrat (1930-2010)

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C’est si peu dire qu’on t’aimait

Publié le 19 mars 2010

Il chantait l’amour, Aragon, la révolte et les hommes. Et les hommes le lui rendaient bien. C’est si peu dire que « sa » France qui l’aimait, celle qui chantait « à jamais » en lui, « la belle, la rebelle, celle des travailleurs » a été saisie d’émotion à l’annonce de sa mort. Un coup à l’estomac. Une déchirure profonde. Ferrat, l’insoumis, sera resté jusqu’à ce que le fil de sa vie cède, fidèle à ce peuple qu’il faisait vibrer et auquel il donnait, avec ses mots, sa musique, le goût du bonheur et de la liberté, l’espoir aussi. Une fidélité partagée.


Jamais le petit village d’Antraygues et sa place de la Résistance n’auront vu autant de monde que ce mardi. Par milliers, ils avaient afflué, pour les obsèques du chanteur. Lui qui ne voulait pas de discours a été servi. Mais comment aurait-il pu en être autrement ? Et comme les puissants, les mondains, ceux du Fouquet’s, qui, naguère, interdisaient d’antenne ses chansons, semblaient tout à coup petits devant cet homme, cet artiste si modeste et si grand à la fois, qui ne jouait pas les vedettes, fuyait les paillettes, vivait parmi les gens simplement. Le géant Jean parmi les gens. Le succès ne lui avait pas tourné la tête, comme l’a redit son grand frère Pierre, mardi devant une foule qui ne pouvait retenir ses larmes. Belle leçon de vie pour les plus jeunes. Jean Tenenbaum, juif, cruellement séparé de son père assassiné à Auschwitz, obligé de porter l’infâme étoile jaune, sauvé par des résistants communistes. Une mère ouvrière. Une âme de poète. Une voix chaude comme le bon vin. Un nom d’emprunt : Ferrat, parce qu’un jour, passant du côté de Saint-Jean Cap Ferrat, il avait trouvé ce nom joli. Joli aussi le mot « camarade ».

Ses camarades du parti communiste, il les aimait tant qu’il les voulait parfaits. Quand ce n’était pas le cas, il le leur disait, par respect pour l’idéal qu’il avait en commun avec eux et « qui nous pousse encore à nous battre aujourd’hui ». Aragon rendait sa carte du parti chaque soir et la reprenait chaque matin. Jean Ferrat n’avait pas de carte, mais qui peut dire qu’il n’était pas communiste ? Simplement, il n’aimait pas les couleuvres. L’ami Jean ne transigeait pas avec les valeurs humaines et avec lui-même. Toujours droit dans ses bottes, plus exactement ses espadrilles, il n’aimait pas les bottes. Il était « comme le coq dressant au ciel sa crête » et qui « chante et chante tout le temps ». « Pas pour passer le temps » dit l’une des ses chansons. « Pour tous les moutons qui consentent, je suis la rage impénitente » dit une autre. Des chansons innombrables, belles, pleines de sens, de gravité mais aussi d’humour, dans lesquelles nous mordions et nous mordrons longtemps encore « comme dans le pain blanc du matin à dents franches ». « Nuit et brouillard », « Potemkine », « Ma Môme », « Deux enfants au soleil », « La Montagne », « Que serai-je sans toi ? », « Ma France » bien sûr qui nous prenait aux tripes et rendait nos « lèvres sèches » et tant d’autres encore. Plus de deux cents au total. Un patrimoine. Un trésor.

« Ah qu’il vienne au moins le temps des cerises

Avant de claquer sur mon tambourin

Avant que j’aie dû boucler mes valises

Et qu’on m’ait poussé dans le dernier train »

chantait Jean Ferrat. Tu aurais pu attendre encore un peu…

JLB, Liberte Hebdo

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