Afghanistan

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La droite va-t-en-guerre vote l’envoi des troupes

editorial de l'Huma du lundi 22 septembre, par J. E. Ducoin

Publié le 23 septembre 2008

L’assemblée nationale s’est prononcée lundi 22 septembre par 343 voix contre 210 en faveur de la prolongation de l’intervention militaire en Afghanistan.

Le 20 septembre, plusieurs milliers de personnes en France (200 à Lille) avaient manifesté pour dénoncer la présence de troupes françaises en Afghanistan.

Les Français sont à 62% opposés au maintien d’une présence militaire de la France en Afghanistan.

La mobilisation pour le retrait des troupes et le désengagement de la France du commandement de l’OTAN continue !


Certaines fautes restent dans l’histoire. Quant à leurs auteurs, ils hantent pour la nuit des temps, tels des spectres, le grand livre des semeurs de mort. Puisqu’il est coupable, Nicolas Sarkozy sera peut-être de ceux-là. Et coupable et fier de l’être en plus, jusqu’au mépris de la parole donnée devant les électeurs qui ne savaient pas, il y a un an et demi, qu’ils allaient - aussi - élire un va-t-en guerre atlantiste. Seulement voilà, l’hôte de l’Élysée la voulait, « sa » guerre. Non seulement pour singer le croisé Bush et se donner ainsi l’illusion de la puissance retrouvée via le retour à l’OTAN, mais bien, et c’est plus grave, pour réorienter radicalement la politique étrangère de la France, rompant avec son prédécesseur. Ainsi au printemps dernier, sommé par Bush de rejoindre la cohorte des caniches du monde, Nicolas Sarkozy a insulté sa propre mémoire en contredisant ses promesses : « La présence à long terme de la France en Afghanistan ne me semble pas décisive », déclarait-il en avril 2007.

Et il ajoutait à l’époque : « Aucune armée étrangère n’a réussi dans un pays qui n’est pas le sien. Aucune ! »

Cette lucidité (que l’on sait désormais de façade) n’a pas franchi les portes du Palais. Et pour cause.

C’est donc seul, absolument seul, sans que le peuple soit consulté d’une manière ou d’une autre, que le chef de l’État et des armées a pris la décision invraisemblable d’augmenter la présence militaire française, et, signe d’escalade, de déployer nos troupes au-delà de Kaboul, directement « au contact » des forces talibanes. Pour se justifier, il lui suffisait alors d’emprunter à Bush et aux néoconservateurs la rhétorique inventée au lendemain du 11 septembre 2001 : « La guerre contre le terrorisme. » Cette propagande absurde a assez duré. Comme a assez duré cette stratégie de guerre, humainement insupportable et politiquement mortifère. Non, le terrorisme ne se combat pas par la guerre et l’aveuglement. Car depuis l’intervention illégale en Irak, depuis qu’un nouveau bourbier s’installe en Afghanistan, le monde est plus instable, plus incertain, dans un contexte de récession et de crise financière qui met à mal l’hyperpuissance et attise sa quête de nouveaux espaces de domination. L’horrible attentat au Pakistan, ce week-end, devrait d’ailleurs nous inviter à la raison : le problème principal de notre temps, c’est l’état de guerre permanent, pas le sur-fantasme des menaces qui ne nourrit que la haine.

Des milliers de manifestants un peu partout en France, samedi, ont interpellé nos élus en les exhortant : « Ne votez pas la guerre ! » Depuis la mort de dix de nos soldats, l’indignation est telle que l’omerta se brise. Des parents osent réclamer le retour des militaires, comme le fait cette mère de famille dans l’Humanité du 22 septembre. Autant le dire : tous nos parlementaires feraient bien de lire cette lettre adressée à Sarkozy : « Rendez-nous nos enfants, cessez de mentir », écrit courageusement cette femme.

Avant que d’autres cercueils ne nous reviennent, il n’est pas trop tard pour éviter que, dans quelques semaines, nous nous remémorions le souvenir de ces simples mots sortis de la douleur, arrachés à la nuit et qui, dans la folie de l’actualité, contiennent tout ce que l’humanité d’une mère peut laisser imaginer.

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