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1990/2010 : il y a 20 ans, Mandela sortait des geôles de l’appartheid

Publié le 8 février 2010

Nelson Mandela, poing dressé, sortait libre le 11 février 1990 des prisons de l’appartheid.

Ce système de « développement séparé », prolongeant et approfondissant la ségrégation et discriminations raciales imposées par la colonisation européenne, a soutenu et fut protégé par l’expansion capitaliste en Afrique du Sud.

Aujourd’hui qu’il est tombé, les inégalités sociales demeurent, s’aggravent même au point de remettre en cause les avancées de ses dernières années en matières d’infrastructures, d’accès et de qualité de l’enseignement, d’accès aux soins et au logement, et de capacités du peuple à peser sur les orientations nationales.

Retour sur un événement marquant du 20e siècle, et sur un combat que les communistes ont relayé pendant des années face à l’indifférence à l’époque des grandes puissances occidentales.


Nelson Mandela est né le 18 juillet 1918 en Afrique du Sud. Ses parents, notables aisés, le prénomment ainsi en référence à un amiral anglais qu’ils vénèrent. Traduit dans sa langue natale, Nelson devient Rolihlahla, soit « celui qui crée des problèmes », un prénom qui lui sied comme un gant. En effet Nelson va consacrer une très large part de sa vie au combat contre l’apartheid. Ce concept de domination politique prônant le développement et la vie séparés des populations blanches, noires, indiennes et métisses, est institué en 1948 avec l’arrivée au pouvoir du Parti National, organisation politique regroupant une minorité blanche née de colons néerlandais et britanniques. Cette caste, pillant des terres et des richesses ne lui appartenant pas, promulgue des lois imposant , sur de seuls critères raciaux et ethniques, la séparation des communautés, leur assignation sous couvert d’autonomie dans des bantoustans (zones d’habitat spécifique), l’interdiction de mariages métissés et l’exercice de certains métiers, le non accès dans des bus réservés aux blancs des gens de couleur par ailleurs privés de tout droit civique… Raffinement suprême, des municipalités s’inspirant des lois de l’apartheid, interdisaient aux chiens et aux gens de couleur d’entrer sur des plages ou autres lieux publics. Les adeptes de l’apartheid osaient justifier ces horreurs en invoquant un présupposé religieux affirmant, selon eux, que seuls les blancs étaient prédestinés par Dieu pour former des élites capables de diriger le monde.

L’ANC (AFRICAN NATIONAL CONGRESS)

L’ANC est né en janvier 1912. Ses fondateurs, représentants d’églises et gens de couleurs, ont pour objectif d’organiser et d’unifier les différents peuples d’Afrique du Sud pour défendre leurs droits face à la volonté de domination de la minorité blanche . En 1944, Nelson Mandela, devenu avocat, y adhère et fonde avec des amis, Walter Sisulu et Oliver Tambo, la ligue de jeunesse de l’ANC. En 1950, le parti communiste interdit rejoint l’organisation.

Cinq ans plus tard, le Congrès du Peuple, organisé par l’ANC et des groupes anti-apartheid blancs, adopte la Charte de la liberté (Freedom Charter), énonçant les revendications des gens de couleur et exigeant l’égalité des droits quelle que soit la race. Maniant la répression, le régime en place arrête 156 militants actifs de l’ANC et d’organisations alliées en 1956. En 1960 il fait couler le sang de manifestants défilant à Sharpeville. Dans la foulée il interdit l’ANC et ses alliés. Nelson Mandela fonde alors Umkhonto we Sizwe, (le fer de lance de la Nation), aile militaire de l’ANC chargée d’effectuer des actions de sabotage. En 1963, il est capturé à Hovick, petite ville située entre Pietermaritzburg et Johannesburg, tandis que d’autres dirigeants de l’ANC , dont Walter Sisulu, sont arrêtés dans une ferme. En 1964, tous seront condamnés à la prison à perpétuité et enfermés, pour la plupart, au bagne de Robben Island, au large du Cap.

Le Parti National pensait sans doute en finir ainsi avec l’ANC, mais celui-ci se renforce, avec notamment le soutien des peuples du monde appelant leurs dirigeants à sanctionner l’Afrique du Sud. Et de Breyten Breytenbach. Poète, écrivain, dramaturge, et citoyen français né en 1939 en Afrique du Sud, il épouse une Vietnamienne. Cette transgression des lois de l’apartheid prohibant les mariages mixtes lui vaudra d’être interdit de séjour dans son pays natal. Il s’installe à Paris et lance Okhela, mouvement de résistance organisant des réseaux de Blancs au service de l’ANC. Répression de plus en plus sauvage, assassinats de représentants de l’ANC à l’étranger, dont Dulcie September en 1988 à Paris… Rien n’arrêtera une irrésistible conquête de dignité et de liberté. C’est ce que réalisent des hommes d’affaires blancs demandant à rencontrer des dirigeants de l’ANC afin d’entrevoir des possibilités de négociations. C’est ce que comprend Frederick de Klerk accédant alors au pouvoir suprême. Il promet des changements de fond. En octobre 1989 il autorise une manifestation de l’ANC qui rassemblera pas moins de 700 000 personnes à Soweto. Le 11 février 1990 Nelson Mandela est libéré de prison. Des négociations constitutionnelles sur l’avenir du pays commencent entre l’ANC, le gouvernement de Frederick de Klerk, le Parti National et d’autres mouvements noirs ou conservateurs. Juin 1991, abolition de l’apartheid. Mars 1992, la minorité blanche valide la poursuite des négociations constitutionnelles. Elles aboutiront à une constitution provisoire et la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale, en mai 1994.

Une nouvelle République est en train de naître. Elle aura un drapeau combinant les couleurs de l’ANC (noir, vert, jaune) mêlées à celles des anciennes républiques (rouge orangée, blanc, bleu). Et un nouvel hymne mêlant celui de l’ANC (Nkosi Sikelel’iAfraka) et celui des Afrikaners (minorité blanche) baptisé Die Stem van Suid Afrika. Le rêve de Mandela, une République multiraciale ne prônant pas la revanche des Noirs contre les Blancs, s’accomplit. Il en sera le premier président, élu le 27 avril 1994 après avoir passé 27 ans de sa vie dans les geôles de l’apartheid.

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