Portraits de résistants

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Missak Manouchian « 15 000 affiches placardées sur les murs de Paris »

Publié le 6 juillet 2010

La section de Lille du PCF publiera sur son site une sélection des portraits quotidiens de résistants que l’Humanité propose tout au long de l’été.

Portrait paru dans l’Humanité du 5 Juillet 2010, Par Michel Dreyfus, historien

Arrivé en France 
à dix-neuf ans, 
Missak Manouchian avait échappé, 
enfant, au génocide des Arméniens par les Turcs. L’Affiche rouge fit de son groupe des FTP-MOI le symbole de l’engagement 
des « étrangers » 
dans la Résistance.


Né le 1er septembre 1906 à Adyaman dans la partie arménienne de l’Empire ottoman, Missak Manouchian fut élevé dans le souvenir du massacre des Arméniens de 1894-1896. Il n’avait que neuf ans quand les Turcs recommencèrent ces massacres et leur donnèrent la dimension d’un génocide. Lui-même échappa à la mort, mais après avoir perdu presque toute sa famille, il fut recueilli avec son frère dans un orphelinat du protectorat français de Syrie.

En 1925, il arriva en France où il se fit embaucher aux usines Citroën à Paris comme tourneur. En 1934, il adhéra au Parti communiste. Membre du Groupe communiste arménien lié à l’organisation de la Main-d’œuvre immigrée (MOI), il devint responsable de son journal, Zangou, du nom d’un fleuve arménien. En 1938-1939, il était secrétaire de l’Union populaire arménienne, organisation de gauche dans laquelle les communistes se montraient extrêmement actifs.

La Seconde Guerre mondiale devait bouleverser l’itinéraire de Missak Manouchian. Il semble avoir d’abord été arrêté et interné comme étranger puis incorporé et affecté dans une usine de la région de Rouen. Revenu à Paris après la défaite de juin 1940, il poursuivit son action communiste dans les milieux arméniens. Il s’engagea définitivement dans la lutte à partir de l’invasion de l’URSS par les armées nazies, le 22 juin 1941. Il avait même été arrêté avant cette date mais, interné au camp de Compiègne dans l’Oise, il fut libéré au bout de quelques semaines, aucune charge n’ayant pu être relevée contre lui.

Missak Manouchian devint alors responsable de la section clandestine arménienne de la MOI, puis en février 1943, il fut versé dans les Francs-tireurs et partisans (FTP) de la MOI parisienne, groupes armés constitués sur le modèle des FTP, en avril 1942 sous la direction de Boris Holban, juif, qui était né en Bessarabie. En juillet 1943, Missak Manouchian devint, sous le pseudonyme de Georges, le commissaire technique des FTP-MOI, et ce en remplacement du Tchèque Alik Neuer qui était tombé aux mains de la police française. Puis il fut le principal dirigeant des FTP-MOI parisiens à partir d’août 1943.

Le groupe Manouchian constitua à lui seul une véritable organisation internationale puisque combattirent dans ses rangs deux Arméniens, (Missak Manouchian et Armenak Manoukian), un Espagnol (Celestino Alfonso), des Hongrois (Joseph Boczov, Thomas Elek, Imre Glasz), des Italiens (Spartaco Fontano, Cesare Luccarini, Rino della Negra Antoine Salvadori, Azmadeo Udsséglio), des Polonais (Maurice Fingercwaig, Jonas Geduldig, Léon Goldberg, Stalislas Kubacki), une Roumaine (Olga Bancic) et des Français (Georges Cloarec, Roger Rouxel et Robert Wtitchitz).

Tous furent arrêtés en novembre 1943. Leur procès, qui eut lieu en février 1944, fut prétexte à une vaste opération de propagande visant à dresser l’opinion contre la Résistance. Il donna lieu à une campagne de presse intense : le 19 février 1944, soit quatre jours après la première audience, le procès Manouchian fit la une des journaux et ne devait plus la quitter jusqu’à son épilogue. Le verdict – 22 condamnations à mort – tomba le 21 février et, le même jour, tous furent fusillés, à l’exception d’Olga Bancic qui devait être décapitée en Allemagne en mai 1944.

Afin de donner un écho sans précédent à ce verdict, 15 000 affiches furent placardées sur les murs de Paris. En utilisant un montage habile, la propagande nazie entendait, avec l’Affiche rouge, jouer sur les ressorts traditionnels des sociétés en temps de crise, donc sur la xénophobie et le racisme. Mais ce fut un échec total car la réaction de la population fut toute différente : elle prit en sympathie les martyrs du groupe Manouchian qui devaient devenir des symboles de la lutte contre le nazisme à quelques mois de la Libération. Par la suite, le poème d’Aragon, l’Affiche rouge, écrit en 1955, devait perpétuer leur souvenir. Puis l’Affiche rouge fut mise en musique et chantée par Léo Ferré en 1959 ; d’autres chanteurs, parmi lesquels Marc Ogeret, chantèrent aussi l’Affiche rouge. Les membres du groupe Manouchian reposent maintenant au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) et une stèle a été érigée à leur mémoire.

En 1985, une polémique éclata à partir de la diffusion d’un film, Des terroristes à la retraite, qui accusait le Parti communiste clandestin d’avoir lâché, voire vendu, le groupe Manouchian. Au-delà de cette grave accusation qui ne fut jamais prouvée – et pour cause –, la lutte des membres des FTP-MOI entra à partir de cette décennie dans une actualité mémorielle marquée par un renouveau de réveil des identités sur fond de déclin du communisme. Les membres du groupe Manouchian apparurent alors, comme dit l’historien Denis Peschanski, comme des « laissés-pour-compte de la mémoire nationale, victimes d’une forme de nationalisation de la Résistance dont on n’aurait pas reconnu la diversité des composantes ».

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